31 mai 2007

Immobilier, immobilisme ; médecine, aspirine

> économique — Copeau à 10:17

Je reconnais bien volontiers que la gauche a parfois raison. Et que les promesses dispendieuses du nouveau gouvernement méritent la volée de bois vert que celle-ci leur inflige. Je ne citerai que deux exemples.

Le premier, c’est la vraie-fausse déduction fiscale (ou crédit d’impôt, ou exonération partielle, merci de m’expliquer si vous avez compris) des intérêts des emprunts contractés pour acquérir un logement. L’idée, a priori, va dans le bon sens, dans la mesure où la première des libertés découle du droit de propriété. Pour autant, outre le flou et le cafouillage gouvernemental, je voudrais m’arrêter un instant sur ces promesses de Tartuffe. Quelle est fondamentalement l’idée ? Non pas seulement de promouvoir une France de propriétaires, car sinon il aurait été tout aussi profitable, sinon plus, d’aider les personnes qui accèdent pour la première fois, par exemple en augmentant considérablement le montant que l’on peut emprunter à taux zéro, ou de mille autres manières. L’idée, c’est de réduire la pression fiscale pour ceux qui accèdent – ou ont accéder il y a peu – à la propriété. Ce qui n’est pas du tout la même chose. On considère que ce sera une incitation suffisante. Pour autant :

*  le coût de cette mesure (à finaliser, certes) est faramineux, de l’ordre de 4,5 milliards d’euros. C’est donc une nouvelle mesure, une de plus, qui vient s’ajouter aux déjà nombreuses dépenses du candidat Sarkozy.

* Cette mesure n’est absolument pas équilibrée par une diminution des dépenses d’un montant équivalent, qui la rendrait budgétairement neutre.

* La conséquence évidente, loin d’être un allègement de la pression fiscale, sera au contraire un alourdissement de celle-ci. Il n’y aura donc qu’un transfert fiscal depuis les accédants à la propriété vers d’autres contribuables.

* Par ailleurs, vous connaissez sans doute des gens de votre entourage qui ont acheté leur logement il y a quatre ou cinq ans. Avec l’envolée des prix de l’immobilier, ils ont réalisé (grand bien leur en fasse) une excellente opération et ont parfois un logement dont la valeur vénale est aujourd’hui le double du prix d’achat. Ils se sont donc considérablement enrichis. Certains sont même assujettis à l’ISF à ce titre (dont Sarko, tiens). Je ne vois pas très bien l’intérêt de faire financer par le contribuable les allègements fiscaux de ces personnes.

* Enfin, chacun sait fort bien que le prix de l’immobilier, du fait de l’engouement généré par cette mesure, va encore monter dans les prochaines années. Qui en bénéficiera ? tout d’abord ceux qui sont déjà propriétaires, et ensuite, quoique dans une moindre mesure, les nouveaux accédants. Et aussi les professionnels de l’immobilier, bien sûr.

Moralité ? Cette sympathique mesure n’est qu’un transfert fiscal au profit des propriétaires les plus anciens, ce qui est exactement l’inverse du but recherché.

Mon second exemple est issu de la nième réforme de l’assurance maladie qu’on nous promet, depuis que le comité d’alerte sur les comptes de l’assurance maladie a tiré le signal d’alarme. On croit rêver : il ne s’agit pas d’une perspective de déficit, ni même d’important déficit, mais simplement du risque de dépasser d’une broutille (2 milliards d’euros, c’est le prix de la construction d’une autoroute) le déficit prévisionnel (qui était déjà considérable).

Il faudrait donc considérablement réduire le montant des dépenses de santé, sous toutes leurs formes.

Quelles sont les mesures que le gouvernement prévoit pour remédier à cet état de fait ? de renforcer la prescription de génériques, de contrôler les affections de longue durée et les indemnités journalières, d’instaurer des pénalités de remboursement pour les patients qui ne respectent pas le parcours de soins, le non remboursement des médicaments ayant un équivalent générique, un forfait, même minime, sur les boîtes de médicaments.

Autrement dit : de pénaliser le patient.

En parallèle, les médecins vont obtenir une revalorisation de 2€ de leurs actes médicaux.

Regardons le système tel qu’il fonctionne : les patients sont fliqués, la sécu rembourse de moins en moins, et les médecins, eux, gagnent de plus en plus. Mieux : au moins ils jouent le jeu de la sécu, au plus ils s’y opposent et jouent le rapport de force, et au plus ils y gagnent.

Je ne sais pas si c’est une bonne idée que de mettre la sécu en concurrence avec des sociétés privées ; en tout cas, je suis certain que ceux qui ont le plus à perdre d’une modification profonde du système, ce sont bien les professionnels de santé. Ils sont abreuvés de remboursements comme les agriculteurs le sont de subventions européennes.

Pardon pour ces quelques mots relatifs à l’actualité, ça m’arrive assez rarement, je ne recommencerai pas, c’est promis.

29 mai 2007

Les Diamond sont éternels

> philosophique, écologique, économique — Copeau à 7:38

Il y a au moins – à mon sens – deux ouvrages qui ont indéniablement modifié notre perception de l’histoire économique et qui sont deux véritables mines de contradiction à moult évidences bien-pensantes. Il s’agit de l’inusable Mythes et paradoxes de l’histoire économique, du Suisse Paul Bairoch, paru aux éditions de La Découverte, et Guns, Germs and Steel (exécrablement traduit en français sous le titre : De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire, paru chez Gallimard) du biologiste américain Jared Diamond.

Du premier, on peut évoquer sa charge contre les antimondialisation ; Bairoch démontre facilement que la conquête de l’Amérique au XVIe siècle, les deux vagues de colonisation (XVIIe puis XIXe siècles), les comptoirs anglais du XIXe, étaient certes d’une nature un peu différente, mais surtout d’une envergure sans commune mesure avec la mondialisation actuelle, qui n’est vraie qu’entre les pays occidentaux, et certainement pas à l’échelle de la planète. Nous reviendrons un autre jour sur ce point.

Du second, toujours au sujet de la mondialisation, je crois qu’il est intéressant de reprendre l’interrogation fondamentale, qui mine les marxistes depuis l’échange inégal d’Arrighi Emmanuel, les socialistes, les maoïstes, aujourd’hui les altermachinchose. Il peut être résumé comme ceci : pourquoi, au fil des siècles, la richesse et la puissance ont-elles été distribuées au bénéfice de l’Asie mineure, de l’Empire chinois, puis de l’Occident européo-américain, et pourquoi, a contrario, des continents entiers ont toujours été à la traîne ? Pourquoi l’Afrique a-t-elle toujours été miséreuse ? Pourquoi les civilisations andines n’ont-elles pas fait le poids face aux conquistadores ? Pourquoi l’Inde a-t-il toujours été un pays pauvre ? Pourquoi, de nos jours encore, la Nouvelle-Guinée est-elle encore bien loin de toute forme de civilisation moderne ?

Prenons le cas de l’Espagne de Pizarro : il est à la tête, en 1532, de 168 hommes. Face à lui, l’empereur inca Atahualpa. Pizarro vaincra facilement, capturera Atahualpa et le mettra à mort. Les Mystérieuses cités d’or (jamais diffusées en Espagne, ni même traduites, allez savoir pourquoi) étaient en-dessous de la réalité). Pourquoi ? Il y a au moins trois raisons, et j’insisterai plus particulièrement sur la dernière.

Tout d’abord, Pizarro est équipé d’armures, d’épées d’acier, de fusils, tandis que les Incas n’ont que des gourdins de pierre, de bronze ou de bois. Ensuite, l’Espagne disposait de l’écriture, pas les Incas. Pizarro sait, lorsqu’il débarque au Pérou, comment les Aztèques sont tombés 17 ans plus tôt ; il connaît l’organisation centralisée des Incas et leurs faiblesses. Enfin, les Incas ne peuvent s’appuyer sur aucun animal dans les combats, tandis que les hommes de Pizarro sont à cheval. Au-delà de l’avantage matériel, et c’est là l’apport majeur du biologiste, cette carence des Incas est révélatrice d’une faiblesse pire encore que l’absence de monture : l’absence de résistance aux maladies infectieuses. En effet, la quasi-totalité des virus qui ont véritablement décimé l’humanité sont issus des animaux (variole, grippe, choléra, paludisme, peste, etc.). Ce qui distingue, par conséquent, les peuples européens du XVIe des peuples sud-américains, était d’ordre biologique, ou, j’ose dire, d’ordre bactériologique.

Poussons la recherche un peu plus loin.

Voici la thèse principale de Diamond : si des peuples se sont enrichis, se sont développés, tandis que d’autres ont périclité, ce n’est pas grâce à de simples considérations climatiques ou génétiques. Si c’était seulement une question de climat, la Suède ou la Finlande devraient être des pays plus riches que l’Italie ou la France, or ce n’est pas le cas. Mieux : la civilisation doit plus à Babylone et à la Grèce qu’aux peuplades nordiques. Si c’était une question génétique, la même objection devrait s’appliquer.

Les écarts entre les continents sont dus à la présence d’animaux capables d’être domestiqués, à l’existence de plantes qui puissent être cultivées. Certaines communautés humaines ont vécu dans des régions où l’agriculture était possible, et d’autres pas.

Prenons le cas de l’agriculture : contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, l’essentiel de la biomasse (à peu près 90%) est impropre à la culture, et a fortiori à la consommation humaine. Une douzaine d’espèces représente plus de 80% du tonnage annuel des cultures (blé, maïs, soja, etc.).

Prenons le cas des animaux : cinq espèces seulement se sont répandues à travers le monde (vache, mouton, chèvre, cochon et cheval). Contrairement, là encore, à une idée reçue, le cheval vient des steppes de l’Oural et de l’Ukraine, et sa propagation à toute l’Europe (modulo le pays Basque) est à l’origine de la substitution des langues indo-européennes aux langues ouest-européennes, et pas du tout du continent américain.

L’agriculture a débuté au cœur du croissant fertile, pas très loin de l’Iran. Les céréales cultivées se sont rapidement propagées sur l’ensemble de l’Eurasie. C’est aussi dans cette région que sont nées les autres inventions majeures du genre humain : la roue, l’écriture, la métallurgie, les arbres fruitiers, la bière et le vin (surtout la bière et le vin). On pourrait citer l’Egypte, la Grèce, l’Irak, la Syrie, et j’en passe.

Ce qui différencie un certain nombre de civilisations (celles du croissant fertile) des autres, c’est l’existence d’un axe Est-Ouest (depuis l’Irlande jusqu’au Japon). Ces régions partagent donc les mêmes variations saisonnières ; les inventions touchant à l’agriculture s’y propagent donc beaucoup plus rapidement.

Prenez a contrario le continent africain : l’axe n’est plus Est-Ouest mais Nord-Sud. Le Sahara coupe le Nord, au climat méditerranéen aride, du Sud, au climat méditerranéen plus tempéré. Alors que les cultures proche-orientales auraient parfaitement pu voir le jour en Afrique du Sud, elles ont été stoppées net par le Sahara. Le bétail n’a pas plus franchi cette barrière.

Prenez aussi le continent américain : les plaines chaudes de l’Amérique centrale ont, elles aussi, coupé en deux dans le sens Nord-Sud ce continent, et les plateaux du Mexique auraient pu accueillir la pomme de terre, cette fois-ci venant du Sud, mais ce n’a pas été le cas.

Enfin, je voudrais revenir un instant sur l’argument bactériologique développé par Diamond. On sait que les conquistadores ne se sont pas gênés pour offrir en cadeau aux peuples indigènes d’Amérique des présents infestés par la variole, et en connaissance de cause. Mais si ces derniers se sont fait décimer, c’est à mon sens moins au cause de ce crime ignoble que pour des raisons plus structurelles. On sait – nouveau paradoxe – qu’au moment des grandes expéditions du XVIe siècle, les pays les plus grands sont aussi les plus denses. Les plus vastes, les moins peuplés. Il y a de nombreuses raisons à cela, le climat, l’agriculture, les infrastructures, les externalités, et j’en passe. Mais il y a aussi une raison bactériologique. La densité des sociétés « en avance » leur permet de développer les anticorps aux virus qu’elles ont elles-mêmes créés, et de décimer les autres. C’est ce qui s’est passé en Amérique, c’est aussi la raison pour laquelle le Maghreb, avec la disparition du moustique vecteur du paludisme, gazé par les colons français, a vu sa population exploser et ne parvient pas à décoller.

Je soumets toutes ces remarques à votre sagacité.

25 mai 2007

Reproduction sociale

> philosophique, politique — Copeau à 10:30

Je sais bien que les libéraux ne portent pas dans leur coeur la sociologie de Pierre Bourdieu, et l’homme qui l’a incarnée encore moins. Du reste, ce dernier, mort en même temps que Robert Nozick, n’était à côté de ce dernier qu’un obscur tâcheron de banlieue, c’est évident. Pour autant, je trouve que le courroux dont il fait l’objet n’est pas justifié. Bien sûr, le personnage, et tout particlièrement l’engagement du crépuscule de sa vie, peut au mieux prêter à rire, au pire vouer à une haine viscérale. Mais ses écrits restent. Et tous ne sont pas à négliger, loin de là.

Son ouvrage intitulé Les Héritiers, écrit en 1964 avec Jean-Claude Passeron, et La Reproduction, écrit en 1970 avec le même, restent d’une cuisante actualité. Je crois volontiers que si l’école aime à proclamer sa fonction d’instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant, par les critères de jugement qu’elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en “dons” personnels. L’Ecole produit des illusions dont les effets sont loin d’être illusoires : ainsi, l’illusion de l’indépendance et de la neutralité scolaires est au principe de la contribution la plus spécifique que l’Ecole apporte à la reproduction de l’ordre établi.

Un exemple, lié à l’actualité, la formation du nouveau gouvernement. Je ne vais parler que de ce que je connais, les gens issus de l’ENA (il y en a quelques-uns, si je ne m’abuse). Pendant la scolarité à l’ENA, il y a deux épreuves discriminantes qui détermineront le classement de sortie, deux, pas une de plus. Il s’agit du stage long effectué en ministère, et de l’anglais. Lorsqu’on décortique les effectifs d’une promotion, on peut laisser de côté les élèves issus du concours interne (déjà fonctionnaires précédemment) et du” troisième concours” (qui travaillaient dans le privé précédemment) ; ils n’occuperont jamais des postes prestigieux à leur sortie. L’élite, ce sont les jeunes diplômés de Sciences-po Paris, âgés d’environ 25 ans. Et parmi cette élite, il y a une vingtaine de personnes qui trusteront les postes des grands corps (Conseil d’Etat, IGF, Cour des comptes, et quelques autres).

Regardons un peu le profil sociologique de ces vingt personnes, et vous comprendrez pourquoi j’évoque la formation du nouveau gouvernement. Vous ne trouverez que des enfants de hauts fonctionnaires, habitant exclusivement dans le VIIe arrondissement. En effet, ces personnes, issues de familles extrêmement aisées, passent fréquemment leurs vacances à l’étranger, et parlent ainsi un anglais sans accent. Ils excellent donc dans l’une des deux épreuves discriminantes. Par ailleurs, fils ou fille de haut fonctionnaire, sous-directeur ou directeur d’un ministère, ils réalisent en général leur stage dans une autre sous-direction. Et, comme par hasard, ils obtiennent toujours une excellente note. Il est bien normal qu’on ne se tire pas dans les pattes entre collègues.

Ces personnes, donc, forment l’élite de la nation (tant il est vrai que la démarche est identique pour Polytechnique, dont on parle insuffisamment).

Ces personnes, par ailleurs, ont suivi toute leur scolarité à Louis-le-Grand ou Henri-IV, avant d’intégrer Sciences-po ou HEC.

Prenez Valérie Pécresse, que je connais directement : née à Neuilly, fille du président de Bolloré, elle a intégré HEC puis l’ENA. L’ayant connu par ailleurs, je n’ai jamais été époustouflé par cette maître des requêtes au Conseil d’Etat, qui n’a mis les pieds (plus de quelques heures ou en villégiature) que dans trois départements français : le 75, le 78 et le 92.

Prenez Xavier Darcos, fils de trésorier-payeur général (le plus haut fonctionnaire d’un département après le préfet).

Prenez MAM, fille de député-maire. Bachelot, de même.

Prenez les innombrables enfants d’enseignants (Hortefeux, Lagarde, etc.) , de médecins (Albanel), et j’en passe.

La vérité est dure à dire : une Rachida Dati ne parviendra pas, à elle seule, à cacher la forêt. Bien sûr, ce gouvernement n’est qu’un exemple, il pourrait être multiplié à l’infini.

24 mai 2007

Keeper of the Seven Keys

> musique — Copeau à 7:55

Voilà longtemps, je crois bien, que je n’ai abordé les questions musicales. C’est du reste un thème qui n’est pas très présent sur ce blog, bien qu’il constitue une part importante de ma vie (je parle vraiment à la première personne, mais c’est le principe du blog, non ?). Je voudrais donc évoquer brièvement un vieux souvenir des eighties, d’une époque où le commun des mortels, en France en tout cas, admirait Orchestral Manœuvres in the Dark (dont le maître-album vient d’ailleurs d’être réimprimé, avec une superbe plage DVD), adorait Depeche Mode, se pâmait devant U2, bavait en écoutant Indochine, dansait sur New Order. J’aime beaucoup, aujourd’hui, tous ces groupes, mais à l’époque, j’étais un rebelle, un vrai. Un dur, un tatoué. J’étais donc un hardos, ou, si vous préférez, un métalleux, pour prendre une formule plus contemporaine. Cheveux longs, cuir élimé aux manches, recouvert d’un blouson en jean aux manches déchirées, émaillé de divers badges (mon préféré : Dee Snyder, le chanteur glamisé au far trop prononcé de Twisted Sister), patches (dont le Ride the Lightning de Metallica) et autres dessins funesto-anarchistes, un pantalon beaucoup trop serré, voilà quel était ma soutane usuelle.

A cette époque, donc, mes références musicales s’appelaient incontestablement Iron Maiden, dans une moindre mesure Metallica, et loin derrière AC/DC, pour citer quelques noms parmi les plus connus. Le Heavy Metal était mon Walhalla, Saxon, Accept, Mötley Cruë, Skid Row, Manowar, Twisted Sister, W.A.S.P. ou Alice Cooper mes divinités, Kerrang!, Metal Hammer, Hard Force et Hard Rock Magazine mon pain quotidien.

Hormis tous ces groupes, il y en a au moins un autre que je me dois de citer, tant il m’a marqué. Si je devais faire le bilan des albums que j’ai le plus écouté, je crois que c’est l’un des albums de ce groupe qui remporterait la pole position. Il dépasse dans mon cœur et dans ma mémoire Somewhere in Time, de Maiden, Metal Heart, d’Accept, ou encore Operation Mindcrime, de Queensrÿche.

L’album auquel je fais allusion, c’est Keeper of the Seven Keys – part II. Le groupe, allemand, s’appelle Helloween.

Si vous ne connaissez pas ce groupe, il est temps d’aller faire un tour sur YouTube ou RadioBlog. Si vous ne connaissez pas cet album, courez vous le procurer.

Helloween, musicalement, c’est un peu du speed metal. Autrement dit, à l’instar de Somewhere in Time, du métal aussi rapide que du punk, et souvent structuré de la même manière, avec des refrains entêtants. Fast as A Shark d’Accept a sans doute été le premier avatar de ce nouveau style, sur l’album Restless and Wild, qui date de 1983 je crois. Helloween, c’était le groupe phare de Hambourg, comme les Scorpions étaient le groupe phare de Hanovre. Qui a au moins deux caractéristiques : l’excellence de la voix de son chanteur, Michael Kiske, qui monte très haut dans les aigus, un peu à la manière de Judas Priest, et la qualité des compositions du célèbre guitariste Kai Hansen.

Sur l’album Keeper of the Seven Keys – part II, Hansen et Weikath, aidés de Michael Kiske, réalisent un sans-faute. La qualité, mais aussi la variété des chansons, est au rendez-vous. Après une introduction intitulée Invitation, proche de la musique classique, et qui n’est pas sans rappeler l’introduction de Metal Heart, Weikath enchaîne sur l’un des meilleurs morceaux de l’album, Eagle Fly Free, qui porte bien son nom tant il est aérien. Un peu plus loin, on trouve Dr. Stein et We Got the Right. Je me souviens fort bien du premier de ces deux titres, j’avais même un T-shirt représentant une citrouille (évidemment, l’emblème incontournable de Helloween) à moustache, singeant Einstein. Je crois, au passage, que l’illustrateur de Helloween était un Français. Ceci montre aussi un trait particulier de ce groupe, qui n’a jamais hésité à faire preuve de beaucoup d’humour. Je me souviens du clip d’I Want Out (également présent sur cet album), où Michael avale un Kai courant dans un couloir d’hôpital et mort de rire. La pochette du single représentait d’ailleurs la citrouille pointant du doigt, à la manière de l’Oncle Sam, en s’écriant « I Want Out ! ». Il faut encore évoquer March of Time, morceau génial quoique assez proche je trouve de Eagle Fly Free, et bien sûr le titre éponyme, long de presque 14 minutes, au refrain inoubliable.

Je ne pourrai jamais compter le nombre de fois que j’ai pu écouter cet album. C’est un must absolu.

Du même groupe, je n’ai par ailleurs que le dispensable Pink Bubble Go Ape, et le best of intitulé joliment The Best, The Rest, The Rare. Et qui reprend bon nombre des titres que je viens de citer.

J’ignore ce que ce groupe est devenu aujourd’hui, même si je doute évidemment qu’il existe encore. Kai Hansen, en tout cas, est parti pour une carrière solo et un nouveau groupe, Gamma Ray. Je vous conseille de ce dernier l’album Powerplant, qui ressemble à s’y méprendre à du Helloween (un peu comme U.D.O. ressemble au vieil Accept), et qui comprend notamment une reprise décapante d’It’s a Sin des Pet Shop Boys. Je crois que c’est Derek Riggs, l’illustrateur attitré de Maiden dans les eighties, qui a réalisé l’excellente pochette de cet album.

J’adore parler de ce qui n’est pas, mais alors pas du tout à la mode ; je crois bien que là, en effet, j’ai réussi mon pari. La prochaine fois j’essaierai de vous parler de Queensrÿche, groupe lui aussi injustement méconnu en nos contrées.

22 mai 2007

Communistes, zoophiles et gallinette cendrée

> politique — Copeau à 13:38

Dans Le Monde d’aujourd’hui, vous pourrez lire un intéressant article de Stéphane Courtois, l’illustre leader du projet du Livre Noir du communisme, consacré à la décrépitude, à la déconfiture, à l’effondrement, appelez cela comme vous le voulez, du PCF depuis vingt-cinq ans en France. Comme il l’écrit,

En un quart de siècle, le PCF a dilapidé son capital électoral : si l’on retient comme base 100 le score de Georges Marchais en 1981, M. Hue était déjà tombé à 54 en 1995 puis à 19 en 2002. MmeBuffet plonge à 15.

A cela est venu s’ajouter en 2007 un phénomène inédit : des dirigeants communistes se sont publiquement et collectivement engagés en faveur d’un candidat non communiste, José Bové.

Stéphane explique que le long chemin de croix des cocos a été émaillé de nombreuses stations : 1958, et le face-à-face avec de Gaulle ; 1974, le congrès d’Epinay, le programme commun et le kiss of death de Mitterrand ; l’effondrement des régimes totalitaires à l’Est, à la fin des années quatre-vingt ; l’avènement de la gauche plurielle, en 1997 ; enfin, les législatives cette année, car le PCF n’est pas du tout sûr d’atteindre les vingt sièges lui permettant d’avoir son groupe à l’Assemblée, et les municipales l’an prochain, qui ressemblera sans doute plus à Azincourt qu’au Pont d’Arcole pour les communistes.

Lisons ce qu’écrit au surplus Stéphane :

Cependant, en même temps que M. Mitterrand réussissait à détourner à son profit une partie de l’électorat communiste, le PS était fortement contaminé par la vieille idéologie marxiste, voire léniniste : celle des communistes à travers l’Union de la gauche, et celle des innombrables trotskistes post-soixante-huitards ralliés au PS avant ou après 1981. Le PCF a ainsi conservé un évident magistère idéologique, reposant sur « le charme universel d’Octobre » (François Furet), sur le mythe du « grand parti de la classe ouvrière » et sur une mémoire glorieuse de la Résistance.

Je ne suis pas bien sûr qu’il en soit autrement aujourd’hui ; je veux bien entendre que le PS ait abandonné, de facto, le dirigisme économique et l’étatisme, Jospin ayant plus privatisé que n’importe quel autre premier ministre, Royal s’opposant à Bayrou sur ce point, mais un retour en arrière est à tout moment possible et certains caciques du Parti, à la sauce Emmanuelli-Mélenchon, ne s’en laisseront pas compter. En revanche, je ne crois pas du tout que le PS ait fait son aggiornamento idéologique, et l’opposition binaire entre les riches et les pauvres constitue encore aujourd’hui le fondement de son logos, sinon de son pathos. Souvenez-vous de Hollande avant le premier tour de la présidentielle, par exemple.

Pour dire les choses autrement : s’il y a une évidente aile sociale-démocrate à la tête du PS, et dans les milieux urbains branchouilles à la mode parisianiste, relayée par la blogeoisie, par le mainstream des Sainte-Beuve du dimanche, elle n’a aucune influence sur le terrain. Les principales zones d’influence du PS aujourd’hui (Nord-Pas de Calais, Bouches-du-Rône, grand Sud-Ouest, Puy-de-Dôme, Bretagne) execrent littéralement la social-démocratie parisienne, et ne veulent qu’un coup de barre à gauche. Ce sont dans ces zones que l’extrême gauche fait aussi ses meilleurs scores. Et que, par conséquent, le chemin de Damas du PS sera encore long et semé d’embûches. Il faut pourtant bien qu’il l’emprunte.

Enfin, on pourrait danser sur les cendres du PCF, ou dire, comme Boris Vian, qu’on ira cracher sur leur tombe. Pour ma part, je ne peux me réjouir de la disparition certaine du PCF, à un moment où Besancenot obtient 4,5% des voix. A tout prendre, je préférerais des communistes faibles, qui s’entre-déchirent avec les écolos, les antilibéraux, les altercomprenants, les zoophiles et les gallinettes cendrées, plutôt que des communistes morts, et des trotskystes à 10 ou 15%.

21 mai 2007

Les essais philosophiques, politiques et économiques de Hayek

> philosophique, politique, économique — Copeau à 16:07

Si vous suivez l’actualité littéraire libertarienne, vous savez sans doute qu’est sorti le mois dernier, aux Belles Lettres, les Essais de philosophie, de science politique et d’économie de ce célèbre auteur autrichien. Cet ouvrage regroupe de nombreux articles parus dans des revues diverses et variées, de la fin des années quarante aux années soixante-dix. La première partie, consacrée à l’epistémologie cognitive, à la métaphysique et à la philosophie de l’histoire, est ardue et, en un mot, chiante. Ce fut néanmoins pour moi une découverte de plusieurs textes que je ne connaissais pas, ma connaissance de l’auteur se limitant à vrai dire aux grands ouvrages classiques (Road to Serfdom, Droit, législation et liberté, ou encore la Constitution de la liberté).

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux essais d’économie. Rien de bien folichon ni nouveau, il s’agit ici tout au plus d’approfondissement de ce qui a fait le corpus de base de la pensée hayékienne (la monnaie vecteur de l’information, les cycles de formation du capital, etc ; mieux vaut lire sa Théorie pure du capital, si vous avez la chance de la trouver. Sinon, les articles présents sur Catallaxia permettent de se faire une bonne idée des thèses de l’auteur, je crois).

La partie la plus intéressante, et de loin de mon point de vue, est par conséquent la deuxième, consacrée aux articles “politiques” de Hayek, plus liés à l’actualité de son époque, quoique très profonds. Evidemment, on y trouve des développements de thèses ultérieures (ordre spontané, poids de la tradition, lutte contre le rationalisme extrême, etc). On y trouve surtout des éclairages tout à fait intéressants sur la synthèse qu’il a mené jusqu’à la fondation de la Société du Mont-Pèlerin ; des explications sur le poids des mythes en histoire ; ou encore le désormais célèbre texte consacré aux intellectuels et au socialisme, où Hayek explique que ce sont souvent les plus intelligents qui pourtant se fourvoient dans l’erreur collectiviste, et donne des éléments d’explication tout à fait convaincants. Ce texte est à lire avec celui-là, qui d’une certaine manière le prolonge.

Enfin, je voudrais souligner la qualité irréprochable, voire la qualité littéraire tout court, de la traduction diligentée par Christophe Piton (lequel a du reste rédigé une préface de bonne tenue). Comparée à d’autres traductions (celles d’Hervé de Quengo, qui je l’espère ne m’en voudras pas ; mais aussi celles de Raul Audouin, ce qui n’est pas une mince comparaison), je trouve que Christophe a réalisé un excellent travail. Qu’il en soit félicité, la lecture de ce bouquin de Hayek s’en révèle d’autant plus plaisante.

20 mai 2007

Le nouveau gouvernement

> politique — Copeau à 7:42

Je n’ai pas encore commenté l’élection de Sarko, la nomination de Fillon ni même celle de son gouvernement, je ne souhaite pas nécessairement me rattraper ici, car je mène par ailleurs un projet long, un peu fastidieux et chronophage, dont je vous ferai part bientôt.

Il y a au sein du gouvernement quelques points que je voudrais souligner. Le premier est la nomination d’Eric Besson. Je la trouve inutile et néfaste. Il s’agit d’un lieutenant de Jospin (voire même un sergent), qui n’a pas pour l’instant fait montre de compétence aiguë à ma connaissance, qui, essentiellement par le truchement de sa femme Sylvie Brunel (l’excellente Sylvie, dont je vous conseille tous les bouquins, notamment la Faim dans le monde - une tragédie banalisée), a déterré le tomahawk contre le parti socialiste il y a peu. Sarko, par cette nomination, ne cherche qu’à atomiser un peu plus le PS. Il n’y a rien d’autre qui justifie cette entrée au gouvernement, et c’est un peu famélique comme argument. D’autant qu’il s’agit d’un beau ministère, celui de la prospective et de l’évaluation de la politique publique, l’un des plus intéressants, où il y a tant à faire. Il aurait mérité un bien meilleur traitement politique qu’un Besson dont on n’entendra plus parler dans les prochaines années.

Je vois en revanche d’un très bon oeil la nomination de Kouchner au Quai d’Orsay. Je ne comprends pas ceux qui parlent de débauchage. Ces derniers continuent de raisonner sur un axe débile gauche/droite, dont on ne sortirait pas, ils n’ont pas compris le score de Bayrou, le fait qu’il y a à droite comme à gauche des personnalités qui sont bien plus proches du centre que de la polarité. C’est le cas de Kouchner, qui n’a strictement rien à voir avec Mélenchon, si toutefois il a quelque chose à voir avec Hollande, ce qui reste à prouver. Sa nomination ne me surprend donc pas du tout.

Je suis aussi très satisfait de la création d’un grand ministère du développement durable. Je ne partage pas les craintes de nombre de mes amis sur ce sujet épineux, ou pour être plus précis je n’ai pas d’opposition de principe. Je ne m’étends pas plus ici.

Le reste est assez classique et indifférent, y compris la nomination de Rachida, pour ne citer qu’elle.

Un dernier point : c’est bien que Sarko assume sa vie privée, sa famille recomposée. C’est vrai que pour cette génération de politiques, c’est monnaie courante d’avoir une vie privée tumultueuse. Regardez aussi Juppé, MAM, et tant d’autres. Mais Sarko a la particularité de mieux assumer cet état de fait, cette femme qui vote vraisemblablement à gauche, les deux filles de Jacques Martin. Ségo et son faux couple feraient bien d’en prendre de la graine. Mais c’est bien aussi qu’il y a une nouvelle génération qui entre au gouvernement, et notez bien que leur vie privée est bien moins compliquée que celle de leurs aînés. Je n’ai rien contre les famille recomposées, mais il me semble que la génération des quadras est un peu plus en phase avec l’ensemble de la population que celle des quinquas, qui est la vraie génération soixante-huitarde, à droite comme à gauche.

15 mai 2007

Galiléo

> comique, économique — Copeau à 10:32

Vous avez certainement déjà entendu parler de Galileo, GPS européen piloté par un consortium, et qui est censé être à la fois plus précis et plus fiable que son homologue yankee. Or, ce projet accuse déjà un retard de près de quatre ans : à l’origine, la constellation devait être prête dès la fin 2008, on parle désormais de la mi-2012, au mieux.

Mieux encore, faute d’un engagement suffisant du consortium pressenti pour l’exploiter, les pouvoirs publics financeraient l’intégralité du projet, ce qui représenterait pour eux une rallonge de 2,5 milliards d’euros pour les fonds communautaires.

Autant dire les choses clairement : soit l’union européenne parvient à verser ce surplus, au détriment d’autres projets (environnement, pêche, agriculture, transports, aéronautique,…), soit il partira en quenouille. Dans un cas comme dans l’autre, la déconfiture n’est pas loin.

L’erreur fatale, ou plus exactement la présomption fatale (pour parler comme Hayek), a consisté à politiser un projet qui aurait dû être exclusivement un projet de type industriel. Au lieu de cela, alors que Londres ou Amsterdam clamaient, légitimement, que le GPS américain suffisait, les pays les plus fanatisés, France et Allemagne en tête, ont fait de Galileo un instrument au service de la puissance européenne, autrement dit un projet mi civil mi militaire destiné à tenir la dragée haute à l’oncle Sam.

Résultat ? Un projet qui n’est pas viable financièrement, qui ne marchera jamais pour les clients (Galileo sera payant, alors que le J. P.-S. fonctionne déjà gratuitement pour les mêmes services), un financement privé qu’on est allé chercher mais qui nécessairement se désistera (les applications militaires seraient bridées alors que c’est celles-là qui sont rentables).

Sans compter que chacun des grands pays européens c’est entre-déchiré pour bénéficier, sur son sol, d’un site du futur consortium. C’est cette question la tient intéresser les différents gouvernements, et pas du tout la viabilité financière du projet.

On voit, une fois de plus, à quel résultat on aboutit lorsque les gouvernements se mêlent de politique industrielle.

11 mai 2007

Les chiens de Riga

> romantique — Copeau à 8:09

Je voudrais vous parler brièvement d’un roman de Mankell qui s’intitule Les Chiens de Riga. Il s’agit bien sûr d’un épisode des aventures du désormais célèbre (au moins sur ce blog) commissaire Wallander. Mais ce roman a la particularité de se dérouler ailleurs qu’en Suède, et c’est, je crois bien, le seul de Mankell à subir un tel sort. Plus exactement, l’histoire débute en Scanie, donc en Suède, par la mystérieuse découverte d’un canot pneumatique échoué sur les côtes, avec à son bord deux macchabées trentenaires, sapés en Kenzo, et d’apparence étrangère. Nous sommes début 1989.

Les flics d’Ystad, dirigés pour l’enquête par Wallander, ne tarderont en effet pas à découvrir l’origine lettone des deux types, deux dealers yuppies de la mafia russe implantée dans les pays baltes. Tout semble donc correspondre à un parfait règlement de compte.

Pourtant, la police lettone choisit de dépêcher un commandant, Karlis Liepa, en Suède, pour prêter main forte aux policiers locaux dans l’élucidation de ce mystère. Tous feront choux blancs, si bien que le commandant Liepa retournera bien vite au pays.

Sitôt sorti de l’avion de l’Aeroflot ou presque, on le liquide. Etrange, non ?

Wallander est sollicité, à son tour, pour renforcer la police lettone dans l’élucidation de ce meurtre. Le meurtre d’un flic dans un pays communiste, c’est la peine de mort assurée.

C’est du moins le motif officiel avancé par le gouvernement letton. Sur place, il découvrira progressivement que la réalité est un peu différente…

Par ailleurs, Wallander subit un formidable choc des cultures, et ne comprend pas grand-chose au monde si particulier et plein d’espièglerie des pays communistes. Il en fera d’ailleurs les frais assez rapidement.

Je vous conseille vivement ce roman, rien moins que l’un des meilleurs de Mankell, et sans nul doute le plus original. Il fait partie de son top five sans forcer. Je vous souhaite donc une excellente lecture.

9 mai 2007

Gros oeuvre et volets repeints

> politique — Copeau à 13:22

On ne peut que remarquer que ce peuple français, déjà, n’a pas choisi à proprement parler le changement. La moitié de ce peuple a choisi les discours conservateurs-étatistes de Sarkozy, et l’autre aura choisi les discours collectivistes flous de Royal. En terme de changement, il y a plus rock’n'roll. Mais bon, soyons honnête : l’offre de changement, en soi, n’était pas non plus florissante. Bref : se posant, au début de la campagne, en candidat de la “rupture”, nous n’avons plus le droit, maintenant, qu’à du “changement”. On aurait pû s’attendre à un vent de renouveau, ce sera une brisounette gentille. On s’attendait à du gros-oeuvre et de la maçonnerie, on va changer les rideaux et repeindre les volets…

A lire chez H16.

Libéralisme et révolution conservatrice

> philosophique — Copeau à 13:06

J’approuve dans ses grandes lignes ce billet de l’ami Guy. Hormis ses termes, car la révolution conservatrice US est une formulation bien impropre, sauf à considérer que le reaganisme est l’essence même du libéralisme, ce qui est franchement discutable. De plus, Guy omet de rappeler que ce puissant mouvement de fond, qui naquit dans les années quatre-vingts, a depuis été asséché jusqu’à disparaître sous les coups de butoirs du communautarisme d’abord (grosso modo, les années 1990-1998) puis du néoconservatisme (grosso modo là encore, 1995 à nos jours). Et que, par conséquent, opposer naïvement le libéralisme des années quatre-vingts au socialisme étatique me semble un peu daté, et plus correspondre à la campagne législative du Chirac cuvée 16 mars 1986, plutôt qu’aux débats contemporains.

Ce billet ouvre néanmoins des perspectives intéressantes, je vous le livre donc (je me permets de le reprendre in extenso, non pour faire du tapissage pas cher du présent blog, mais par peur de disparition, un jour, du texte en question).

On ne gagne jamais seul, ni par hasard. La personnalité compte, le projet aussi, l’organisation, bien entendu. Mais importe plus encore le souffle de l’histoire, le grand vent des idées dominantes : Nicolas Sarkozy emporte la conviction populaire car, en même temps, une vague le soulève. Celle-ci vient de loin, du début des années 1980.

À cette époque, le marxisme, enfin, est à bout de souffle : Soljenitsyne en annonce l’effondrement moral. Le social étatisme, dans sa version occidentale, ne se portait pas mieux : les économies d’Europe et des Etats-Unis versaient dans l’inflation et le chômage. Plus les Etats intervenaient, plus le marasme gagnait. Le champ éthique aussi était en lambeaux : l’Eglise ne digérait pas Vatican II tandis que Mai 68, chant libertaire à l’origine, dégénérait en un relativisme désespéré. D’affreuses maladies nouvelles s‘en mêlèrent, comme pour souligner que tout n’était pas permis.

Au seuil de ces abîmes, l’Occident tout entier s’est ressaisi : ce sursaut, selon les traditions locales, dans les années 1980, s’est appelé Révolution conservatrice ou Révolution libérale ou néo-libérale. L’étatisme qui jusque-là, semblait la solution, fut soudain dénoncé comme étant le problème. De cette révolution dans la pensée dominante, ont surgi de nouvelles politiques : moins d’Etat, plus de marché, plus d’ordre aussi, la tolérance-zéro face aux crimes. Cette pensée nouvelle qui a ses philosophes (Bertrand de Jouvenel, Friedrich Hayek), ses héros politiques (Ronald Reagan, Margaret Thatcher, José Maria Aznar, Helmut Kohl) et spirituels (Jean-Paul II), a gagné toutes les nations d’Occident, de l’Est - l’URSS s’effondre – et du Sud – la Chine et l’Inde se rallient à l’ordre économique libéral. L’autoritarisme ancien cède aussi devant la technique : Internet, plus qu’un mode de communication, impose des normes et comportements franchement libéraux, individualistes et mondialistes simultanément.

Mais un Etat, un seul, résiste : la France évidemment. Partout la dépense publique recule, ici elle progresse. Partout, la loi et l’ordre contiennent l’insécurité ; chez nous, on tolère, on analyse, on se repend. En Europe, tous les Partis socialistes rejettent le marxisme, tous devinent dans la croissance économique le vrai chemin vers l’équité. Pas de ça en France : nos marxistes sont immuables. François Furet avait expliqué cela : les marxistes sauvent leur peau en se faisant passer pour les continuateurs de la Révolution de 1989. Impensable de se défaire de pareil héritage : nos écoliers en sont gavés. Plus trivialement, vingt pour cent des Français qui travaillent dans le secteur public craignent que le libéralisme ne détruise leur cocon : un libéralisme non pas expliqué mais diabolisé, avec le concours efficace des apparatchiks de l’enseignement.

Notre Droite resta tout aussi congelée, hormis l’intermède libéral de 1986-88 .La mémoire du Gaullisme sans doute, et l’emprise de l’Enarchie sur les partis, ont interdit la mutation libérale au moment même où elle était possible et nécessaire : dans les années 1980, le monde a privatisé, la France a nationalisé. Nous en prendrons pour vingt-cinq ans, de blocage, de myopie, assorti d’un substantiel retard de notre niveau de vie et de nos espérances : la France, homme malade de l’Occident.

Jusqu’à ce que les Français se rendent à l’évidence : le monde ayant changé, il convient maintenant de le rattraper. Dans notre Histoire, cette démarche n’est pas neuve : nous aimons cultiver notre singularité, nous inscrire à contre-courant, prétendre que jamais nous n’agirons comme les autres. Et surtout pas comme des anglo-saxons. Avant de faire comme tous les autres mais avec un certain décalage.

Ainsi de Gaulle vint et décolonisa parce qu’avant lui, nul n’osa. Giscard d’Estaing ? Parce qu’il était jeune, il comprit son époque et il aligna la loi sur les mœurs. Et Nicolas Sarkozy ? Il lui appartiendra de rendre l’Etat efficace car il n’est pas de société libre sans un Etat qui marche. Il permettra aux entrepreneurs d’entreprendre car l’économie libre est aussi simple que cela. Ce projet étant désormais celui du Président de tous les Français, il aura besoin d’une sorte d’acquiescement de la gauche. C’est possible : à l’honneur de Ségolène Royal, malgré son Parti et ses alliances, elle aussi aura esquissé une révolution conservatrice. Mais Nicolas Sarkozy a mieux compris et mieux interprété l’instant : la France était arrêtée à l’heure de son clocher, il la remet à l’heure du temps.

Guy Sorman

5 mai 2007

Blanc, nul ou abstention

> politique — Copeau à 18:24

En ces temps électoraux, j’invite tous les libéraux conséquents et cohérents à ne pas voter demain pour l’un ou l’autre des candidats à la présidentielle. Entendons-nous bien : je ne considère ni Ségolène, ni Nicolas, comme des anti-libéraux. Si le Pen, Besancenot, Bové ou d’autres s’étaient hissés au second tour, évidemment, je n’hésiterais pas un seul instant à voter contre eux. Les deux candidats encore en lice ne sont pas de véritables ennemis du libéralisme, on en trouve même quelques traces (comme dans un précipité) chez l’un (plutôt en économie) comme chez l’autre (plutôt sur les sujets de société). Mais pas de quoi les départager. Je les considère l’un comme l’autre comme symétriquement éloignés de l’idée que je me fais du libéralisme. Je ne vois donc pas pourquoi je devrais préférer l’un ou l’autre.

Je vous invite donc, chers lecteurs, à voter demain blanc ou nul, ce qui est un vote symbolique et marquant. Vous pouvez même choisir l’abstention, ce qui sera mon cas.

Sinon, tout le monde sait que Sarko va l’emporter facilement, alors j’aurai sûrement d’autres choses à faire demain soir que de regarder bêtement la télé.

3 mai 2007

Sur le débat Ségo-Sarko

> politique — Copeau à 10:02

Sur le fond les deux prétendants étaient hier soir d’accord sur l’essentiel : interventionnisme, protectionnisme, étatisme. Comme l’écrit Free Jazz, cette comédie est une bonne illustration du constat de Rothbard sur la tyrannie du consensus mou en social-démocratie :

“Les sociaux-démocrates préfèrent de loin une dictature “douce”, ce que Marcuse appelait - dans un autre contexte - “la tolérance répressive”, constituée d’un système où deux partis s’entendent sur les points fondamentaux et débattent poliment sur les problèmes mineurs :”devrions-nous augmenter les impôts de cinq ou sept pour cent cette année ?.”