Nestor Burma
Voici, je le pense, un billet qui va vous surprendre. En effet, rien - me semble-t-il - ne pourrait vous laisser un seul instant supposer que je puisse être un fan du détective créé par Léo Malet. Et pourtant, c’est bien le cas. J’ai lu une grande partie des romans de l’auteur, et j’ai vu la quasi totalité des saisons de la série produite par Antenne 2 / France 2, depuis sa première apparition en 1991, dans laquelle Nestor est assez idéalement incarné par un Guy Marchand au flegme inaltérable.
Non, ce n’est pas le charme, parfois discret, parfois incontestable, des petites Hélène qui me font apprécier ces séries romanesques et télévisées. Ce n’est pas non plus le travestissement télévisuel, service public oblige, où l’alcoolo anar de Malet devient un dandy désabusé joueur de saxo. C’est plutôt l’état d’esprit qui s’en dégage, très parisien à l’ancienne, appuyé sur un vieux fond libertaire parfaitement mis en valeur par la bêtise du commissaire Faroux et de son adjoint, l’excellent inspecteur Fabre joué par le non moins excellent Patrick Guillemain.
Il est vrai que Malet a été, parmi les petits boulots de son début de carrière, journaliste dans divers canards au nom évocateur (En dehors, L’insurgé, Journal de l’Homme aux Sandales, la Revue Anarchiste, etc.). Un temps surréaliste, puis devenu trotskiste, Malet crée après-guerre le personnage de Burma. Chacun de ses romans se déroule dans l’un des arrondissements de la capitale, ou a du moins pour scène principale un seul et même arrondissement.
Je vous conseille tout particulièrement la lecture de Pas de bavard à la Muette, qui se déroule à Passy, Brouillard au pont de Tolbiac (près de la place d’Italie), ou encore Nestor Burma court la poupée.
Je n’ai jamais eu la chance de lire les BD illustrées par Tardi, mais, pour en avoir vu quelques planches, il me semble que ce dessinateur si particulier parvient très bien à retranscrire l’atmosphère qu’on imagine à la lecture des romans de Malet, où même les beaux quartiers (je me souviens d’une description frissonnante des jardins du Luxembourg et de l’Observatoire) prennent un aspect inquiétant.
A lire, donc, d’autant que je trouve l’écrite de Malet bien supérieure à celle de Frédéric Dard, et que je trouve Burma plus attachant que San-Antonio. Beaucoup de bruit pour rien, je me contenterai de dire, pour ce dernier.


Tope-là, l’ami ! Encore un point commun entre nous. Malet est supérieur à Dard et Guy Marchand est son prophète.
J’en suis sincèrement ravi !!
Tu devrais vraiment lire la BD de Tardi,notamment 120 rue de la gare avec des décors lyonnais des annes 40 saisissants.
Encore un choix excellent. J’ai découvert Nestor Burma via Tardi et je crois bien les avoir tous lus. La plupart des histoires se passent en effet à Paris mais il y a quelques histoires qui se passent en Province (j’ai beaucoup aimé “le 5ème procédé”).
Tardi a su rendre parfaitement le physique et la psychologie du héros de Malet. J’ai également bien apprécié la série TV avec Guy Marchand qu mériterai de jouer ce personnage dans un film avec décors!
Merci de tous vos conseils, je vais donc m’atteler à lire le plus rapidement possible ces bédés de Tardi.
“La plupart des histoires se passent en effet à Paris…”
Avec une histoire par arrondisement.
Un site qui offre un guide des épisodes de la série télé : http://dossierscinemaetcie.ifrance.com/burma.htm
On y trouve également mention d’un film de 1982, avec le regretté Michel Serrault dans le rôle-titre, mais aussi Jane Birkin, Alain Bashung, Corinne Marchand, Anne-Marie Pisani, Pierre Arditi, Jean-Pierre Kalfon… et Guy Marchand - une rareté à voir, j’imagine.
Il est par ailleurs à peu près impossible de trouver sur le net des photos de celle qui reste pour moi la plus jolie des poires belle-hélène, Géraldine Cotté. On ne trouve pas non plus de photos - ou pour ainsi dire - des deux premières actrices ; seule Jeanne Savary, qui a officié plus longtemps et qui est plus connue pour avoir participé depuis à Caméra Café, tire son épingle du jeu numérique, si j’ose dire. C’est bien dommage, vraiment dommage, pour Géraldine.
Je ne saurai dire pourquoi, mais Géraldine me fait penser à Florence Pernel, autre actrice de série télé des années quatre-vingt dix (Le Juge est une femme), et qui a la particularité d’avoir tourné dans Girls, de Just Jaeckin (le réalisateur d’Emmanuelle), en pleine adolescence.
Eh bien, de mon côté, c’est l’inverse. Je n’ai lu que les BD de Tardi, mais n’est jamais lu les romans de Léo Malet, ni vu la série tv. “Brouillard au pont de Tolbiac” existe d’ailleurs en version BD et ce doit être la première que j’ai lue. En tout cas, je me joints aux autres pour te conseiller vivement de jeter un oeil sur ces BD !
Commande Amazon effectuée, je ne vais pas tarder de lire mes premières bédés signées Tardi. Alors qu’on ne m’a pas dit beaucoup de bien de Moynot, soit dit en passant.
Je viens de lire, avant celles de Tardi, une bédé signée Moynot, Le soleil naît derrière le Louvre, que je ne trouve pas si mauvaise que la critique veut bien le dire. Je la trouve même plutôt bonne, et le jeu sur les couleurs, glauques, reflète assez bien l’atmosphère parisienne de l’époque, du moins telle que je me l’imagine.
Cette BD est la seule concernant ce cher Nestor que je n’ai pas encore lue. Le peu que j’en ai vu (en la feuilletant) montre que Moynot se montre un digne élève du maître. J’espère cependant que Tardi va vite nous sortir une nouvelle histoire avec son trait si adapté au monde et au personnage du détective qui met le mystère KO.
Rêvons d’une adaptation complète des nouveaux Mystères de Paris.
Rêvons, rêvons, qui sait ? Merci en tout cas de ces précisions !
Merci Romain, j’ai lu à présent 120, rue de la Gare, qui est effectivement une excellente bédé, doublée bien sûr d’un excellent roman qui a servi de trame au scénario. Le Lyon de l’occupation est extraordinaire, et plus généralement, c’est vrai que Tardi n’a rien à voir avec Moynot (encore que ce dernier dessine bien mieux les rues, les immeubles, bref la ville, que les personnages et les scènes d’action).