Le futur aux trousses
Film français (1974) de Dolorès Grassian. Avec Andréa Ferréol dans un rôle complètement dingue, Bernard Fresson, Claude Rich, Michel Aumont, Guy Tréjean.
Dans une époque future qui se veut pourtant très proche, Sermeuze, le directeur d’une importante holding spécialisé dans les loisirs, qui occupent désormais quatre jours de la semaine, n’a plus rien à vendre. Au siège central, les informations concernant la situation internationale ne sont pas rassurantes et le bilan est même très pessimiste: la crise économique frappe partout, les meilleures organisations sont touchées comme les autres. Toutes les études de marché sont formelles : chômage, récession, pollution, surpopulation, famine et bien pire encore. La situation est grave. Les Français ne croient plus en rien. Quel sera l’avenir ? Que veulent vraiment les gens ? Que veulent-ils devenir ? Qui veulent-ils être ? Quelqu’un d’autre, alors il faut leur vendre une autre identité.
Un futurologue (irrésistiblement interprété par un Claude Rich chevelu) lui propose d’utiliser les refoulements de chacun, les fantasmes et vices cachés (du trans au maso, en passant par le psychotique, l’incestueux et le pervers, l’éventail est large) comme la richesse de demain. Au conseil d’administration, les pleins pouvoirs sont donc confiés au futurologue Borel qui prétend tenir un plan de relance unique au monde.
Sermeuze décide alors de mettre en place une nouvelle forme inédite et révolutionnaire de distraction : la possibilité de se payer une double identité afin de permettre a tout un chacun de vivre ses fantasmes et ses refoulements. Il pense qu’un nouveau marché va naître : l’imaginaire !
Le calcul est simple : double identité, double consommation, et 1=2. Ce sera alors la prospérité pour tous et le bonheur. Puisque les temps à venir s’annoncent difficiles, il faut vendre de l’imaginaire pour satisfaire les souhaits et faciliter le plein épanouissement; il faut vendre la double identité, car tout le monde aspire à être un autre et, plus encore, posséder le rêve des gens, c’est posséder les gens.
Certains trouvent ce film excellent, acerbe et joyeux ; d’autres n’ont pas de mot assez dur, je cite par exemple ceci :
L’éternel problème des bonnes intentions. Et celle-ci ont une pâleur cadavérique à la vue de cet intordable navet. Décousu, sans idée précise, un semi-reportage foireux, pompeux et franchouillard. Et ceci sans évoquer la froideur du cadre, la petitesse du scénario, la lenteur de ce machin peu digeste. En prime une critique sociale qui arrive après la pluie. Entre ridicule et raté, triste et soporifique.
Je ne partage pas ce point de vue. Ou du moins, pas entièrement. Certes, ce film est réalisé à la truelle, et Dolorès ferait passer l’ami Joe d’Amato pour un digne esthète florentin. Je ne peux le nier. Par ailleurs, si l’idée d’incruster dans le fim plusieurs vrai-faux reportages est sans conteste une bonne idée, assez originale je crois pour l’époque, la réalisation poussive et digne d’un habitué de YouTube parvient à rendre presque pénible ces moments, hormis peut-être l’aspect anthropologique qui consiste à se replonger dans le Paris de l’immédiat après-soixante-huit.
C’est du reste selon moi la principale qualité de ce film pourtant indéniablement à voir. Il concentre jusqu’à la caricature la quintessence d’une époque définitivement révolue. Si aujourd’hui Pan est mort, bien vivace il était en 1974. La double identité (le slogan entêtant présent sur toutes les affiches de Fresson) est propice à tous les excès, toutes les déviances. Le sexe explose, l’échangisme, le transformisme, le n’importe quoi font leur loi. C’est sans doute ce que j’ai adoré dans ce film : l’atmosphère si décalée pour nous qui s’en dégage, si joyeuse, si débridée, celle d’une époque où l’on pensait encore qu’un nouveau monde fut possible, celui où l’ordre moral serait enfin abattu. Cet esprit joyeux irrigue tous les rets des seventies : je pourrais citer sans difficulté nombre d’exemples culturels, musicaux, cinématographiques, y compris dans le monde de l’avant-classement X, qui confirment cette observation. C’est en cela que ce film est grandiose, grinçant malgré tous ses défauts, et au final plus politique qu’il n’y paraît de prime abord (de prime abord, de toutes façons, les choses sont simples : un film de SF français, il y a de quoi se méfier ; des années soixante-dix qui plus est, il y a même de quoi s’inquiéter). Revenons un instant sur ce que j’entends pas l’aspect politique du film.
Malgré le prix de la double identité, en effet, chacun se fait un devoir d’appartenir à la nouvelle société, créée pour l’occasion. Sermeuze récolte le fruit économique de l’événement, mais le Gouvernement (représenté par un ministre de l’Intérieur qui rappelle ouvertement Poniatowski et qui préfigure aussi Peyreffite) s’octroie le fichier de l’imaginaire en l’extorquant au businessman par la menace.
C’est alors que Borel comprend son erreur. Médiocres et égoïstes, les hommes ne s’identifient qu’à leurs semblables. Un nouveau monde est impossible. Les exactions se multiplient. Chacun veut commander ou imposer. La population prend peur et manifeste violemment. Le Gouvernement se réunit alors en séance extraordinaire et, à l’issue de celle-ci, un gardien d’immeuble, devenu dictateur grâce à la double identité, est autorisé à rétablir l’ordre à sa façon… Tout devra être répertorié, planifié et classé, chacun portera dorénavant un numéro et devra obéir sans broncher à l’Etat. Faute de quoi la peine de mort sera immédiate.
A noter enfin la présence d’Andrea Ferreol, à une époque exactement intermédiaire entre La Grande Bouffe et les Galettes de Pont-Aven. Deux autres empreintes définitivement immarescibles d’une époque à jamais révolue.


Je suis un indécrotable nostalgique des années 70 !
A noter, mais tu le sais mieux que moi Copeau, la richesse du cinéma porno de cette époque là, trés proche , en qualité, de la toile classique.
Je n’ai jamais vu ce film, je vais essayer de le dégoter sur le net !
Pour une raison que j’ignore, le commentaire d’Olivier est systématiquement spammé. Je le reproduits donc ici :
Je suis un indécrotable nostalgique des années 70 !
A noter, mais tu le sais mieux que moi Copeau, la richesse du cinéma porno de cette époque là, trés proche , en qualité, de la toile classique.
Je n’ai jamais vu ce film, je vais essayer de le dégoter sur le net !
Ah et bien maintenant ça marche, il y a des choses étranges des fois…
Ma réponse : tu auras du mal je pense à trouver cette rareté sur le net. Je l’ai vu sur Ciné FX, ce film repasse cette semaine, jeudi je crois, tu as donc encore une chance si tu parviens à dégoter quelqu’un qui capte cette chaîne…
j’ai cette chaine ! je programme !! Désolé pour les spams! j’espère que ce n’est pas contagieux !
Peut-être que si… En tout cas, heureux de te rendre service, et bon film !
Alors Olivier : tes impressions ?
il passe en ce moment sur cine fx, j’enregistre !
Damned, je croyais que c’était hier, autant pour moi.
j’ai bien programmé mais le film a commencé une heure plus tard que prévu, total je n’en ai vu que 25 mn !
Je reprogramme pour dimanche ! Le début est trés bon, à part l’entrée de ferreol qui frise le grotesque..crétignolesque !! J’ai hâte de le voir en entier…la suite au prochain numéro.
Le suspense doit donc être insoutenable !
“Le futur aux trousses” est un film qui part dans tous les sens, alternant le meilleur et le pire. Les parties reportages sont celles qui ont retenues mon attention, et l’on s’apperçoit que rien ne change vraiment. Trente ans plus tard nous en sommes au même point, ce point d’inertie qui interdit toute marge de manoeuvre, ce noeud capitaliste, consumériste qui se ressère autour de nos gorges sans que l’on puisse défaire son etreinte.
Michel Aumont est parfait en crétin paranoiaque, une caricature quasi parfaite de cette collusion si actuelle du monde financier et de la politique.
Je pense que ce film, à l’époque où il a été tourné, aurait été un bon point de départ pour un porno d’anthologie, avec Richard Lemieuvre à la place d’Aumont et Catherine Ringer pour la ferreol !…On peut toujours rêver !!!!
Je n’aurais pas nécessairement pensé spontanément aux rapprochements que tu effectues, mais je reconnais en revanche bien volontiers que parfois ce film dérive, au détour d’une scène, vers des séquences qui m’ont furieusement rappelé des pornos made in seventies. Ce doit être une question d’atmosphère, je pense.
A noter, bien que ça n’ait rien à voir, qu’on aperçoit je crois Katia Tchenko parmi les jeunettes qui distribuent des tracts. Laquelle Katia a au moins deux autres mérites à son actif : le premier est d’avoir été décorée chevalier dans l’Ordre national du Mérite en 2005 ; le second est d’avoir joué dans le film inoubliable, véritablement tête de pont du septième art français, Mon Curé chez les nudistes.
ça valait bien une médaille en effet !! Je suis étonné que Max Pécas ne soit pas de la même promotion d’honneur !!
Sorry I cannot answer in French…it has been too many years since I lived in Paris.
I was an extra in this movie way back when. It was crazy filming, I had no idea what was going on!
bonjour,
j ai pu en voir une partie sur cine fx.
Sachant qu il est non reedité en dvd et introuvable en vhs, pensez vous pouvoir l uploader sur rapidshare?
ce film est un petit bijoux, et si vrai!
cordialement,
matthieu
olivier, l’as tu enregistré?
je ne l’ai pas conservé, pour ma part.
bonsoir,
n ayant pas cine fx et etant tres curieux de voir ce film, quelqu un aurait il l amabilité de le partager sur le net?
Il ne doit pas être très facile à trouver, je suppose.
Le film repasse fréquemment sur Ciné FX (encore hier et aujourd’hui), il suffit donc de demander à quelqu’un qui possède cette chaine de l’enregistrer…
Sinon, ce film que j’ai assez apprécié est disponible sur PriceMinister en VHS => http://www.priceminister.com/offer/buy/50656413/Le-Futur-Aux-Trousses-VHS.html