28 juin 2007

Récidivator

> juridique — Copeau à 7:44

Le projet de loi Dati sur les peines planchers et la récidive va bientôt être présenté à l’Assemblée. Je note que les lois de décembre 2005 et mars 2007 viennent à peine d’entrer en vigueur, et qu’il est donc étonnant (je feins l’étonnement) de remettre si tôt le couvert sécuritaire. Passons.

Je voudrais en revanche me faire l’écho d’un papier signé de Nathalie Guibert, paru dans le Monde du 27 juin 2007. Celle-ci rappelle fort à propos que l’idéal libéral issu de la Révolution française visait, qu’on le veuille ou non, à amender les détenus, même récidivistes, et ne se focalisait donc pas sur la seule et unique peine. C’est un rappel d’importance, qui nous sort un peu de l’ornière classique prévention / répression, et qui oublie un peu vite que la France révolutionnaire, pour ne citer qu’elle, faisait bien plus de répression que de prévention, et que la prévention n’est pas tant l’apanage de la gauche que des libéraux.

Plus encore, lorsqu’il s’agissait de sortir d’un angélisme exterminateur (pour parler comme Alain-Gérard Slama), c’était au nom d’un projet humaniste et constructif bien éloigné des considérations actuelles. Reconquérir sa liberté, reconstituer un foyer, gagner sa vie par le travail, tels étaient les trois objectifs complémentaires assignés au système pénal. Et on considérait, suite aux recherches menées par un magistrat répondant au nom de Tocqueville, que le système pénitentiaire brut et l’absence d’anticipation de la réinsertion des prisonniers dans la société étaient les deux principaux vecteurs de l’accroissement de la criminalité et de la récidive. Ce n’était pas l’angélisme des préventionnistes, c’était l’utilitarisme des examinateurs de l’efficacité des modes de répression.

Aujourd’hui, l’efficacité de la loi pénale n’est même plus un sujet de discussion. Merci Sarko.

26 juin 2007

Kurt Wallander ou l’inertie au service du mouvement

> romantique — Olivier à 13:31

J’accueille sur ce blog un billet rédigé par mon ami Olivier, et consacré à l’oeuvre de Henning Mankell, auteur suédois dont je vous ai déjà parlé ici à plusieurs reprises.  Je le remercie et vous souhaite au passage une bonne lecture de cet excellent texte.

Voici donc un billet sur la série des Kurt Wallander. Je m’efforcerai de parler de la psychologie du personnage plutôt que d’éplucher chacun des romans, je vous laisse les découvrir au gré de vos envies.

C’est à croire que plus on se rapproche du grand nord, plus l’activité artistique y est féconde et bouillonnante, à l’image des geysers d’Islande, les talents jaillissent régulièrement. Pour ne citer que les plus connus nous trouvons Bjork, Nils Petter Molvaer, Eivind Aarset, Danielsson, pour la musique, Larsson, Edwardson, Joensuu pour les écrivains « noirs ». ( cette liste étant totalement arbitraire et subjective bien sûr !)

Les neuf romans qui composent la saga de Kurt Wallander trahissent tous à leur manière les inquiétudes qui assaillent Henning Mankell. La société suédoise et plus largement l’Europe s’est peu à peu modifiée, les frontières se sont ouvertes, les murs sont tombés, la monnaie s’unifie, les langues s’anglicisent. Comment s’adapter à cette nouvelle donne géo-politico-économico sociologique ? La saga Wallander pourrait tout aussi bien se sous-titrer, « l’inertie au service du mouvement » Je m’explique.

Wallander ne comprend pas le monde qui se construit sous ses yeux. La criminalité, les mœurs, la politique, les enfants, tout se métamorphose sans qu’il ne se sente concerné par ce changement. Le monde poursuit un cycle de dilatation et de rétrécissement de plus en plus rapide et incohérent. Le mur de Berlin s’écroule, chacun y va de son couplet en faveur des libertés retrouvées. Quelques années plus tard, les murs fleurissent à nouveau, en Israël, aux états unis, bientôt au sud de l’Europe. Le flux et le reflux idéologique casse puis reconstruit pour défaire à nouveau.

Wallander c’est la contradiction de l’inertie au service de l’action. Il est souvent prit de court, tétanisé par la violence qui se mue rapidement en comportement banalisé. Kurt est un arrêt sur image perpétuel, il s’immobilise, lutte, refuse, tergiverse, fait marche arrière. Ce côté quasi minéral du héros de Mankell sert tout aussi bien la narration que la perspective sociologique sous-jacente, lui donne force et rapidité.

Le polar est le style littéraire par excellence lorsqu’il s’agit de décortiquer au scalpel les dérives d’une société. Mankell s’emploie, en bon chirurgien, roman après roman, avec plus ou moins de succès d’ailleurs, à brosser un état des lieux de la Suède. Il y arrive brillamment, même si son analyse dérive trop souvent dans les marécages de la nostalgie.

Kurt Wallander est un personnage attachant, lucide, scrupuleux, fainéant, malheureux en amour mais il ne joue pas, comme quoi les dictons …Il voudrait faire du sport, acheter une maison ,un chien, se marier, renouer les liens distendus avec son ex femme, comprendre sa fille, trouver une place dans un pays qui se transforme trop vite pour lui. C’est sur ce dernier point que Mankell tourne en rond, à mon grand regret. Le stéréotype du flic qui refuse de s’adapter lorsque tout change autour de lui est une ficelle un peu courte pour un écrivain de son talent, mais bon, passons…

Je ne saurai trop vous conseiller de lire les romans de Mankell dans l’ordre chronologique. Il n’y a pas de liens entre les romans, cependant le héros évolue tout en gardant les trames des épisodes précédents. Voici pour commencer la liste des romans, du premier au dernier.

Meurtriers sans visage,

Les chiens de Riga

La lionne blanche

L’homme qui souriait

Le guerrier solitaire

La cinquième femme

Les morts de la Saint-Jean

La muraille invisible

Avant le gel

Mise à part Wallander, le personnage récurrent de la série est sans aucun doute Rydberg, le vieux flic, sage et mesuré, qui apparaît dans « Meurtriers sans visage ». Il meurt à la fin de ce premier opus mais continuera, enquête après enquête, à hanter la mémoire de Kurt, à tel point qu’il devient un double métaphysique, la personne qui se tient de l’autre côté du miroir, qui connaît la vérité ou du moins l’entrevoit. Wallander y fait souvent référence, lui demande conseil, s’interroge sur l’attitude qu’aurait adopté Rydberg face à telle ou telle énigme. L’osmose entre les deux personnages est telle, que peu à peu, Wallander se mue en Rydberg, clonage inéluctable du à son penchant récurrent pour le passé.

Le second personnage clé pour comprendre Wallander est celui de Baïba Leipa, la belle Lettonne, avec qui il entretiendra une relation tumultueuse, voire chaotique, à partir des chiens de Riga. Baïba est le symbole de l’auto castration qu’il s’inflige en permanence. Wallander est réfractaire à toute idée de changement ou de compromission, dans son travail et dans sa vie privée. Former un couple nécessite des compromis, chose qu’il est incapable d’envisager, malgré l’amour ( mais est-ce vraiment de l’amour ?) qu’il a pour cette femme.

Pour comprendre Kurt, il faut s’attacher aux personnages qui l’entourent, ce sont finalement eux qui parviennent à dresser un profil psychologique du héros. Citons Sten Widen, son camarade de jeunesse, éleveur de chevaux alcoolique, Ebba, la réceptionniste du commissariat, un de ces personnages périphériques qui ont une importance cruciale dans le récit, Björk, le supérieur de Wallander, soucieux de l’image de la police, il fait deux pas en arrière quand Wallander en fait un en avant, Linda, sa fille, un ovni selon lui, elle est le symbole de son incompréhension, surtout lorsque cette dernière lui annonce dans la muraille invisible qu’elle veut à son tour devenir flic.

Ses collègues de travail sont les personnes qu’il côtoie le plus, cependant, il ignore tout de leur vie, la preuve en est, lorsque Svedberg est assassiné, il découvre qu’il cachait son homosexualité tout autant que son admiration pour lui. La mort est le seul lien qui lie Wallander à ses proches et au reste du monde.

Chacun de ces personnages définit un trait de caractère de Wallander. Widen pour la nostalgie des occasions manquées, il voulait être son impresario et le propulser comme chanteur d’opéra, Ebba représente le côté maternel, la femme qui comprend, s’inquiète et s’occupe de lui trouver une chemise propre, Björk, son opposé, pour son refus de transiger avec les journalistes, les notables et la hiérarchie, Linda et son incapacité à s’intégrer au changement. Si Baïba est éros, Rydberg est sans aucun doute Thanatos, une voix d’outre tombe, un point d’ancrage, une façon de s’accrocher à ce qui lui reste du passé. C’est précisément là que se trouve ma principale critique, Wallander est trop passéiste, Mankell se complaisant dans une critique de la société suédoise sans apporter un contre modèle crédible. Wallander voyage peu, la Lettonie pour les chiens de Riga, un voyage aux Caraïbes entre la lionne blanche et l’homme qui souriait, l’Italie avec son père. Son approche de l’extérieur, de l’autre, celui qui ne parle pas sa langue et ne partage pas ses coutumes est motivée, soit par le travail ( Riga) soit par la volonté de tout oublier ( les Caraïbes) contre voyage par excellence, soit le désir de se faire accepter par son père (l’Italie). Wallander est suédois et le restera jusqu’au bout, le mondialisme est une bestiole étrange qu’il regarde de loin, sans prendre la peine de la comprendre.

Chacune des énigmes des neufs romans est un modèle de construction. Wallander s’y montre d’une lucidité peu commune, se fiant à son instinct, remettant systématiquement en cause ses analyses, ses conclusions, acceptant les critiques de ses camarades de travail. Il doute de ses capacités, c’est sa principale qualité, cette déconstruction cartésienne qui lui permet de renouer les fils invisibles de l’enquête.

D’un point de vue stylistique, Mankell fait un sans faute, il faut le reconnaître. Ses intros sont percutantes, souvent très éloignées géographiquement d’Ystad ( l’Afrique du sud pour la lionne blanche, l’Algérie , la cinquième femme, la république dominicaine, le guerrier solitaire ) . Les énigmes contiennent cette part de crédibilité qui embarque le lecteur très rapidement, les personnages sont précis, affûtés, un vrai travail d’orfèvrerie littéraire si je puis dire. Un seul bémol cependant, Avant le gel, est, à mes yeux, le plus médiocre de la série, Mankell s’embourbant dans le personnage de Lisa comme une twingo dans un chemin de montagne. Mise à part cet opus, le reste de la série est fabuleuse, notamment « la muraille invisible » qui reste, de loin, mon préféré. A noter aussi l’épisode sans véritable intérêt de L’homme qui souriait .

Les chiens de Riga est une plongée claustrophobe dans une Lettonie verrouillée, cadenassée par l’union soviétique, La lionne blanche et ce mystérieux doigt noir retrouvé dans les décombres d’une maison, les scènes macabres des morts de la Saint Jean, les vieillards mutilés de « meurtriers sans visage », tous les romans de Mankell ont cette indéniable force narrative, sans jamais tomber dans le gore ou la sur-exploitation de la violence.

La violence est présente, c’est une nécessité, mais elle ne se trouve pas là où on l’attend. La véritable violence se trouve dans ce rapport conflictuel qu’entretient Wallander avec un monde qui perd ses fondamentaux sociologiques, moraux, intellectuels. La cruauté des crimes trouve son échos dans le malaise du commissaire Wallander, seul, divorcé, flic, amateur d’opéra.

Le fil conducteur des romans de Mankell est la solitude et la mort, son frère de sang. Wallander crèvera comme Rydberg, seul, flic en retraite, rongé par la nostalgie, l’incompréhension et les remords, il crèvera une fin d’après-midi venteuse, glaciale, en regardant la lumière vacillante du réverbère, assis derrière la fenêtre de sa cuisine, en écoutant un opéra de Verdi.

Je ne résiste pas à l’envie toute égocentrique, je le reconnais, de classer les neuf épisodes par ordre décroissant d’intérêt.

La muraille invisible

Les morts de la Saint-Jean

La lionne blanche

Les chiens de Riga

La cinquième femme

Meurtriers sans visage

Le guerrier solitaire

L’homme qui souriait

Avant le gel

A noter enfin la sortie en poche du retour du professeur de danse, nouvel opus de Mankell, mais sans Kurt Wallander.

Proportionnelle et convoitise

> philosophique, politique — Copeau à 6:56

Depuis l’entrée en service du quinquennat, voulu quoique incompris par Chirac, le rapport au temps politique a changé. En quelque sorte, à présent, l’élection présidentielle se déroule en quatre tours, les deux premiers constituent l’élection présidentielle au sens strict du terme, les deux derniers les élections législatives. Evidemment, l’électeur ne peut qu’être victime d’une certaine lassitude devant une telle mitraillette électorale, et si la participation culmine au soir du second tour des présidentielle, c’est pour mieux retomber ensuite.

La conséquence fondamentale de cet état de fait, c’est la quasi disparition du premier ministre. Vous me direz certes que Villepin et Raffarin avaient tout de même un authentique pouvoir, et vous aurez raison. Mais la logique présidentialiste du régime quinquennal ne pouvait que prendre le dessus ; c’est le cas aujourd’hui avec Sarko, ça l’aurait sans doute tout autant été avec Ségo. Dorénavant, et pour longtemps, tous les premiers ministres se lèveront le matin avec la tête dans le Fillon, c’est inévitable.

Il faudrait donc aller jusqu’au bout de la logique, et supprimer pour de bon le premier ministre. Ce serait une excellente réforme.

Mais il faudrait aussi que la France se dote de contre-pouvoirs, qui n’existent pas aujourd’hui ailleurs que dans la rue. Le parlement ne contrôle rien du tout, il n’a même pas l’initiative des lois. C’est une double chambre d’enregistrement, aux ordres du gouvernement et au garde-à-vous devant un président de la République tout puissant. Ce n’est pas une porte ouverte que j’enfonce, car si j’étais président, je mettrais en œuvre un scrutin proportionnel à coloration majoritaire, comme pour les municipales et les européennes : ces scrutins « mixtes »  permettent à la fois de constituer une majorité solide et de représenter les petits courants, au plus grand détriment de la liste arrivée en seconde position. Ce faisant, j’aurais la certitude de disposer d’une majorité stable et fidèle, tout en réduisant le parlement à néant, car, un peu à l’image des régions, on sait bien qu’il ne sort jamais rien d’une assemblée élue à la proportionnelle.

En ce sens, les partisans de la proportionnelle sont ou bien de sympathiques comiques, car la proportionnelle intégrale rend toute institution ingouvernable, ou bien de machiavéliques partisans du renforcement du pouvoir présidentialiste, et font dans tous les cas parfaitement figure d’idiots utiles. Un beau programme.

Je ne dis pas du reste que je suis partisan du scrutin majoritaire ; je dis simplement que le problème n’est pas la représentation, mais l’absence de pouvoirs effectifs du parlement. Ceux qui crient sur tous les toits qu’il faut plus de proportionnelle ne sont mus que par un seul intérêt : celui de la convoitise devant un poste de député qu’ils rêveraient d’inscrire sur leur carte de visite.  Je ne vois pas pourquoi il faudrait distinguer la convoitise des partageux devant les riches et celle des avides de pouvoir devant celui-ci.

22 juin 2007

Patrimoine, rente et libéralisme

> politique, économique — Copeau à 7:29

Puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes (elles seront mises en ligne un peu plus tardivement), la fête de la musique bat son plein, et puisque par ailleurs, au plus fort des dernières campagnes électorales, je me suis penché sur des sujets fort éloignés de ce genre de préoccupations, en évoquant souvent des sujets musicaux d’ailleurs, Queensrÿche et Helloween en particulier, je poursuis ma stratégie anti-blogging en évoquant ce soir un sujet politique. J’aime cet esprit de contradiction, qui me fait penser à Shriyû dans les Chevaliers du Zodiaque, où, aux ordres de son mentor chinois, le héros doit, de la seule force de ses poings, retourner le sens d’un torrent glacial. Permettez-moi de m’inspirer de cet illustre modèle.

J’ai écouté ce soir Europe 1, émission dans laquelle étaient invités, entre autres, Jacques Généreux et Pascal Salin. Bien sûr, les lecteurs réguliers de ce blog connaissent sans doute Pascal, l’un des plus illustres penseurs libertariens contemporains, et Français qui plus est, ce qui en soi est source du plus grand désappointement chez le vulgus gallius. Jacques Généreux, lui, ne joue clairement pas dans la même catégorie, car s’il est sympathique et déterminé, il n’en reste pas moins un prof d’économie de première année, au cours intéressant, présentant avec pédagogie la micro et la macroéconomie (notamment le fameux diagramme IS-LM qu’il adore et dont il s’est fait une spécialité), mais qui n’a strictement rien de comparable avec la qualité de l’œuvre du talentueux Pascal, œuvre reconnue internationalement. Les deux, au-delà de leur corpus professionnel initial, ont en revanche choisi de s’engager dans la voie du combat politique, non en tant qu’acteurs, mais en tant qu’essayistes. Là encore, toutefois, l’honnêteté la plus élémentaire m’oblige à dire que rien n’est comparable entre le lumineux Salin et le dogmatique quoique enfonceur de portes ouvertes, Généreux.

Ceci étant dit, venons-en au fond du débat, très bref au demeurant, qui a bien évidemment opposé Pascal et Jacques. Ce dernier a dit en substance la chose suivante : loin de mettre en branle une « rupture » comme annoncée, le « gouvernement Sarkozy » (si je puis me permettre ce raccourci) a choisi de louvoyer, ne se lançant ni dans une politique de relance de la demande (on se demande bien pourquoi il l’aurait fait, je crains que Jacquouille n’ait pas saisit que les électeurs n’ont pas eu envie de prendre ses désirs pour des réalités), ni dans une politique de l’offre (baisse des charges des entreprises, allègement du coût du travail, soutien aux investissements, etc). Pascal, lui répondant, n’a certes pas pris le même angle d’attaque, mais, s’il a souligné l’impérieuse nécessité de mettre en œuvre une véritable politique de l’offre, c’est pour mieux appuyer le fait que, comme Généreux le disait, le gouvernement ne se lance pas du tout dans une politique suffisamment ambitieuse en l’espèce.

Rien que de très classique.

Ce qui l’est moins, c’est ce que lui a rétorqué Généreux. En substance, il a dit qu’un libéral comme Pascal devrait s’opposer à la politique gouvernementale (chose qu’il fait, au passage) parce que le gouvernement Fillon défend une économie des rentiers, et pas du tout une économie du travail. C’est notamment le cas en exonérant presque entièrement les donations et les droits de succession. Généreux a raison : l’abattement principal, aujourd’hui fixé à 76 000 €, est cumulable avec celui dédié aux enfants (à concurrence de 50 000 € par enfant). Comme la succession moyenne est de 100 000 €, le dispositif actuel exclut déjà près de 90% des transmissions entre époux et 80% des transmissions en ligne directe de toute imposition. En portant ce taux à 95%, Fillon et Sarko cherchent donc à favoriser plus encore l’héritage et la rente.

A cette objection, on peut répondre deux choses, que je vais volontairement écarter. D’une part, que l’héritage découle naturellement du droit de propriété, lui-même un droit naturel, et peut-être le plus sacré. N’étant pas jusnaturaliste, cet argument me laisse de marbre. D’autre part, que critiquer l’économie de rentiers est faire preuve de convoitise envers les plus riches, comme Sade l’écrivait avec son immense talent il y a deux siècles.

Je considère que, malgré le plus ou moins bien-fondé de ces deux objections, la question reste entière : une économie de rentiers, ou le fait de favoriser la transmission du patrimoine au sein de la famille, est-ce économiquement productif ou néfaste ?

Il me semble que ce dont nous manquons et avons besoin, c’est de gens qui prennent des risques, il n’y a qu’à comparer le palmarès des entreprises US et françaises pour s’en convaincre. Ce dont nous manquons aussi, c’est de flexibilité, non seulement au niveau de l’emploi, mais aussi au niveau des salaires. Le gouvernement travailliste néo-zélandais a supprimé avec un succès manifeste le salaire minimum, parce qu’il a offert du travail à ceux qui en étaient structurellement privés. Les pays qui ont le taux de chômage le plus bas ont aussi le moins de restrictions aux licenciements, c’est mécanique.

Dans ce contexte, je ne suis pas sûr que le fait de favoriser les rentiers soit un signe de dynamisme économique.

Je ne dis pas, bien évidemment, qu’il faut spolier les conjoints et enfants de ceux qui ont bossé toute leur vie pour se constituer un capital, en instituant des prélèvements faramineux. Je dis simplement que je préférerais, et de loin, que l’on incite les Français aisés à investir, par des crédits d’impôts, des exonérations, des avantages divers, plutôt que de favoriser aveuglément des descendants qui, si les parents étaient des gens riches, n’ont jamais eu et n’auront jamais le moindre goût de l’effort. Ce qui n’est pas la meilleure des incitations à prendre des risques.

20 juin 2007

Bockel, vie et mort du social-libéralisme

> politique — Copeau à 3:11

Je parlais de Kouchner et Besson dans le premier gouvernement Fillon, et à présent, comme on s’y attendait, Jean-Marie Bockel, le député-maire de Mulhouse, vient d’entrer dans le gouvernement Fillon II. Au nez et à la barbe d’Adrien Zeller et de Fabienne Keller, les deux hérauts UMP de la région. La nomination de Bockel me semble certes tout autant dictée par des considérations et ambitions d’ordre personnel que par sa volonté de promouvoir le social-libéralisme. Grand bien lui en fasse.

Il y a certes d’autres nouvelles têtes, dont Wauquiez, Novelli, Amara ou Yade (Najat peut se rhabiller), mais Bockel est le seul élu PS de poids à faire son entrée.

Quand on voit que DSK, social-démocrate, a tant de difficultés à plaider le réformisme et la rénovation sociale-démocrate au sein du
PS, on comprend mieux la liberté que peuvent s’offrir les sociaux-libéraux. Ce parti, totalement fossilisé, plonge la tête en avant dans le piège sarkoziste qui consiste à le repousser toujours plus à gauche ; Kouchner, Hirsch, Besson et d’autres sonnent comme autant de coups de fouet dans le dos meurtri de ce parti qui n’est pas près de s’en relever. Du reste, DSK vient je crois de quitter le bureau national du PS.

Il existe plus de sociaux-libéraux qui se reconnaissent comme tels en dehors du PS qu’à l’intérieur, voyez le PRG, le Parti Radical, le Nouveau Centre (Parti Social Libéral Européen), voire le MoDem. C’est certes une évidence, mais une source de paradoxe à mes yeux, tant ce parti devrait sans aucun doute incarner le mieux le progressisme, ce qu’il ne fait pas du tout.

Fondamentalement, comme l’écrit un militant bockélien (il y en a quelques-uns dans ce parti), être social-libéral au PS,

c’est être perçu comme le vendu à l’économie de marché et être condamné à voir ce parti inefficace à résoudre les problèmes économiques et sociaux car enfermé dans ses schémas idéologiques et de pensées d’un autre âge.

Le résultat pervers de la stratégie sarkozienne, je l’ai dit, est de faire imploser les quelques partisans d’un social-libéralisme assumé à gauche. La logique de parti sera sans doute trop forte pour beaucoup d’entre-eux, qui se rangeront la queue entre les jambes dans un autre courant, social-démocrate par exemple. Peu importe si la Dame aux caméras a balancé, disons, la moitié de son programme entre les deux tours pour draguer les voix centristes, et je n’ai pas entendu beaucoup de socialistes protester, ni pendant, ni après la campagne.

La vraie question est celle-ci, amis socialistes : pourquoi selon vous, par une sorte de réflexe pavlovien, la présence de ministres de gauche ex-PS au sein du gouvernement Fillon I et II nécessiterait-elle que le PS se démarque plus encore à gauche ? Pourquoi l’ouverture politique devrait-elle entraîner la fermeture partisane ? Pourquoi pensez-vous que c’est en racontant les pires fariboles sur l’économie de marché, le capitalisme (le premier de tous les progrès sociaux, très chers) et en défendant les privilèges de la nouvelle aristocratie d’Etat que vous entrerez dans la modernité ?

En un mot : quel est le but ? conquérir le pouvoir à n’importe quel prix, y compris celui du mensonge ? ou reconnaître qu’il fait jour à midi ?

Vous pouvez aussi lire ceci

EDIT : ou encore ça et ça.

18 juin 2007

Millenium 1 - Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

> romantique — Copeau à 15:31

Voici un long moment que je n’ai donné signe de vie ici. Je vous prie, fidèles quoique clairsemés lecteurs, de m’en excuser. Olivier nous a conseillé, il y a peu, un polar intitulé Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, du Suédois Stig Larsson. Comme j’écrivais par ailleurs tout le bien que je pensais, en général, du désormais célèbre Henning Mankell (voir , et ), il me fallait donc de toute évidence et avec célérité me pencher sur cet auteur que je connaissais pas, tant je ne doutais pas un seul instant des goûts et des conseils de l’excellent Olivier.

Evidemment, j’ai été parfaitement satisfait par la qualité, tout bonnement excellente, de ce premier volet d’une trilogie baptisée Millénium, du nom de la revue que publient, à Stockholm, deux des principaux protagonistes et néanmoins amants, Mikael Blomkvist et Erika, la directrice du journal.

Sans vouloir vous dévoiler l’intrigue, je vous conseille de vous jeter sur ce bouquin sitôt que vous le trouverez. Larsson a un sens inné de la narration, de l’agilité imaginative, du tempo, du style. J’adore cet air de ne pas y toucher, qui débute comme une histoire de magouilles diligentées par d’obscurs capitaines d’industrie, qui, par le détour d’un vieil industriel sénile, obsédé par la mort de sa nièce dans les années soixante, vient à prendre une toute autre dimension. Du grand art.

Ce bouquin, certes, respire le politiquement correct, c’est un peu bobo-féministe, mais ça n’enlève rien à sa qualité, au contraire je dirais, ça lui donne une coloration particulière et non filandreuse. D’autant qu’il y a en réalité dans ce polar non pas une mais au moins deux intrigues, celle que je viens de citer, et la vie obscure et déjantée d’une freak piercée et tatouée, au look goth-grunge assumé du haut de son anorexie, sous curatelle et pourtant géniale, répondant au doux nom de Lisbeth Salander. La conjonction de l’érotomane pisse-bleu et de la junkie numérique formera un cocktail détonant.

A lire, ou plutôt à dévorer très vite. Je chroniquerai sans doute très bientôt le tome 2, La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une alumette. Et peut-être aussi le tome 3, le dernier, puisque Larsson a eu la très mauvaise idée de disparaître soudainement à peine son manuscrit arrivé chez son éditeur.

14 juin 2007

TVA sociale

> économique — Copeau à 17:27

Je deviens fanéant ; outre que je ne me casse pas trop la nénette pour le titre de ce billet, je vous renvoie, sur ce sujet ô combien d’actualité, à l’analyse de Ceteris Paribus. Même si nos fondements sont peut-être différents, je ne suis pas du tout en désaccord avec son analyse. En effet, les T-shirts chinois ou moldaves ne payent pas d’impôt, à la différence des contribuables, ou des consommateurs dans le cas de la TVA.

Quand on a dit ça on n’a pas fait beaucoup avancé la problématique, mais ça reste une évidente réalité.

8 juin 2007

Queensrÿche, Operation:Mindcrime et la Revolution is Calling

> musique — Copeau à 6:53

Je vous parle enfin, et comme promis, de Queensrÿche, groupe que – je l’espère ! – nombre d’entre-vous ne connaissent pas, même si je ne doute pas un seul instant qu’il y a parmi les fidèles lecteurs et commentateurs de ce blog des fins connaisseurs du métal, et de la musique en général. J’espère que beaucoup d’entre-vous ne connaissent pas Queensrÿche pour avoir le plaisir et l’honneur de vous faire découvrir ce groupe majeur du métal progressif des années 80 à nos jours.

D’emblée, je place au frontispice de ce billet l’incroyable et inoubliable logo du groupe, l’un des plus réussis que je connaisse. Je devrais même penser à le réutiliser dans un projet quelconque, pour le fun. Aussi inquiétant qu’un logo de black métal, aussi beau qu’un logo commercial, aussi underground qu’un logo de batcave, il incarne à lui seul tout l’esprit si particulier du groupe.

Queensrÿche est américain, vient du nord de la côte ouest, Seattle, zone pourtant plus propice au rap qu’au métal. Je parle tout de suite du tréma sur le y, qui n’existe dans aucune langue connue ; ne cherchez pas sa signification, je crois qu’il n’en a aucune. Chris DeGarmo et Michael Wilton, deux copains d’enfance guitaristes, décident de former un petit groupe à l’orée des eighties. Le duo recrute alors des amis d’école, Geoff Tate, Eddie Jackson et Scott Rockenfield.

Je n’ai jamais vraiment intégré qui est qui dans ce groupe, mais je dois dire que le front line du groupe, c’est-à-dire Chris et Geoff, ont un style et un look de dandys qui n’est pas sans rappeler celui des goths de la grande époque. Bref, après avoir peaufiné leurs chansons pendant près de 2 ans, le nouveau groupe – qui s’appelait encore The Mob - enregistre, produit et met sur le marché une cassette - démo de 4 chansons. La cassette se met à circuler dans le nord-ouest américain ainsi qu’au Canada. C’est ainsi qu’EMI produit leur premier album intitulé sobrement Queensrÿche, nom que le groupe lui-même prend en référence à la chanson phare de sa démo : Queen of the Reich. Cet album atteindra la 81e position du Billboard. Ensuite, le groupe réalise 2 autres albums qui connaîtront plus ou moins de succès: the Warning (en 1984) et Rage for order. The Warning a été produit par James Guthrie, qui a travaillé pour Pink Floyd et Judas Priest. Il contient, je crois, les premiers éléments progressifs du groupe, qui marqueront son style depuis lors.

Je dois dire que, malgré les recommandations de mes amis lecteurs, BlackJack en particulier, je ne connais aucun de ces albums, et notamment pas RoO, qu’il a pourtant fortement conseillé. Il faudra donc que je me documente.

Je saute quelques années, je reviendrai un peu plus bas sur la période tournant autour de l’année 1988, sans doute le zénith de la carrière de ce groupe.

Empire sort en 1990. C’est un album très populaire qui se distingue sur les palmarès britanniques. La chanson Silent lucidity sera d’ailleurs un énorme tube aux Etats-Unis, ce qui ne laisse pas de me surprendre, tant je trouve cette chanson totalement insignifiante, sur un album certes pas terrible mais qui recèle tout de même en son sein une chanson éponyme que je trouve remarquable, tant pour la musique bien sûr, que pour le texte, qui dénote dans le monde magique des bisounours et du hard rock d’hier comme d’aujourd’hui. Un petit extrait s’impose :

Johnny used to work after school
At the cinema show
Gotta hustle if he wants an education,
He’s got a long way to go.
Now he’s out on the street all day
Selling crack to the people who pay.
Got an AK-47 for his best friend,
Business the American Way.

Ms je dois bien reconnaître que mis à part quelques passages fameux, la power-ballade Anybody Listening ? Par exemple, cet album est un petit bide. Et du reste, la scoumoune poursuivra Queensrÿche puisque les albums suivants, malgré un succès commercial non négligeable (au moins au début, les choses iront rapidement décroissant), feront progressivement fuir les fans de la première heure, ceux qu’un album mythique, un concept-album, a renversé : Operation:Mindcrime.

Ce sera le cas du pourtant pas nul Promised Land, qui devient à sa sortie en 1994 un succès commercial grâce à son immense masse d’admirateurs. Il devient aussi l’album qui atteint les plus hauts niveaux au palmarès pour le groupe, il grimpe jusqu’en 3ème position du Billboard 200. La classe. Il comprend quelques très très bonnes chansons, Promised Land justement, mais encore le morceau triste, intimiste, joué au seul piano Someone Else ?

Ce sera surtout le cas des albums suivants : Hear in the now frontier (1996), Q2K (1999), et enfin Tribe (2003). Chris DeGarmo, pourtant membre fondateur du groupe si vous avez bien suivi, s’est d’ailleurs séparé de ses anciens camarades pour poursuivre une carrière de pilote professionnel, à la François Fillon quoi.

J’en reviens donc à cette fameuse année 1988, celle de Seventh Son of a Seventh Son de Maiden, de …And Justice For All de Metallica, du premier album de Skid Row et de tant d’autres. C’est cette année que sortit un album majeur, encensé par la critique, le public, les fans, Operation:Mindcrime. J’ai dit il y a peu que c’était peut être l’album que j’avais le plus écouté de toute ma vie, et je suis certain de ne pas être le seul. Loin de là.

C’est un concept-album, qui donc raconte une histoire formant un tout cohérent depuis la première note jusqu’à la dernière. On peut sans problème le comparer à The Wall de Pink Floyd ou à Tommy des Who, ce qui n’est pas un mince compliment. Operation:Mindcrime raconte l’histoire d’un junkie (perhaps he needs another shot ! you’re a bastard) qui est manipulé pour commettre des assassinats pour un mouvement underground ; l’accro est déchiré entre sa loyauté pour la cause et son amour pour une ex-prostituée devenue sœur.

Cet album a la particularité incroyable de ne comprendre aucun hit, aucun morceau d’anthologie qui pourrait à lui seul crever le plafond des charts. Pourtant il déchire grave. C’est, comme le dit Jerome Morrow, une énorme claque et ce dès la première écoute ! Queensrÿche a su créer une atmosphère totalement à part, et c’est vrai aussi de leurs clips que je vous invite à regarder, indéfinissable, et tellement attirante. Toutes les chansons de cet album sont des merveilles, sans aucune exception. Au-delà de l’histoire, les textes (que je vous invite à lire) sont bien plus intelligents que ceux de la plupart de leurs concurrents. On y aborde crûment des sujets de société, d’un œil très critique vis-à-vis du modèle américain et du règne de l’argent, qui dénote vraiment par rapport à tout ce à quoi on pourrait légitimement comparer Queensrÿche. C’est vrai aussi des albums suivants, par exemple Empire, qui n’hésite pas à parler d’environnement et de gun control. Je soupçonne d’ailleurs nos amis de Seattle d’être des gauchistes larvés, à la sauce yankee évidemment.

Cet album comprend d’ailleurs, comme tout bon concept-album, des passages parlés, on entend à plusieurs reprises la présence de Suite Sister Mary. Bref, je ne sais que vous dire de plus que de courir vitesse grand V vous procurer ce fabuleux album et venir exposer ici ce que vous en avez pensé. Ecoutez juste Eyes of a Stranger, Revolution Calling, Spreading the Disease ou the Needle Lies, et vous comprendrez.

Pour l’anecdote, le dernier album du groupe à ce jour, qui date de l’an dernier, s’intitule Operation:Mindcrime II, et est une suite de l’illustre album, censée expliquer des points obscurs du premier volet, et répondre à nombre de questions. Autant vous le dire de suite : c’est un album franchement dispensable, en tout point identique au précédent en un sens, mais avec le génie en moins. C’est triste à dire, mais, à la différence de la compétence ou de l’expérience, la créativité artistique qui, à l’instant t peut habiter un individu, peut le quitter l’instant d’après. Elles sont nombreuses les victimes de dame Destinée.

7 juin 2007

Poncelet, Virenque et Tapie

> politique — Copeau à 6:50

Je ne sais pas du tout - et me fous un peu à vrai dire - si l’actuel président du Sénat, Christian Poncelet, a trempé dans des magouilles dignes d’un conseiller général de la Creuse sur le retour. On l’accuse d’avoir facilité l’attribution de plusieurs marchés publics à la Sogea, qui est une filiale du célèbre groupe Vinci.

La justice, du moins on peut l’espérer (il y a déjà eu un classement sans suite dans une affaire louche en 2006), tirera tout cela au clair.

Ce qui m’interpelle, sinon me scandalise, c’est bien plus la ligne de défense de Poncelet. Bien évidemment, c’est un grand classique, il prétend - alors qu’il a presque la patte entière dans le pot de miel - qu’il n’y est pour rien, qu’il n’a rien fait, qu’il est méchamment accusé par un méchant individu que d’ailleurs il ne connaît pas, ou si peu. Mais, sans doute emporté par sa lancée, le bonhomme Christian trouve judicieux d’ajouter ceci (je cite) :

« Je suis intervenu dans trois ou quatre opérations, mais c’était une démarche normale. Je n’ai perçu aucune somme d’argent, il n’y a pas d’enrichissement personnel. Je suisun homme libre, je me contente de mettre les gens en relation. » Tout juste M. Poncelet reconnaît-il avoir été « imprudent ».

C’est beau comme du Richard Virenque. Je vous laisse donc méditer ces propos. Au passage, on notera le retour en fanfare de l’antienne socialiste désormais connue qui expose que si on pique l’argent du contribuable et celui des actionnaires pour le glisser dans les caisses du parti et non les siennes propres, on commet une bonne action, absolument pas répréhensible. Cette fois-ci, c’est beau comme du Bernard Tapie.