Bockel, vie et mort du social-libéralisme
Je parlais de Kouchner et Besson dans le premier gouvernement Fillon, et à présent, comme on s’y attendait, Jean-Marie Bockel, le député-maire de Mulhouse, vient d’entrer dans le gouvernement Fillon II. Au nez et à la barbe d’Adrien Zeller et de Fabienne Keller, les deux hérauts UMP de la région. La nomination de Bockel me semble certes tout autant dictée par des considérations et ambitions d’ordre personnel que par sa volonté de promouvoir le social-libéralisme. Grand bien lui en fasse.
Il y a certes d’autres nouvelles têtes, dont Wauquiez, Novelli, Amara ou Yade (Najat peut se rhabiller), mais Bockel est le seul élu PS de poids à faire son entrée.
Quand on voit que DSK, social-démocrate, a tant de difficultés à plaider le réformisme et la rénovation sociale-démocrate au sein du
PS, on comprend mieux la liberté que peuvent s’offrir les sociaux-libéraux. Ce parti, totalement fossilisé, plonge la tête en avant dans le piège sarkoziste qui consiste à le repousser toujours plus à gauche ; Kouchner, Hirsch, Besson et d’autres sonnent comme autant de coups de fouet dans le dos meurtri de ce parti qui n’est pas près de s’en relever. Du reste, DSK vient je crois de quitter le bureau national du PS.
Il existe plus de sociaux-libéraux qui se reconnaissent comme tels en dehors du PS qu’à l’intérieur, voyez le PRG, le Parti Radical, le Nouveau Centre (Parti Social Libéral Européen), voire le MoDem. C’est certes une évidence, mais une source de paradoxe à mes yeux, tant ce parti devrait sans aucun doute incarner le mieux le progressisme, ce qu’il ne fait pas du tout.
Fondamentalement, comme l’écrit un militant bockélien (il y en a quelques-uns dans ce parti), être social-libéral au PS,
c’est être perçu comme le vendu à l’économie de marché et être condamné à voir ce parti inefficace à résoudre les problèmes économiques et sociaux car enfermé dans ses schémas idéologiques et de pensées d’un autre âge.
Le résultat pervers de la stratégie sarkozienne, je l’ai dit, est de faire imploser les quelques partisans d’un social-libéralisme assumé à gauche. La logique de parti sera sans doute trop forte pour beaucoup d’entre-eux, qui se rangeront la queue entre les jambes dans un autre courant, social-démocrate par exemple. Peu importe si la Dame aux caméras a balancé, disons, la moitié de son programme entre les deux tours pour draguer les voix centristes, et je n’ai pas entendu beaucoup de socialistes protester, ni pendant, ni après la campagne.
La vraie question est celle-ci, amis socialistes : pourquoi selon vous, par une sorte de réflexe pavlovien, la présence de ministres de gauche ex-PS au sein du gouvernement Fillon I et II nécessiterait-elle que le PS se démarque plus encore à gauche ? Pourquoi l’ouverture politique devrait-elle entraîner la fermeture partisane ? Pourquoi pensez-vous que c’est en racontant les pires fariboles sur l’économie de marché, le capitalisme (le premier de tous les progrès sociaux, très chers) et en défendant les privilèges de la nouvelle aristocratie d’Etat que vous entrerez dans la modernité ?
En un mot : quel est le but ? conquérir le pouvoir à n’importe quel prix, y compris celui du mensonge ? ou reconnaître qu’il fait jour à midi ?
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Dans un commentaire peut-être excessif, j’avais déclaré, il y a quelques temps, que je considérais le parti socialiste, par le maintien de ses choix idéologiques et par l’absence de remise en cause de ces choix, comme un parti conservateur. Je vois avec plaisir que tu le considères comme un parti fossilisé.
J’ai peur que les résultats de dimanche dernier ne l’empêche de réaliser une mue pourtant indispensable.
Ce que je crains aussi, c’est la mort du social-libéralisme, d’où le titre de ce billet, si la “logique de parti” prend le pas sur le principe de réalité, ce qui est, il faut bien le dire, un risque bien réel.
Et pourtant, il ne manque pas d’esprits brillants, je pense en particulier à Pascal Lamy, pour conduire une rénovation qui s’impose de plus en plus.
C’est vrai - c’est tout le paradoxe. Plus largement, je pense que le hiatus entre une base de profs soixante-huitards et de bobos parisiens, très arc-boutés sur leurs privilèges et ayant une vision assez lointaine des réalités économiques et sociales, comme les deux exemples de la mondialisation et de la carte scolaire le montrent allègrement, et “l’élite” du parti, beaucoup plus proche sinon du blairisme au moins de la social-démocratie qu’on ne le dit, est de plus en plus large, et continuera malheureusement à s’élargir.
Eh bien venez rejoindre Alternative Libérale.
Nous souhaitons l’union de tous les libéraux (sociaux, classiques, libertaires, …) sur une plateforme commune.
En tous cas, n’hésitez pas à examiner nos propositions.
http://www.alternative-liberale.fr/chantiers/programme.htm
Bon article, en effet.je me demande si le PS va reussir a se relever de ce coup-la.
Le problème du PS, c’est qu’il est aux mains d’une clique composée d’éléphants qui renâclent à lâcher ne serait-ce qu’une bribe de leur pouvoir tant ils craignent pour leur avenir et que les jeunes lions qui aimeraient bien prendre leurs places ne sont pas différents de ces derniers, à part l’âge bien sûr.
J’ai le douteux privilège d’avoir à côtoyer régulièrement François Lamy, un de ces fringuants députés, jeune lion furieusement bobo, qui il y a peu proclamait publiquement que le moteur de son engagement politique était Salvador Allende. Si ils sont tous au diapason de ce triste sire qui n’a pas fait une croix sur les billevesées marxistes, le PS n’a pas fini de sombrer dans les luttes internes. Plus les années passent plus les socialistes français offrent aux yeux de l’Europe un spectacle digne de ceux qu’offraient dans les années 70 les officines trotskistes ou maoïstes.
Cher Fredm, je ne vois pas très bien pourquoi je devrais rejoindre AL (pas plus que le PS, l’UMP, le Modem ou que sais-je d’ailleurs). Ai-je dis ou écrit que je voulais m’engager en politique ? Me présenter à des élections ?
Par ailleurs Guy Sorman écrit ceci, de manière éclairante je trouve :
De même que Sarkozy, d’emblée, a voulu négocier avec les syndicats, qui ne sont pas en France terriblement représentatifs, il aurait avantage à débattre avec une gauche réelle.
Cette gauche-là existe partout en Europe mais pas encore chez nous. La raison en est sociologique : le Parti socialiste a longtemps été pris en otage par la fonction publique dont il défend logiquement les intérêts et partage la vision du monde. Ceci change grâce à l’afflux des nouveaux militants qui ont soutenu Ségolène Royal. Elle-même est à la jonction, forcément inconfortable, entre deux traditions de gauche historiques, celle des Girondins et celles des Jacobins. Il n’est pas inutile pour comprendre notre gauche harassée d’Histoire, de rappeler que ses origines sont révolutionnaires. Pour les Jacobins qui, jusqu’à présent, ont dominé le socialisme français, il appartient à l’Etat de façonner la bonne société : Blum, Mitterrand, Jospin participent de cette tradition. Mais, pour les Girondins, ces mencheviks du socialisme français, la bonne société résulte de l’équilibre entre les pouvoirs : le grand penseur de cette gauche-là fut le philosophe Alain. C’est bien l’esprit girondin qui manque à la France et que le Parti socialiste pourrait restaurer ; Ségolène Royal y fit allusion mais sans détailler. Ainsi à l’hyperpouvoir, la gauche pourrait opposer la décentralisation des responsabilités publiques, jusqu’ici anodine. Elle pourrait exiger l’interdiction du cumul des mandats électifs qui est indispensable à cette décentralisation vraie. Elle pourrait avancer des garanties nouvelles pour l’indépendance de la Justice, celle des médias, celle du Parlement. Il ne serait pas absurde que cette gauche, au nom de la décentralisation, propose l’autonomie des Universités, des hôpitaux, des caisses d’assurance-maladie. Et plus de responsabilités au Parlement et à la Cour de justice européenne. On imagine donc une gauche antibureautique, assurément girondine. Reste l’économie, jusqu’ici laissée de côté, délibérément. Le Parti socialiste en se focalisant de manière obsessionnelle sur la gestion de l’économie, n’a jamais commis que des erreurs. Car à quoi bon s’opposer à ce qui existe et qui tire la croissance du monde : le marché. Pour la gauche, mieux vaudrait s’intéresser aux hommes, à leur formation face à ce marché, plutôt que régenter l’océan mondialisé.
Cette gauche-là serait désirable et l’heure venue, elle prendrait son tour. Une gauche archaïque, toujours jacobine ? Elle ne pourra que souhaiter l’échec de la majorité actuelle, ce qui serait un désastre pour tous les Français. On pense au Marquis de Sade qui agissait mal et parfois pensait juste ; l’un de ses pamphlets, d’actualité, s’intitulait « Français, encore un effort pour devenir Républicains ! »
http://gsorman.typepad.com/guy_sorman/2007/06/pour_une_gauche.html
Autre élément de réflexion, issu du blog du Gauchiste repenti :
En avouant qu’elle ne croyait pas au SMIC à 1500 euros et à la généralisation des 35 heures, qui figuraient pourtant dans son « pacte présidentiel », l’ex-candidate à l’Elysée avoue l’une des pires tares des socialistes français depuis de nombreuses années : bien souvent, ils ne croient pas un traître mot de ce qu’ils disent. C’est un secret de Polichinelle que les éléphants du PS disent, en privé, pis que pendre, de ce qu’ils proclament, le ton haut et la main sur le cœur, lors des Congrès socialistes. Des journalistes ont témoigné des centaines de fois avoir entendu les ténors de la rue de Solferino démentir en coulisse les propos qu’ils feignaient de défendre en public. Leur mépris des français (et de leurs propres militants !) est tel, qu’ils peuvent sans vergogne dire l’exact contraire de ce qu’ils pensent (voir le dernier exemple en date avec l’idée d’une TVA sociale que DSK et bien d’autres défendaient il y a quelques mois et sur laquelle ils ont craché frénétiquement durant tout l’entre-deux-tours des législatives).
http://leblogdugr.typepad.fr/mon_weblog/2007/06/toute-honte-bue.html
Cher Copeau, mon intention première était de faire remarquer l’existence d’un parti libéral.
Par ailleurs, adhérer à un parti ne veut pas pour autant dire s’engager…
Et puis cela s’adressait tout autant à vous qu’à vos lecteurs.
C’est vrai, c’est vrai, mais je n’ai pas l’intention d’adhérer non plus ; si j’osais, mais je n’ai envie de vexer personne, je dirais comme Barrès que seuls les huitres et les imbéciles adhèrent, mais bien évidemment, je n’oserai pas…
Enfin, Michel Martin, de R2 écrit fort à propos ceci :
Ouaip, j’aime bien le début du commentaire de Sorman, pour moi le PS a toujours été un parti qui n’a pas de conviction profonde, juste un parti avocat des corporations qui ont tout intérêt à ce que rien ne change.