20 juin 2007

Bockel, vie et mort du social-libéralisme

> politique — Copeau à 3:11

Je parlais de Kouchner et Besson dans le premier gouvernement Fillon, et à présent, comme on s’y attendait, Jean-Marie Bockel, le député-maire de Mulhouse, vient d’entrer dans le gouvernement Fillon II. Au nez et à la barbe d’Adrien Zeller et de Fabienne Keller, les deux hérauts UMP de la région. La nomination de Bockel me semble certes tout autant dictée par des considérations et ambitions d’ordre personnel que par sa volonté de promouvoir le social-libéralisme. Grand bien lui en fasse.

Il y a certes d’autres nouvelles têtes, dont Wauquiez, Novelli, Amara ou Yade (Najat peut se rhabiller), mais Bockel est le seul élu PS de poids à faire son entrée.

Quand on voit que DSK, social-démocrate, a tant de difficultés à plaider le réformisme et la rénovation sociale-démocrate au sein du
PS, on comprend mieux la liberté que peuvent s’offrir les sociaux-libéraux. Ce parti, totalement fossilisé, plonge la tête en avant dans le piège sarkoziste qui consiste à le repousser toujours plus à gauche ; Kouchner, Hirsch, Besson et d’autres sonnent comme autant de coups de fouet dans le dos meurtri de ce parti qui n’est pas près de s’en relever. Du reste, DSK vient je crois de quitter le bureau national du PS.

Il existe plus de sociaux-libéraux qui se reconnaissent comme tels en dehors du PS qu’à l’intérieur, voyez le PRG, le Parti Radical, le Nouveau Centre (Parti Social Libéral Européen), voire le MoDem. C’est certes une évidence, mais une source de paradoxe à mes yeux, tant ce parti devrait sans aucun doute incarner le mieux le progressisme, ce qu’il ne fait pas du tout.

Fondamentalement, comme l’écrit un militant bockélien (il y en a quelques-uns dans ce parti), être social-libéral au PS,

c’est être perçu comme le vendu à l’économie de marché et être condamné à voir ce parti inefficace à résoudre les problèmes économiques et sociaux car enfermé dans ses schémas idéologiques et de pensées d’un autre âge.

Le résultat pervers de la stratégie sarkozienne, je l’ai dit, est de faire imploser les quelques partisans d’un social-libéralisme assumé à gauche. La logique de parti sera sans doute trop forte pour beaucoup d’entre-eux, qui se rangeront la queue entre les jambes dans un autre courant, social-démocrate par exemple. Peu importe si la Dame aux caméras a balancé, disons, la moitié de son programme entre les deux tours pour draguer les voix centristes, et je n’ai pas entendu beaucoup de socialistes protester, ni pendant, ni après la campagne.

La vraie question est celle-ci, amis socialistes : pourquoi selon vous, par une sorte de réflexe pavlovien, la présence de ministres de gauche ex-PS au sein du gouvernement Fillon I et II nécessiterait-elle que le PS se démarque plus encore à gauche ? Pourquoi l’ouverture politique devrait-elle entraîner la fermeture partisane ? Pourquoi pensez-vous que c’est en racontant les pires fariboles sur l’économie de marché, le capitalisme (le premier de tous les progrès sociaux, très chers) et en défendant les privilèges de la nouvelle aristocratie d’Etat que vous entrerez dans la modernité ?

En un mot : quel est le but ? conquérir le pouvoir à n’importe quel prix, y compris celui du mensonge ? ou reconnaître qu’il fait jour à midi ?

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EDIT : ou encore ça et ça.