Raymond, le rendez-vous manqué
Je voulais écrire un billet retraçant la vie de Raymond Barre, cela étant, je crois que Guy Sorman, dans une autre perspective, a résumé excellement le fond de ma pensée. Je lui laisse donc la main pour les lignes suivantes, et le remercie de sa clairvoyance.
Raymond Barre fut le bon président que la France n’a pas élu au moment où nous en aurions eu le plus besoin.
Le déséquilibre des finances publiques qui plombe aujourd’hui la croissance remonte en effet aux années 1980, quand Barre candidat proposa , en vain , aux Français sa médecine d’urgence. La nouvelle donne économique - pétrole chère , inflation , démarrage de l’économie de l’information aux Etats Unis , révolution Reagano- thatchérienne - aurait exigé à cette époque , un virage dans nos modes de gestion du budget de l’Etat , de la solidarité sociale et du chômage . Virage que la Grande-Bretagne a pris mais pas nous. Mitterrand fit l’autruche, Chirac aussi ; Sarkozy, on ne sait pas encore.Mais Barre n’avait aucune chance d’être élu dans un régime présidentiel, pas plus que Pierre Mendès-France en son temps ; il ne parlait pas aux tripes et s’en tenait en réunions publiques au même registre didactique qu’avec ses élèves de Sciences Po. Ses étudiants, je suis fier de l’avoir été, ne l’appelèrent jamais que Monsieur le Professeur et non Monsieur le Premier Ministre comme le protocole républicain l’eut exigé ; il en était enchanté et n’aimait rien d ‘autre de que de commenter les progrès de la science économique.
Barre aimait les aphorismes, celui-ci en particulier : « Il faut penser en homme d’action et agir en homme de pensée «, de Henri Bergson. Voilà une autre France, une génération disparue.
A propos de mémoire, il me revient une conversation entre trois complices de cette génération-la , Barre, Louis Pauwels et Henri Amouroux ; tous les trois académiciens , ils s’interrogeaient sur l’au-delà. “Nous sommes immortels , disait Henri Amouroux , aussi longtemps que les vivants se souviennent de nous”.

