Sur l’euthanasie
L’euthanasie, vous le savez, est en ce moment un sujet de la plus brûlante (et même tragique) actualité. Plutôt que de présenter des solutions toutes faites, je vous propose de relire ce que Lysander Spooner écrivait sur la question, dans Les Vices ne sont pas des crimes, publié il y a plus de cent trente ans. Et toujours aussi vrai.
Ce n’est même pas un crime d’aider une personne à se suicider, à condition qu’elle soit en possession de toute sa raison.
L’idée est plutôt répandue que le suicide est, par lui-même, une preuve irréfutable de folie. Mais, bien que d’ordinaire cela puisse être une preuve solide de folie, ce n’est d’aucune manière, en aucun cas, une preuve irréfutable. De nombreuses personnes ayant indubitablement pleine possession de leurs facultés mentales se sont suicidées, pour échapper à la honte de voir leur crime révélé au public, ou pour éviter une quelconque autre terrible calamité. Le suicide, dans ces cas-là, n’a peut-être pas été d’une sagesse extraordinaire, mais n’a certainement pas été non plus la preuve d’un manque de discernement raisonnable[2]. Et, pour rester dans les limites du discernement raisonnable, il n’y a pas eu de crime de la part des personnes qui y ont aidé, qu’elles en aient fourni l’instrument ou qu’elles y aient contribué autrement. Et si, dans des cas pareils, aider un suicide n’est pas un crime, comment peut-on prétendre qu’aider quelqu’un à commettre cet acte qui lui procure du plaisir, et qu’une large proportion de l’humanité a cru utile, en soit un ?
2: Caton d’Utique s’est suicidé pour ne pas tomber dans les mains de César. Qui l’a jamais suspecté de folie ? Brutus a fait de même. Colt s’est suicidé une heure avant d’être pendu. Il l’a fait pour éviter à son nom et à sa famille la honte d’une pendaison. Ceci, qu’il s’agisse d’un acte vraiment sage ou non, était un acte raisonnable marqué d’un discernement raisonnable. Existe-t-il quelqu’un pour supposer que la personne lui ayant fourni l’instrument nécessaire était un criminel ?

