12 juillet 2007

Millenium 2 - La fille qui rêvait d’un bidon d’essence… et d’une alumette

> romantique — Copeau à 7:45

Voici déjà un bon moment que j’ai lu le tome II de Millénium, ou plutôt des aventures de Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist, la première autiste hackeuse sous curatelle, le second journaliste d’investigation co-directeur d’une revue bobo quoique de grande qualité à Stockholm.

J’avais omis de vous parler de ce deuxième bouquin, par manque de temps et certainement pas par manque d’envie. En effet, ce nouveau volet de la saga Millénium (en attendant le troisième et dernier avatar, qui sortira à la rentrée) est largement à la hauteur du premier. L’intrigue de ce polar nordique se focalise plus sur le rôle de Lisbeth, et moins sur celui de Mikael.

L’histoire débute là où Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes s’arrêtait. Blomkvist triompha avec panache à la fois d’un maniaque sexuel maquillé en capitaine d’industrie, et d’un financier véreux aux méthodes particulièrement douteuses. Il triompha, certes, mais ne tira tout de même pas aussi bien son épingle du jeu que Lisbeth, qui, du haut de ses innombrables talents numériques, rafla la mise, au sens propre comme au figuré. Après s’être mise au vert quelques temps, Lisbeth est de retour en Suède, vit encore plus cachée qu’auparavant, et rien ne semble pouvoir troubler sa quiétude en Powerbook, sinon une copine de temps en temps pour satisfaire ses légitimes désirs lesbiens.

Mikael a retrouvé sa place au sein de Millénium, lui qui a été malmené précédemment par une enquête bâclée qui lui a coûté sa place. Il projette, avec deux collaborateurs free-lance en appui, de sortir un numéro spécial consacré aux méthodes esclavagistes employées par des proxénètes venus de Russie ou de pas loin, à l’encontre de jeunes femmes naïves venues gagner leur croute en Occident. Vous pointez ici du doigt, fidèles lecteurs, la principale faiblesse de cet opus : le thème central, très féministe, n’est pas très différent de celui de Millénium I, ce qui est très dommage et signe d’un manque de renouvellement flagrant de la part de Stieg Larsson.

Je ne veux pas vous dévoiler plus avant l’intrigue, ce serait fort peu urbain de ma part, et probablement vain, dans la mesure où je vous fais confiance pour vous faire votre propre opinion au sujet de ce roman d’excellente facture et haletant. Je me bornerai à dire que Lisbeth est décidément pleine de ressources, et que nous ne sommes sans doute pas encore au bout de nos surprises la concernant. Son passé, son présent et son futur restent au mieux troubles, au pire obscurs.

Ce bouquin-là est à la hauteur du premier, je l’ai dit, et incarne tout autant que celui-ci la nouvelle vague du roman policier suédois. Tout comme le commissaire Wallander d’Henning Mankell, dont j’ai déjà si souvent parlé (je fais ici une piqure de rappel, car je me rends bien compte que tous les lecteurs de ce blog ne sont pas des réguliers, loin de là). Je ne prétends pas que Larsson fasse ici preuve de grande crédibilité, dans la mesure où Lisbeth la punkette gothique est si caricaturale qu’on a du mal à imaginer un seul instant qu’elle puisse avoir la moindre existence réelle, ce qui est pourtant le ressort de base de tout roman. C’est tout aussi vrai pour Blomkvist, qui est encore, comme je l’écrivais dans le billet précédent, le double de Larsson, son prolongement fantasmatique, tellement parfait et gentil qu’il en devient parfaitement lassant.

Si le trait qui dessine les personnages est grossier, le déroulé de l’histoire est haletant et extrêmement bien pensé, c’est le premier pilier de l’œuvre de l’auteur. Le second pilier réside, quant à lui, dans l’état d’esprit qui se dégage des romans de Larsson. Un état d’esprit joyeusement libertaire, à l’amour libre assumé, à l’homosexualité latente, au contournement des autorités stériles ou collabos. On se croirait retourné dans un film du début des années soixante-dix, et c’est, je crois, ce qui me plaît le plus chez Larsson. C’est ce qui le rend si joyeusement sympathique.

6 réactions »

  1. olivier dit le 13 juillet 2007 à 12:43

    Pour une fois je ne lis pas ce billet car j’attends la sortie du troisième tome en septembre pour attaquer le second, puis le dernier dans la foulée !!! mais bon…je n’ai pas résister…je l’ai lu, merci de ne rien dévoiler…chapeau copeau !!

  2. olivier dit le 23 août 2007 à 14:36

    Le troisième tome sort le 3 septembre, dixit la fnac !!!

  3. Copeau dit le 25 octobre 2007 à 20:42

    http://www.copeau.org/2/2007/10/25/la-reine-dans-le-palais-des-courants-dair-millenium-3/

  4. Copeau Reloaded » La reine dans le palais des courants d’air - Millenium 3 dit le 25 octobre 2007 à 21:03

    [...] Voici enfin pour moi le moment venu de vous parler du troisième tome de Millenium, intitulé La Reine dans le palais des courants d’air. Comme vous le savez, j’ai déjà chroniqué les deux premiers volumes de la trilogie de Stieg Larsson ici et ici. [...]

  5. marc dit le 29 octobre 2007 à 12:19

    les trois volumes avalés, il ne reste plus qu’à pleurer… puisque l’auteur nous laisse orphelins… petite consolitation, il sem ble au vu des blogs suédois, qu’une adaptation cinéma puisse se voir un jour, en attendant, passionné par l’histoire, j’ai retrouvé pour prétexte de relire de localiser les personnages, lieux et sites évoqués. Après la relecture d’un volume et demi on retrouve plus de 200 personnages en situation et autant de lieux. POur le seul Stockholm, 95 % des adresses sont retrouvables (y compris les bars et cafés), les seules “erreurs” trouvées sont des noms de restaurants mentionnés qui ont été changés par l’auteur (mais pas les adresses) et le nombre de Mc Do (il y en a trop dans le livre, notamment sur Södermalm, entre autre il n’y a pas de Mc Do à Slussen mais il y a un kioske Sibylla, donc… j’en dirai plus quand j’aurai fini ma réexploration de ces livres… au fait la rumeur parle d’un volume 4 ??? mais il faudra surement attendre que les remous familiaux liés au “départ” de Stieg se calment…

  6. Copeau dit le 29 octobre 2007 à 12:33

    Merci de ces précisions Marc ; je n’ai jamais entendu d’un tome 4, soit dit en passant. Pour l’adaptation cinématographique, il est clair que l’intrigue s’y prêterait tout à fait. Il ne reste donc qu’à croiser les doigts, à espérer et à attendre…

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