Proportionnelle et convoitise
Depuis l’entrée en service du quinquennat, voulu quoique incompris par Chirac, le rapport au temps politique a changé. En quelque sorte, à présent, l’élection présidentielle se déroule en quatre tours, les deux premiers constituent l’élection présidentielle au sens strict du terme, les deux derniers les élections législatives. Evidemment, l’électeur ne peut qu’être victime d’une certaine lassitude devant une telle mitraillette électorale, et si la participation culmine au soir du second tour des présidentielle, c’est pour mieux retomber ensuite.
La conséquence fondamentale de cet état de fait, c’est la quasi disparition du premier ministre. Vous me direz certes que Villepin et Raffarin avaient tout de même un authentique pouvoir, et vous aurez raison. Mais la logique présidentialiste du régime quinquennal ne pouvait que prendre le dessus ; c’est le cas aujourd’hui avec Sarko, ça l’aurait sans doute tout autant été avec Ségo. Dorénavant, et pour longtemps, tous les premiers ministres se lèveront le matin avec la tête dans le Fillon, c’est inévitable.
Il faudrait donc aller jusqu’au bout de la logique, et supprimer pour de bon le premier ministre. Ce serait une excellente réforme.
Mais il faudrait aussi que la France se dote de contre-pouvoirs, qui n’existent pas aujourd’hui ailleurs que dans la rue. Le parlement ne contrôle rien du tout, il n’a même pas l’initiative des lois. C’est une double chambre d’enregistrement, aux ordres du gouvernement et au garde-à-vous devant un président de la République tout puissant. Ce n’est pas une porte ouverte que j’enfonce, car si j’étais président, je mettrais en œuvre un scrutin proportionnel à coloration majoritaire, comme pour les municipales et les européennes : ces scrutins « mixtes » permettent à la fois de constituer une majorité solide et de représenter les petits courants, au plus grand détriment de la liste arrivée en seconde position. Ce faisant, j’aurais la certitude de disposer d’une majorité stable et fidèle, tout en réduisant le parlement à néant, car, un peu à l’image des régions, on sait bien qu’il ne sort jamais rien d’une assemblée élue à la proportionnelle.
En ce sens, les partisans de la proportionnelle sont ou bien de sympathiques comiques, car la proportionnelle intégrale rend toute institution ingouvernable, ou bien de machiavéliques partisans du renforcement du pouvoir présidentialiste, et font dans tous les cas parfaitement figure d’idiots utiles. Un beau programme.
Je ne dis pas du reste que je suis partisan du scrutin majoritaire ; je dis simplement que le problème n’est pas la représentation, mais l’absence de pouvoirs effectifs du parlement. Ceux qui crient sur tous les toits qu’il faut plus de proportionnelle ne sont mus que par un seul intérêt : celui de la convoitise devant un poste de député qu’ils rêveraient d’inscrire sur leur carte de visite. Je ne vois pas pourquoi il faudrait distinguer la convoitise des partageux devant les riches et celle des avides de pouvoir devant celui-ci.


Cop’, je suis assez d’accord sur le fait de virer le premier ministre, qui n’est plus que le premier des ministres, et de donner enfin plus de pouvoir à l’assemblée, le plus simple ne serait-il pas finalement de “pomper” purement et simplement la constitution US, on y approche à grand pas je trouve…alors….pourquoi attendre?
pS: mon blog, unique est bien celui ci : jugurta.canalbog.com
Copeau, je te trouve pour une fois trés protestataire sans propositions…et ce n’est pourtant pas une coutume chez toi.
C’est vrai, Romain, tu as raison, et c’est aussi le reflet de mon désappointement ; je ne parviens pas à trouver le scrutin majoritaire satisfaisant, pourtant les autres modes de scrutins me semblent tout autant sinon plus imparfaits, même le scrutin mixte que je préférais jadis.
Enfin, je te trouve un peu dur quant à mon absence de proposition : je pense que, plutôt que de se poser la question du mode de scrutin, la vraie question est celle des contre-pouvoirs, celui du parlement en particulier. Mes propositions : donner la priorité sinon l’exclusivité de l’initiative des lois au parlement, lui donner d’authentiques moyens de contrôle du gouvernement, en généralisant les missions d’enquête sur le mode US par exemple, supprimer le premier ministre et instaurer une responsabilité directe du président devant le parlement ; enfin, et même si on est sur un autre registre, permettre à chaque citoyen d’invoquer l’exception d’illégalité et d’inconstitutionnalité, ainsi que le référendum d’initiative populaire. Les contre-pouvoirs ne sont pas seulement à instituer vis-à-vis du gouvernement, même si c’est un objectif prioritaire, mais aussi vis-à-vis… du législateur.
Moi le souci sur la proportionnelle c’est qu’il améne des soucis sur l’éparpillement de la représentation et àdes situations à l’Italienne ou à l’Israelienne avec des combinaisons et des combines, avec 100 000 partis différents et au final à un résultat et à une politique qui a force d’être un mix de mix de mix de mix ne satisfait personne.
Mais en effet le scrutin majoritaire est moins “démocratique”.
Pour ce qui est du reste assez d’accord.C’est d’ailleurs en gros les propositions de la C6r
J’ai quand même l’impression qu’il y a plus un problème de pratique politique qu’un problème institutionnel. Je pense que quelque soit nos institutions à l’heure actuelle, il y aurait toujours le même bordel.