Dans le dernier Commentaire
Voici bien longtemps que je n’ai écrit ici, j’en suis fortement désolé, mais diverses raisons légitimes m’ont tenu éloigné ces derniers temps d’internet en général et de ce blog en particulier.
Loin de moi le désir de me faire pardonner, car je suis bien incapable de renverser la vapeur et de vous offrir sans discontinuer une série longue et fructueuse de billets d’actualité, d’humeur, ou de que sais-je.
Je voudrais toutefois dire quelques mots sur le dernier numéro de la revue Commentaire, que je dois être le seul avec La Lime à évoquer dans mon blog.
Je présenterai les articles à mon sens intéressants par ordre de ceux-ci dans le sommaire.
Tout d’abord, Denis Bachelot nous offre un article intitulé “Islam et Occident. “Choc des civilisations” ou “guerre sexuelle ?”". Il expose qu’en Asie non musulmane, les représentations sexuelles circulent librement, tandis qu’elles sont bannies et détestées dans les pays musulmans. Cette représentation de la différence sexuelle serait ainsi la véritable matrice de l’opposition entre le monde musulman et l’Occident. Alors que la Chine ou le Japon ne cherchent pas, au nom de valeurs supérieures, à détruire les production culturelles occidentales, mais à donner à leurs propres créations la part de marché la plus large possible, il y aurait une absolue singularité du monde musulman en ce que celui-ci, exclut totalement de la compétition mondiale pour la production / consommation, est le seul à poser un discours de rejet fondé sur des valeurs transcendentales. Ce sont ces représentations sexuelles qui sont condamnées, et non pas les valeurs de la liberté et de la démocratie, que seuls les plus extrémistes des musulmans rejettent. La “rue” musulmane s’enflamme beaucoup plus facilement pour des principes et symboles que pour les violences réelles qui touchent telle ou telle communauté musulmane de par le monde. En un mot, pour les Musulmans, nous ne sommes pas à leurs yeux un modèle humain à imiter ou à s’approprier.
Ensuite, Joseph Joffe, dans “L’état de guerre au XXIe siècle”, revient sur la guerre en Irak. C’est pour lui une “guerre asymétrique”. Elle oppose des armes primitives et bon marché à de la high-tech, elle s’appuie sur la surprise tactique de David face à Goliath, elle s’ancre dans une idéologie magnétisante. Alors que la guerre asymétrique était jadis du côté occidental (bataille d’Omdurman au Soudan en 1898, conquête de l’Algérie par les Français en 1830), ce n’est plus du tout le cas à présent. Alors qu’ils avaient conquis l’Algérie avec 30 000 hommes au milieu du XIXe siècle, les Français ne purent pas tenir le pays avec 600 000 hommes un siècle plus tard. Par ailleurs, alors que la sacro-sainte disctinction entre combattants et non-combattants est aujourd’hui profondément ancrée dans l’esprit occidental, le Hezbollah, le Hamas, les terroristes sunnites ou les escadrons de la mort chiites n’ont au contraire absolument aucun scrupule à tuer des civils (cela fait partie de leur stratégie). Enfin, la vocation “impériale” de la civilisation occidentale aurait disparu.
Par ailleurs, Armand Laferrère, patron d’Areva Canada, revient sur les paradoxes liés à l’engouement médiatico-politique autour du réchauffement climatique, ce que La Lime appelle de manière éclairante le “réchauffisme”. Il rappelle que l’origine humaine du réchauffement n’est pas du tout prouvée scientifiquement (les Romains faisaient pousser de la vigne en Angleterre ; à l’inverse du XIVe au XIXe siècle des armées entières sont passées de Suède au Danemark à pied sur une mer gelée ; la planète Mars se réchauffe). Ce qu’on observe en réalité, c’est une politisation de la science, alors même que 59% des savants considèrent que l’activité humaine joue un rôle déterminant - 59% “seulement”, et non pas la totalité comme le GIEC voudrait le faire croire. Laferrère présente la manière dont le romancier Michael Crichton théorise le mouvement contemporain : nous serions en train de vivre une chute de l’état de grâce à l’état de pollution, parce que nous avons mangé à l’arbre de la connaissance. Nous sommes tous des pécheurs énergétiques, et nous allons tous mourir, à moins que nous ne trouvions le salut sous la forme d’une gestion soutenable des ressources. La gestion soutenable est le salut de l’Eglise écologique, et les aliments organiques sont sa communion.
Les bonnes feuilles du dernier ouvrage d’Olivier Beaud, Théorie de la Fédération (PUF), sont reproduites sous le titre “Penser le fédéralisme”. Sa thèse : la doctrine juridique assimile depuis un siècle la fédération à l’Etat fédéral ; et elle considère qu’opposer la fédération à la confédération d’Etats suffit à épuiser la question. Beaud nous explique ainsi que toute la doctrine classique est fondée autour de l’idée de la souveraineté (à la Jean Bodin, si vous voulez). En effet, une confédération serait composée d’entités restant maîtres de leur destin, tandis que la fédération ne serait composée que d’entités ayant perdu leur souveraineté. Si cette explication éclaire les cas les plus connus (Allemagne, USA, Suisse), elle ne rend pas compte de tous les droits positifs. Lorsque les USA ou l’Allemagne étaient des confédérations, des actes normatifs restreignant la souveraineté de leurs Etats-membres ont été promulgués (Congrès continental américain, Diète fédérale suisse, les lois du Conseil d’Etat et du capitaine général Leicester, …). A l’inverse, le droit de sécession n’a pas toujours été reconnu dans une confédération (Beaud cite ainsi le cas des sept cantons du Sonderbund en 1847, que la Confédération a qualifié de “rébellion” et a maté en conséquence). Cette erreur doctrinale a trois conséquences : 1) elle sous-tend un jugement de valeur, selon lequel la confédération serait nécessairement un état transitoire, vers une solution stable qui serait la fédération, alors que rien ne permet de le prouver ; 2) elle ne rend pas compte du cas américain, mi-fédéral mi-confédéral ; 3) elle gomme l’utilité intrinsèque du fédéralisme, qui, en réalité, groupe des entités ayant chacune une face externe et une face interne, relevant tantôt du droit public interne, tantôt du droit international.
Laurent Wauquiez, l’actuel porte-parole du gouvernement Sarkozy Fillon, évoque les problématiques nouvelles de la communication politique dans un article intitulé “Nouvelle politique, nouvelle communication ?”. Alors que le secret était vénéré par Machiavel, Richelieu, la montée en puissance de la démocratie au XIXe siècle suscite la montée des débats démocratiques par voie de presse. Malgré cela, la raison d’Etat se portait encore bien sous Clemenceau. L’avènement des médias audiovisuels (des causeries au coin du feu de Roosevelt à l’ORTF de de Gaulle) n’a pas fondamentalement changé la donne : l’information reste asymétrique et verticale, on écoute le Général qui parle. A présent, nous serions entrés dans l’ère de la transparence, avec internet, la pluralité des médias (ce qui est un faux argument, il y avait d’innombrables journaux il y a un siècle), et surtout l’émergence du besoin participatif. C’en est fini du secret. Puisque plus personne ne peut être assuré que sa parole privée restera bien privée, il n’y a plus de secret possible. C’est une présentation caricaturale que je ne partage pas.
Enfin, Pierre Gras évoque la mémoire du cinéaste allemand bien connu, célébré à Beaubourg l’an dernier, Werner Fassbinder, et plus précisément sa série télé, Berlin Alexanderplatz. Il a refusé l’activisme politique béta, adopté un point de vue médiatisé (en écartant le cinéma “objectif” pour s’incarner dans le point de vue des personnages), tout en ayant le souci de s’adresser à des publics variés. En cela, Berlin Alexanderplatz c’est un peu le Twin Peaks de Fassbinder.


Je n’ai hélas pas, ou plutôt je ne prends pas, le temps de lire la revue Commentaire. Merci donc pour ce post et très heureux de te relire.
Meilleurs voeux pour l’année qui commence
Salut Cop’
Bon retour sur le web!!! Et meilleurs voeux pour 2008!!!
Je dirais un peu la même chose que Higgins, je lisais Commentaire il y a quelques années à la bibliothèque de Montpellier. Je pense qu’avec le Débat c’est une des très bonnes revues françaises.Faudrait que je m’y remette…
Sur l’islam et la sexualité je partage tout à fait l’analyse de l’auteur que tu résumes. Je pense aussi que la question principale en terre d’Islam est la place dévolue à la femme.
J’avais écris ça sur eXc à l’époque.
http://extremecentre.org/2006/03/26/muslim-lust-ou-la-question-de-la-feminite-en-terre-islamisee/
Merci à vous et que mes meilleurs voeux vous accompagnent également !
Vous devriez faire un billet sur le dernier film de Sean Penn, Into The Wild, très libértarien à mon sens (mais je peux me tromper….)
Je pense malheureusement ne pas avoir le temps d’aller voir ce film, si bien que si d’autres veulent s’y coller, je les y invite volontiers (et me tiens prêt à héberger leur prose ici, bien sûr).
Bonjour:
J’ai lu avec le plus grand intérêt la traduction française du texte “Anatomy of the State” de Murray Rothbard publiée sur votre blog. J’ai mis la version PDF avec une introduction de “Fabrice Ribet” en disponibilité sur mon blog à l’adresse:
http://anarcho-capitalisme.blogspot.com/2007/10/lanatomie-de-letat.html
Néanmoins ceci ne constitue pas une archive permanente, car le fichier PDF en question se trouve sur le serveur temporaire http://www.fileden.com/
qui peut expirer d’un mois à l’autre.
Or je voudrais citer la version française de cet article dans une publication plus ou moins officielle que je prépare. Il faudrait donc que je puisse donner un lien pointant vers un serveur plus permanent, tel que http://www.copeau.org/ ou Catallaxia, ou un autre site sérieux.
1) La version PDF de cette traduction se trouve-t-elle déjà dans un site plus permanent que fileden?
2) Si c’est non, accepteriez-vous de la mettre sur votre site ou un site équivalent?
Ce texte est tellement important que, à mon sens, le PDF de la version française mérite d’être diffusé et archivé.
Librement vôtre,
Gallatin.
Oui, il est disponible sur Catallaxia :
http://www.catallaxia.org/index.php?title=Murray_Rothbard:L%27Anatomie_de_l%27Etat