23 juin 2008

Jess Franco

> cinématique — Copeau à 15:00

Le Monde consacre un article à l’excellent Jess Franco, j’en reproduis une partie ci-dessous.

En faisant découvrir, jusqu’au 31 juillet, les films de l’Espagnol Jess Franco, la Cinémathèque française - et son programmateur, notre collaborateur Jean-François Rauger - illustre sa nouvelle vocation à ne plus être uniquement le temple d’une cinéphilie élitiste, mais à accueillir aussi des auteurs populaires ayant oeuvré dans le cinéma de genre.

Car celui que l’on découvrit en France au défunt Midi-Minuit, salle de quartier des Grands Boulevards parisiens que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, s’est spécialisé dans la série B. Jess Franco est l’orchestrateur malin (mi-bricoleur, mi-satanique) de films aux budgets étriqués dont il offrait plusieurs versions, habillées ou déshabillées, avec ou sans pilosité, différemment synchronisées, dotées ou non de scènes à libido, scénarisées au gré des interdits du pays qui l’exploitait. Il lui arriva d’utiliser des séquences tournées six ans plus tôt pour refaire un film qu’il agrémentait de nouvelles scènes (Exorcismes et messes noires devint Le Sadique de Notre-Dame), ou de sortir sous des titres différents des films dont le canevas était le même, mais dotés de scènes ou de personnages inédits ; ainsi les versions hispaniques, axées sur l’horreur, de Dracula contre Frankenstein et de La Malédiction de Frankenstein devenaient Dracula prisonnier de Frankenstein (1971) et Les Expériences érotiques de Frankenstein en sortant hors de la péninsule Ibérique, dotées d’ingrédients sexuels.

(…)

Franco eut en effet ses préférences. Il idéalisa Soledad Miranda, égérie de l’érotisation fétichiste, de la sublimation hypnotique. Puis, après la mort accidentelle de celle-ci à 26 ans, ce fut au tour de Lina Romay (de son vrai nom Rosa Maria Almirail), vouée à l’exhibitionnisme et aux pulsions incontrôlables, qui, par ailleurs, réalisa elle-même quelques pornos et se rebaptisa Lina Castel, Lulu Laverne, Gina Morgan…

Ces dames réincarnent Fu Manchu, les créatures de Tod Browning ou de Luis Buñuel, La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch (Venus in Furs), le Dorian Gray d’Oscar Wilde (Doriana Gray), l’Alphaville de Jean-Luc Godard (Cartes sur table), posent et s’alanguissent en Comtesse aux seins nus (1984). Jess Franco les épie dans des lieux clos, couvents, asiles ou prisons : il est adepte des WIP Films (Women in prison), comme en témoignent Femmes en cage, Pénitencier des femmes perverses, Les Flagellées de la cellule 69

L’univers kitsch de ce Franco-là a captivé Orson Welles, qui lui confia la direction de la seconde équipe de Falstaff (1965), et Fritz Lang, qui, sortant de Necronomicon (1967), confia que c’était le premier film réellement érotique qu’il voyait.

Nul ne pourra nier la qualité de ce réalisateur, qui fait pâlir les Mario Bava et autres Joe d’Amato. Si vous avez la possibilité de vous rendre à la Cinémathèque, n’hésitez pas.

21 juin 2008

Le dogme de notre temps

> historique, philosophique — Copeau à 13:49

Les luttes qui déchirent aujourd’hui le monde sont si meurtrières que les combattants s’imaginent sans doute avoir des raisons très profondes de se battre. Je crois qu’ils se trompent. Si des partis sont très âprement opposés les uns aux autres, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils poursuivent des fins radicalement différentes. La divergence de leurs opinions ne se mesure pas par l’intensité de leur antagonisme. Et l’on a vu des dissensions cruelles mettre aux prises des sectes composées d’adorateurs d’un même dieu.

Les partisans qui luttent pour la maîtrise du monde moderne ont beau porter des chemises de couleur différente, leurs armes viennent du même arsenal, leurs doctrines sont des variations d’un même thème, et ils vont au combat en chantant, sur un même air, des paroles qui se ressemblent beaucoup. Leur arme, c’est la contrainte imposée à la vie et au travail humain. Leur doctrine, c’est que l’on ne peut vaincre le désordre et la misère qu’en organisant et qu’en ordonnant chaque jour davantage. Leur promesse, c’est que l’Etat donnera le bonheur aux hommes.

Dans le monde entier, au nom du progrès, des hommes qui se font appeler communistes, socialistes, fascistes, nationalistes, progressistes, et même libéraux sont tous d’accord pour penser que le gouvernement, armé de la force publique, doit, en imposant aux hommes une manière de vivre, diriger le cours de la civilisation et déterminer l’aspect de l’avenir. Ils croient tous en ce que M. Stuart Chase définit très exactement par « la planification et le contrôle par l’autorité supérieure de l’activité humaine ». Ce dogme est à la base de toutes les autres doctrines en vigueur. C’est dans ce moule que sont coulées les pensées et les actions de notre époque. Personne n’envisage sérieusement, personne ne croit même possible d’aborder sous un autre angle les grands problèmes de l’humanité. Les masses récemment affranchies et les penseurs qui leur fournissent leurs idées sont presque entièrement possédés par ce dogme. Ça et là, une poignée d’hommes, quelques groupes sans influence, des penseurs isolés et dédaignés, continuent seuls à le défier. Les principes du collectivisme autoritaire sont devenus des articles de foi, des affirmations évidentes, des axiomes incontestés non seulement pour tous les régimes révolutionnaires, mais encore pour presque tous les mouvements qui se prétendent partisans des lumières, de l’humanité et du progrès.

L’emprise de ce dogme sur les esprits de nos contemporains et si universelle que quiconque ne propose pas d’exalter le pouvoir des agents de l’autorité, d’étendre et de multiplier leurs interventions dans la vie humaine, n’a aucune chance d’être considéré comme un homme d’Etat ni comme un théoricien sérieux. Quand on n’est pas collectiviste et partisan de l’autorité, on est vieux jeu, on est réactionnaire, ou, dans le meilleur des cas, on est un aimable fantaisiste qui essaie désespérément de nager contre le courant. Et le courant est fort. Le despotisme n’est certes pas une nouveauté, mais il est probable que jamais depuis vingt-cinq siècles aucun gouvernement occidental n’a prétendu exercer sur les vies humaines une autorité comparable à celle à laquelle aspirent ouvertement les Etats totalitaires. Il y a évidemment eu des despotismes plus cruels que ceux de la Russie, de l’Italie et de l’Allemagne. Mais il n’y en a pas eu de plus complets. Dans ces grands centres de civilisation, des centaines de millions d’hommes sont obligés de considérer les agents de l’autorité comme leurs maîtres, et de penser qu’on ne peut vivre, travailler, et trouver le salut que par ordre supérieur.

Walter Lippmann, La Cité libre, 1937.

17 juin 2008

Slave of my mind

> musique — Copeau à 19:48

Kiko - Slave of my mind
envoyé par barbier

15 juin 2008

Pourquoi les médias n’aiment pas le libéralisme ?

> philosophique, politique — Copeau à 10:13