27 janvier 2008

Histoire de mur(s)

> atomique, politique — Copeau à 21:52

Lu chez Hugues :

J’essaie de me tenir au courant, même si j’évite d’en parler ici trop souvent, des aventures de nos amis israélo-palestiniens. Mais vu le petit travers maniaco-dépressif de leur actualité, les phases down succédant aux phases up avec une agaçante régularité, les vraies surprises sont rares.

Je découvre pourtant l’existence d’un mur séparant Gaza de l’Egypte, mur dont je n’avais jamais entendu parler avant que des gazaouites chauffés à blanc par le blocus ne le fassent tomber. Il a d’ailleurs fallu plusieurs jours aux médias avant d’appeler un chat un chat et de qualifier cette construction de trois à six mètres de haut de « mur » stricto sensu, les vocables euphémisants et connotés de « barrière » et de « clôture » ayant d’abord été utilisés.

Je n’ai pas de sympathie particulière pour le rempart de béton érigé plus à l’Est par Israël pour se protéger des suicide bombers ― même s’il semble remplir sa mission. Je suis aussi scandalisé que n’importe qui par son tracé illégal, empiétant sur les propriétés palestiniennes et aggravant encore les conditions de vie des Cisjordaniens. Je m’étonne pourtant de ce que le même procédé, utilisé par les Egyptiens, n’ait jamais été évoqué auparavant.

Bon, pour être tout à fait honnête, on rappellera que les Israéliens eux mêmes, avant leur départ de Gaza, avaient élevé ce mur. Et qu’ils accusent volontiers Moubarak de ne pas être à la hauteur question contrôles et entretien. Pour autant, construit par les uns et préservé par les autres, il garde le même objet : tenir le Hamas en respect.

Dans un livre aux accents franchement antisémites, l’ex-journaliste de RFI Alain Ménargues développait la théorie selon laquelle « le mur de Sharon » était le symbole du racisme dont le judaïsme (oui, le judaïsme, pas le sionisme) serait porteur. Ah, vraiment, je regrette de ne pas savoir ce que ce spécialiste des « ghettos volontaires » dirait de ce mur-ci…

Elections américaines

> atomique, politique — Copeau à 21:24

Il semblerait, à l’écoute des médias français, que l’élection américaine se résume en un duel Obama - Clinton, ce qui n’est pas conforme à la réalité. Déjà que dans l’esprit desdits médias, droite=mauvais et gauche=bon (voir les analyses post-électorales de Duo Caroli, notamment), rengaine à laquelle on est habitué, à présent bien sûr on poursuit le  syllogisme simpliste qui ne tient pas compte de l’histoire ni de la complexité des faits en une équation démocrates=bons et républicains=mauvais. Rien que de très classique. La nouveauté, c’est que l’élection présidentielle US semble se résumer en un combat interne au parti démocrate, ce qui est comique et ridicule. On consacre environ 8 fois plus de temps à parler des démocrates qu’à parler des républicains, alors que les primaires ne sont pas moins serrées, et la probabilité qu’un républicain l’emporte importante.

Rien que pour faire la nique à ces médias dans lesquels règne le prêt-à-penser, j’aimerais que les républicains l’emportent, même si, spontanément, mon coeur ne balance pas vers eux.

22 janvier 2008

Sur le rapport Attali

> politique, économique — Copeau à 15:06

Vous connaissez les principales propositions du rapport Attali, je ne ferai ici que rappeler les plus sensibles, pour exprimer ma solidarité envers elles, car en effet je les partage toutes. Bravo Attali, je ne pensais jamais écrire cela, mais enfin je le répète : bravo Attali.

2. Le socle commun des connaissances des élèves. Il doit être repensé pour introduire le travail en groupe, l’anglais, l’informatique et l’enseignement de l’économie, qui “dès le primaire”, devra “expliquer et distinguer le rôle de la concurrence et des collectivités publiques dans la création des richesses”.

5. L’évaluation des enseignants. “Evaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves” : le rapport prévoit des évaluations de chaque école, rendues publiques, et une évaluation des enseignants par leurs élèves, en plus des inspections.

6. La suppression totale de la carte scolaire. “Permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants.” Des “droits à l’école”, pécule attribué par l’Etat, seront utilisables dans toutes les écoles.

20. L’évaluation des universités. Audit public et classement annuel “général, simple et clair” de chaque établissement d’enseignement supérieur.

24. Les pôles d’excellence. “Faire émerger par appel d’offres” dix ensembles universitaires “d’excellence” pouvant être financés à 80% par le privé.

30. Le statut des enseignants-chercheurs. “Personne ne devrait pouvoir être chercheur à vie sans enseigner”, dit la proposition. Tous les chercheurs seraient recrutés sur des contrats de quatre ans, dont le renouvellement serait soumis à évaluation.

60. La presse. “Rendre possible dans les faits la liberté de production et d’embauche dans les imprimeries des quotidiens.” 153. Le développement de l’enseignement privé. “Permettre l’installation d’établissements privés conventionnés dans les quartiers”, par dérogation “aux restrictions nationales”.

209 à 218. L’ouverture des professions réglementées à la concurrence. Sont envisagées : l’ouverture complète du marché des taxis parisiens, l’augmentation du nombre des vétérinaires, la fin du numerus clausus des pharmacies et la limitation de leur monopole aux seuls médicaments sur ordonnance, la suppression des avoués. Il est proposé aussi d’”ouvrir largement l’accès aux professions délégataires d’une mission de service public” : notaires et greffiers des tribunaux de commerce notamment.

227 et 228. L’évaluation des services publics. La commission prévoit d’”évaluer les services de l’Etat (école, université, hôpital, administration) et rendre publique cette évaluation”, mais aussi de “faire évaluer tout agent d’un service public (professeur, fonctionnaire, médecin) par ses supérieurs mais aussi par les usagers”.

252 et 253. La rémunération des fonctionnaires. Deux propositions sont faites : “Permettre aux employeurs publics de déterminer les conditions de rémunération de leurs agents et revoir l’avancement automatique pour augmenter la part des promotions faites au choix” ; “[mettre] en place des primes liées à la performance collective et individuelle des agents”.

259. La suppression des départements. Il s’agit de faire disparaître en dix ans l’échelon départemental. “La composition du Sénat devra tenir compte des régions et des agglomérations”, les sénateurs étant désignés pour moitié par les régions. 267. Les allocations familiales. “Conditionner les prestations familiales aux revenus des ménages.” La mesure vise à rendre la politique familiale “plus redistributive”. Economie budgétaire annuelle attendue : 2 milliards d’euros.

297. La supression de tribunaux de commerce. Le rapport prévoit de les “regrouper”. Il souligne qu’outre Paris (10% des affaires), 22 tribunaux sur 191 concentrent 60% du contentieux général.

301. La fin des niches fiscales. “Restructurer l’ensemble des niches de l’impôt sur le revenu”, au nombre de 60. Le rapport propose de ne retenir que “celles qui sont favorables à la croissance et celles qui favorisent le développement de l’activité associative et caritative”.

20 janvier 2008

Lust, Caution

> cinématique — Copeau à 10:22

Film sino-américain (2008), réalisé par Ang Lee. Avec Tony Leung Chiu Wai, Tang Wei, Joan Chen

Dans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d’approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la collaboration avec les Japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l’avait imaginé la jeune femme.

Lion d’Or à Venise, ce nouveau film de Lee me permet de renouer quelque peu avec mes billets consacrés au septième art, qui se sont fait bien rares en 2007. Lust, Caution fait suite aux célèbres et excellents Tigre et dragon, film onirique et envoûtant, où déjà on voit le goût immodéré qu’à Lee pour le flash-back comme pivot narratif du film, et le Secret de Brokeback Mountain, ces deux films ayant été récompensés chacun d’un Oscar fort mérité.

Bref, Lee, c’est un gros poisson, pas un menuisier de quartier.

Dans Lust, Caution,  nous sommes plongés dans l’univers ô combien réaliste de l’occupation. Pas la nôtre, mais celle des Japonais en Chine. J’écris “pas la nôtre”, mais à de très nombreux points de vue, cette occupation ne fut pas très différente de celle des Allemands en France, aux mêmes périodes. Et si nous avions déjà un lourd passif avec les Allemands, depuis 1871 jusqu’à la Première guerre, les Chinois en avaient tout autant un avec les envahisseurs de la Mandchourie.

L’histoire de cette Mata-Hari d’opérette et d’extrême-Orient aurait tout aussi bien pu s’envisager à Saint-Germain-des-Pres.

D’opérette, car  Wang Jiazhi, jeunette étudiant le théâtre à Hong-Kong, ville dans laquelle on se la coule douce en cette saison trouble, devient actrice, avec ses amis de l’université, d’un complot visant l’un des collabos les plus inatteignables de l’Etat. Elle jouera tellement bien son rôle qu’elle en oubliera le coeur de sa mission, et se laissera dévorer - ce n’est pas moins qui le lui reprocherait - par son appétit de luxure. Les scènes de luxure, justement, sont de grande qualité, relevant une sensualité et une lascivité comme seul le cinéma asiatique sait nous les procurer. Je me suis remémoré à cette occasion les scènes brûlantissimes d’Une femme coréenne, et me dis une fois de plus que j’ai vraiment un gros faible pour les Asiatiques. Enfin bref, je ne suis pas le seul.

En conclusion de cette brève note, je citerai ces commentaires d’un internaute, qui me semblent bien résumer l’état d’esprit de la plupart de ceux qui sont allé voir ce film, et qui n’ont pas été déçus. Je vous le conseille donc.

Les images de Shanghai occupée par l’armée japonaise sont saisissantes : des centaines de malheureux font la queue pour obtenir un bol de riz, des blessés sont évacués, rappelant douloureusement que le vieux continent n’était pas le seul à subir une armée d’occupation. Ces scènes sont aussi fortes que celles du “Pianiste” de Roman Polanski. On a peu d’images de cette guerre d’occupation. Les seules qui me viennent en mémoire sont celles de Tintin et le Lotus Bleu de Hergé, mais ici, les images sont moins colorées, moins exotiques et on est au coeur de ces chinois qui souffrent. Dans cette Chine occupée, un petit noyau d’étudiants résiste et c’est la jolie Tang Wei, jeune actrice inconnue ici, qui donne les traits à cette Mata Hari moderne. Elle est fabuleuse, elle irradie le film, c’est une véritable révélation. Tony Leung Chiu Wai donne les traits à l’inquiétant M. Yee. Il est remarquable de froideur et de cynisme, à mille lieues de ses compositions d’amant romantique dans les films de Wong Kar Waï. L’année 2008 commence en beauté avec ce superbe mélodrame. Magnifique !

14 janvier 2008

Pour voir la Géorgie avec un peu d’objectivité

> politique — Copeau à 17:46

…Je vous conseille la lecture de ce plaidoyer de Piotr Smolar en faveur du président Saakachvili, auquel on peut certes reprocher pas mal de choses, mais un peu moins tout de même que ce que l’on entend ici ou là, notamment dans les médias.

L‘état de grâce de Mikheïl Saakachvili a duré deux heures. Vainqueur de l’élection présidentielle géorgienne, le 5 janvier, avec 53,3 % des voix, il a célébré cette performance devant ses partisans, avant que ses adversaires lancent l’offensive contre les fraudes électorales. Le 13 janvier, une grande manifestation était destinée à donner la parole à la rue contre les urnes. Le confort politique a disparu de la vie du président, élu pour son premier mandat, en 2004, avec un score étourdissant (96 %).

En quelques mois, l’incarnation de la “révolution des roses” a vu monter l’opposition intérieure et fondre une partie de son crédit à l’étranger. Pourtant, le procès fait à M. Saakachvili, qui comporte des pièces à charge réelles, inspire des doutes sur la crédibilité de ses accusateurs publics. Une ambiguïté traverse la coalition des partis d’opposition, nourrie par le flou de leurs projets : revendiquent-ils la révolution de 2003, en considérant que M. Saakachvili l’a dévoyée, ou bien s’inscrivent-ils dans une sorte de contre-révolution cachée ?

Beaucoup de reproches peuvent être adressés à M. Saakachvili : sur son mode de gouvernement brutal ; sur sa découverte tardive des traumatismes subis par une partie de la population au gré de réformes extraordinairement ambitieuses, menées au pas de charge et sans consultation ; sur sa stratégie de la tension vis-à-vis de la Russie, qui le conduit à exploiter ou à exagérer le moindre incident entre les deux pays en Abkhazie et en Ossétie-du-Sud, les deux régions séparatistes.

Mais les procureurs les plus sévères doivent admettre que la transformation de la Géorgie est visible à l’oeil nu. Il faut entendre les habitants de la capitale, Tbilissi, évoquer ces temps récents où l’insécurité les empêchait de sortir le soir, où l’électricité manquait dans de nombreuses rues du centre, où les routes étaient toutes défoncées. Aujourd’hui, la croissance semble forte, malgré l’inflation ; la Banque mondiale vient de classer le pays parmi les 25 les plus favorables au monde pour les investisseurs ; l’épuration dans les administrations et la lutte contre la corruption ont constitué des épreuves douloureuses, mais indispensables, jamais entamées en Russie.

Il est curieux de voir comment l’image de M. Saakachvili a basculé à l’étranger. En 2003, la révolution pacifique l’avait consacré pionnier de la démocratie dans l’ex-URSS. Pendant trois ans, il fut loué pour sa modernité et ses réformes libérales, soutenu sans conditions. On pardonnait tout à David parce qu’il sentait le souffle du Goliath russe sur sa nuque fragile. L’automne 2007 a plongé la plupart des observateurs dans un excès inverse. Le pouvoir a été accusé d’usage démesuré de la force, de répression contre les médias et d’autoritarisme.

Le 7 novembre, le recours aux balles en caoutchouc et au gaz lacrymogène contre les manifestants, l’instauration de l’état d’urgence et le raid contre la chaîne privée Imedi ont constitué le point d’orgue d’une escalade dommageable pour le pouvoir. Dès lors, le président géorgien a décidé d’abréger son mandat de seize mois pour se présenter de nouveau devant les électeurs. Un fait unique dans la zone.

Existe-t-il des doubles standards à l’égard de la Géorgie ? Oublie-t-on à quelles pesanteurs soviétiques - mentales et structurelles - le pays continue de s’arracher ? On reproche à M. Saakachvili d’avoir fait un coup politique en décidant d’organiser des élections anticipées. Mais la stratégie est autorisée en démocratie et on connaît des exemples où elle tourne mal, lorsqu’on dissout l’Assemblée nationale pour disposer d’une majorité plus confortable. M. Saakachvili a refusé de débattre avec l’opposition avant le premier tour ? Là encore, l’exemple de l’élection présidentielle françaises montre que ce cas n’est pas unique. On le dit narcissique ; on en connaît d’autres. On fustige sa communication à l’américaine, formatée pour la télévision ; quel candidat majeur, dans les pays démocratiques de la planète, se passe-t-il de ces recettes ?

UNE DÉMOCRATIE FAITE D’ARGILE

Argument plus sérieux, l’opposition s’est plainte d’une campagne électorale inéquitable et de falsifications, qui l’auraient privée de plus de 100 000 voix. La mobilisation des ressources administratives et la fermeture pendant un mois de la chaîne Imedi ont été soulignées par les observateurs. Le déséquilibre était clair. On est tout de même loin du contexte russe : les candidats d’opposition passaient quotidiennement à la télévision, sans parler de la diffusion de leurs clips sur toutes les chaînes. En outre, leurs représentants ont scrupuleusement surveillé les bureaux de vote, ce qui explique le nombre de contestations. Il y eut des irrégularités - volontaires ou causées par l’amateurisme des autorités locales -, qu’a soulignées l’OSCE en termes embarrassés : un mauvais usage de l’encre marquant chaque électeur sur le pouce ; une présence policière exagérée près des bureaux ; des transmissions de protocoles suspectes.

Difficile de savoir si l’opposition a été ainsi privée d’un second tour. Mais celle-ci a conquis Tbilissi, la capitale, malgré une absence de programme et un candidat médiocre. Le seul projet de Levan Gatchetchiladze consistait à démissionner en cas de victoire, pour supprimer le régime présidentiel. Si les tricheries étaient massives, comment aurait-il obtenu ce succès symbolique ?

Autre point soulevé par l’opposition : elle s’est dite dépourvue de financements d’entrepreneurs privés. Or le plus riche d’entre eux, Badri Patarkatsichvili, lui-même candidat, se disait prêt au début de la campagne à financer les partis opposés à M. Saakachvili, démobilisant les contributeurs moins célèbres. La coalition prétend ne rien avoir touché. Toutefois, sa crédibilité a été entamée par la tentation du recours au milliardaire.

L’ambition de M. Patarkatsichvili et sa détestation pour le président étaient telles qu’il avait bâti un scénario de coup d’Etat, prévoyant dès le 5 janvier des manifestations pour dénoncer les fraudes électorales et la neutralisation du ministre de l’intérieur, pour contrôler la police. Ce plan a été déjoué par la révélation, à dix jours du vote, d’une vidéo hallucinante où il converse avec un haut responsable du ministère de l’intérieur. Aujourd’hui poursuivi pour “complot terroriste” et “conspiration contre l’Etat”, M. Patarkatsichvili croyait acheter ses faveurs avec 100 millions de dollars ; le fonctionnaire, lui, enregistrait tout grâce à un micro dissimulé dans une chaussure. Des méthodes dignes de la Russie des années 1990 où sifflaient comme des balles les documents compromettants. Des méthodes qui témoignent d’une évidence : la démocratie géorgienne est faite d’argile, et pas encore de l’airain de ses modèles.

 

Piotr Smolar

8 janvier 2008

Dans le dernier Commentaire

> atomique, philosophique, politique — Copeau à 21:20

Voici bien longtemps que je n’ai écrit ici, j’en suis fortement désolé, mais diverses raisons légitimes m’ont tenu éloigné ces derniers temps d’internet en général et de ce blog en particulier.

Loin de moi le désir de me faire pardonner, car je suis bien incapable de renverser la vapeur et de vous offrir sans discontinuer une série longue et fructueuse de billets d’actualité, d’humeur, ou de que sais-je.

Je voudrais toutefois dire quelques mots sur le dernier numéro de la revue Commentaire, que je dois être le seul avec La Lime à évoquer dans mon blog.

Je présenterai les articles à mon sens intéressants par ordre de ceux-ci dans le sommaire.

Tout d’abord, Denis Bachelot nous offre un article intitulé “Islam et Occident. “Choc des civilisations” ou “guerre sexuelle ?”". Il expose qu’en Asie non musulmane, les représentations sexuelles circulent librement, tandis qu’elles sont bannies et détestées dans les pays musulmans. Cette représentation de la différence sexuelle serait ainsi la véritable matrice de l’opposition entre le monde musulman et l’Occident. Alors que la Chine ou le Japon ne cherchent pas, au nom de valeurs supérieures, à détruire les production culturelles occidentales, mais à donner à leurs propres créations la part de marché la plus large possible, il y aurait une absolue singularité du monde musulman en ce que celui-ci, exclut totalement de la compétition mondiale pour la production / consommation, est le seul à poser un discours de rejet fondé sur des valeurs transcendentales. Ce sont ces représentations sexuelles qui sont condamnées, et non pas les valeurs de la liberté et de la démocratie, que seuls les plus extrémistes des musulmans rejettent. La “rue” musulmane s’enflamme beaucoup plus facilement pour des principes et symboles que pour les violences réelles qui touchent telle ou telle communauté musulmane de par le monde. En un mot, pour les Musulmans, nous ne sommes pas à leurs yeux un modèle humain à imiter ou à s’approprier.

Ensuite, Joseph Joffe, dans “L’état de guerre au XXIe siècle”, revient sur la guerre en Irak. C’est pour lui une “guerre asymétrique”. Elle oppose des armes primitives et bon marché à de la high-tech, elle s’appuie sur la surprise tactique de David face à Goliath, elle s’ancre dans une idéologie magnétisante. Alors que la guerre asymétrique était jadis du côté occidental  (bataille d’Omdurman au Soudan en 1898, conquête de l’Algérie par les Français en 1830), ce n’est plus du tout le cas à présent. Alors qu’ils avaient conquis l’Algérie avec 30 000 hommes au milieu du XIXe siècle, les Français ne purent pas tenir le pays avec 600 000 hommes un siècle plus tard. Par ailleurs, alors que la sacro-sainte disctinction entre combattants et non-combattants est aujourd’hui profondément ancrée dans l’esprit occidental, le Hezbollah, le Hamas, les terroristes sunnites ou les escadrons de la mort chiites n’ont au contraire absolument aucun scrupule à tuer des civils (cela fait partie de leur stratégie). Enfin, la vocation “impériale” de la civilisation occidentale aurait disparu.

Par ailleurs, Armand Laferrère, patron d’Areva Canada, revient sur les paradoxes liés à l’engouement médiatico-politique autour du réchauffement climatique, ce que La Lime appelle de manière éclairante le “réchauffisme”. Il rappelle que l’origine humaine du réchauffement n’est pas du tout prouvée scientifiquement (les Romains faisaient pousser de la vigne en Angleterre ; à l’inverse du XIVe au XIXe siècle des armées entières sont passées de Suède au Danemark à pied sur une mer gelée ; la planète Mars se réchauffe). Ce qu’on observe en réalité, c’est une politisation de la science, alors même que 59% des savants considèrent que l’activité humaine joue un rôle déterminant - 59% “seulement”, et non pas la totalité comme le GIEC voudrait le faire croire. Laferrère présente la manière dont le romancier Michael Crichton théorise le mouvement contemporain : nous serions en train de vivre une chute de l’état de grâce à l’état de pollution, parce que nous avons mangé à l’arbre de la connaissance. Nous sommes tous des pécheurs énergétiques, et nous allons tous mourir, à moins que nous ne trouvions le salut sous la forme d’une gestion soutenable des ressources. La gestion soutenable est le salut de l’Eglise écologique, et les aliments organiques sont sa communion.

Les bonnes feuilles du dernier ouvrage d’Olivier Beaud, Théorie de la Fédération (PUF), sont reproduites sous le titre “Penser le fédéralisme”. Sa thèse : la doctrine juridique assimile depuis un siècle la fédération à l’Etat fédéral ; et elle considère qu’opposer la fédération à la confédération d’Etats suffit à épuiser la question. Beaud nous explique ainsi que toute la doctrine classique est fondée autour de l’idée de la souveraineté (à la Jean Bodin, si vous voulez). En effet, une confédération serait composée d’entités restant maîtres de leur destin, tandis que la fédération ne serait composée que d’entités ayant perdu leur souveraineté. Si cette explication éclaire les cas les plus connus (Allemagne, USA, Suisse), elle ne rend pas compte de tous les droits positifs. Lorsque les USA ou l’Allemagne étaient des confédérations, des actes normatifs restreignant la souveraineté de leurs Etats-membres ont été promulgués (Congrès continental américain, Diète fédérale suisse, les lois du Conseil d’Etat et du capitaine général Leicester, …). A l’inverse, le droit de sécession n’a pas toujours été reconnu dans une confédération (Beaud cite ainsi le cas des sept cantons du Sonderbund en 1847, que la Confédération a qualifié de “rébellion” et a maté en conséquence). Cette erreur doctrinale a trois conséquences : 1) elle sous-tend un jugement de valeur, selon lequel la confédération serait nécessairement un état transitoire, vers une solution stable qui serait la fédération, alors que rien ne permet de le prouver ; 2) elle ne rend pas compte du cas américain, mi-fédéral mi-confédéral ; 3) elle gomme l’utilité intrinsèque du fédéralisme, qui, en réalité, groupe des entités ayant chacune une face externe et une face interne, relevant tantôt du droit public interne, tantôt du droit international.

Laurent Wauquiez, l’actuel porte-parole du gouvernement Sarkozy Fillon, évoque les problématiques nouvelles de la communication politique dans un article intitulé “Nouvelle politique, nouvelle communication ?”. Alors que le secret était vénéré par Machiavel, Richelieu, la montée en puissance de la démocratie au XIXe siècle suscite la montée des débats démocratiques par voie de presse. Malgré cela, la raison d’Etat se portait encore bien sous Clemenceau. L’avènement des médias audiovisuels (des causeries au coin du feu de Roosevelt à l’ORTF de de Gaulle) n’a pas fondamentalement changé la donne : l’information reste asymétrique et verticale, on écoute le Général qui parle. A présent, nous serions entrés dans l’ère de la transparence, avec internet, la pluralité des médias (ce qui est un faux argument, il y avait d’innombrables journaux il y a un siècle), et surtout l’émergence du besoin participatif. C’en est fini du secret. Puisque plus personne ne peut être assuré que sa parole privée restera bien privée, il n’y a plus de secret possible. C’est une présentation caricaturale que je ne partage pas.

Enfin, Pierre Gras évoque la mémoire du cinéaste allemand bien connu, célébré à Beaubourg l’an dernier, Werner Fassbinder, et plus précisément sa série télé, Berlin Alexanderplatz. Il a refusé l’activisme politique béta, adopté un point de vue médiatisé (en écartant le cinéma “objectif” pour s’incarner dans le point de vue des personnages), tout en ayant le souci de s’adresser à des publics variés. En cela, Berlin Alexanderplatz c’est un peu le Twin Peaks de Fassbinder.