1 mars 2008

Le culte du pouvoir

> philosophique — Copeau à 21:32

Je suis toujours surpris de voir la fascination qu’exerce pour la plupart de nos semblables le pouvoir. Comme les mouches autour du vinaigre, on ne compte plus les individus, parfois minables, mais parfois aussi brillants, fondre sous le charme des sirènes du pouvoir. Ils déploient mille idées, mille talents d’ingéniosité, concentrent toutes leurs forces autour d’un but unique, l’appropriation du pouvoir, en faisant de celle-ci une fin en soi, quitte à oublier totalement toute autre perspective.

Il y a de cette manière de nombreuses personnes qui courent et qui mobilisent la totalité de leur énergie pour rattraper le train du pouvoir. Qui sont prêts à toutes les vilénies, toutes les magouilles, tous les complots, pour atteindre le pouvoir. C’est le mal préféré de John Milton, probablement pas par hasard.

Il y a bien sûr des collectivistes avides de pouvoir, on ne peut pas véritablement le leur reprocher, puisque pour eux l’individu n’a strictement aucune importance. Il y a aussi des magouilleurs, prêts à défendre n’importe quelle thèse, pourvu qu’une part de marché électoral existe et soit bonne à prendre. Pour parler de ce que je connais, Edouard Fillias est de cette trempe. Mais il y a aussi, et c’est plus surprenant de prime abord, d’authentiques individualistes qui, loin de se réfugier dans une tour d’ivoire et de là critiquer le monde, puisent en eux une force apte à vouloir faire changer le monde. Julien Sorel, le cardinal de Retz, Vigny, Benjamin Constant, sont de cette catégorie.

Je fais mienne la maxime de lord Acton, “le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument”, pour marquer mon désarroi et mon désappointement face à ce type d’individus. Alors que pour ma part je fuis le pouvoir comme Camus fuyait la peste à Oran, je ne parviens pas à comprendre le fondement de l’attitude de ces derniers. Je ne la comprends pas, car l’histoire nous donne mille exemples servitudes abattues, qui toutes ont été remplacées par d’autres. Nous savons tous très bien qu’une minorité victorieuse se transforme toujours en majorité tyrannique. Comme le dit Tocqueville :

Qu’est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraire à un autre individu qu’on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ?