Reproduction sociale
Je sais bien que les libéraux ne portent pas dans leur coeur la sociologie de Pierre Bourdieu, et l’homme qui l’a incarnée encore moins. Du reste, ce dernier, mort en même temps que Robert Nozick, n’était à côté de ce dernier qu’un obscur tâcheron de banlieue, c’est évident. Pour autant, je trouve que le courroux dont il fait l’objet n’est pas justifié. Bien sûr, le personnage, et tout particlièrement l’engagement du crépuscule de sa vie, peut au mieux prêter à rire, au pire vouer à une haine viscérale. Mais ses écrits restent. Et tous ne sont pas à négliger, loin de là .
Son ouvrage intitulé Les Héritiers, écrit en 1964 avec Jean-Claude Passeron, et La Reproduction, écrit en 1970 avec le même, restent d’une cuisante actualité. Je crois volontiers que si l’école aime à proclamer sa fonction d’instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant, par les critères de jugement qu’elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en “dons” personnels. L’Ecole produit des illusions dont les effets sont loin d’être illusoires : ainsi, l’illusion de l’indépendance et de la neutralité scolaires est au principe de la contribution la plus spécifique que l’Ecole apporte à la reproduction de l’ordre établi.
Un exemple, lié à l’actualité, la formation du nouveau gouvernement. Je ne vais parler que de ce que je connais, les gens issus de l’ENA (il y en a quelques-uns, si je ne m’abuse). Pendant la scolarité à l’ENA, il y a deux épreuves discriminantes qui détermineront le classement de sortie, deux, pas une de plus. Il s’agit du stage long effectué en ministère, et de l’anglais. Lorsqu’on décortique les effectifs d’une promotion, on peut laisser de côté les élèves issus du concours interne (déjà fonctionnaires précédemment) et du” troisième concours” (qui travaillaient dans le privé précédemment) ; ils n’occuperont jamais des postes prestigieux à leur sortie. L’élite, ce sont les jeunes diplômés de Sciences-po Paris, âgés d’environ 25 ans. Et parmi cette élite, il y a une vingtaine de personnes qui trusteront les postes des grands corps (Conseil d’Etat, IGF, Cour des comptes, et quelques autres).
Regardons un peu le profil sociologique de ces vingt personnes, et vous comprendrez pourquoi j’évoque la formation du nouveau gouvernement. Vous ne trouverez que des enfants de hauts fonctionnaires, habitant exclusivement dans le VIIe arrondissement. En effet, ces personnes, issues de familles extrêmement aisées, passent fréquemment leurs vacances à l’étranger, et parlent ainsi un anglais sans accent. Ils excellent donc dans l’une des deux épreuves discriminantes. Par ailleurs, fils ou fille de haut fonctionnaire, sous-directeur ou directeur d’un ministère, ils réalisent en général leur stage dans une autre sous-direction. Et, comme par hasard, ils obtiennent toujours une excellente note. Il est bien normal qu’on ne se tire pas dans les pattes entre collègues.
Ces personnes, donc, forment l’élite de la nation (tant il est vrai que la démarche est identique pour Polytechnique, dont on parle insuffisamment).
Ces personnes, par ailleurs, ont suivi toute leur scolarité à Louis-le-Grand ou Henri-IV, avant d’intégrer Sciences-po ou HEC.
Prenez Valérie Pécresse, que je connais directement : née à Neuilly, fille du président de Bolloré, elle a intégré HEC puis l’ENA. L’ayant connu par ailleurs, je n’ai jamais été époustouflé par cette maître des requêtes au Conseil d’Etat, qui n’a mis les pieds (plus de quelques heures ou en villégiature) que dans trois départements français : le 75, le 78 et le 92.
Prenez Xavier Darcos, fils de trésorier-payeur général (le plus haut fonctionnaire d’un département après le préfet).
Prenez MAM, fille de député-maire. Bachelot, de même.
Prenez les innombrables enfants d’enseignants (Hortefeux, Lagarde, etc.) , de médecins (Albanel), et j’en passe.
La vérité est dure à dire : une Rachida Dati ne parviendra pas, à elle seule, à cacher la forêt. Bien sûr, ce gouvernement n’est qu’un exemple, il pourrait être multiplié à l’infini.
Bonjour Copeau ! Décidemment tu publies presque toujours des billets très intéressant, j’aime beaucoup te lire ! Tu devrais publier plus souvent sur lib.org, on aimerait bien voir le vrai admin de temps en temps !
Je n’ai malheureusement pas lu Bourdieu ni Nozick donc je ne me permettrais pas de les juger ni de critiquer une partie de ton billet (je les lirai peut-être un jour, chez moi la lecture c’est cyclique et en ce moment je ne suis pas dans le bon cycle…). Mais je partage en grande partie ta réflexion sur un sujet qui me semble très important, personnellement je dirais même que cette réflexion a été décisive dans la construction de ma personnalité et de mes affinités politiques (ça a toujours été chez moi beaucoup plus important que les problèmes économiques). Mais plus généralement, je pense que c’est une interrogation qui nous a tous à un moment où un autre traversé l’esprit, au lycée je débattais souvent avec une fille de politique et on avait longuement débattu de l’égalité des chances, elle étant une farouche défenseuse de l’égalité des chances et moi je lui répondais en gros que c’était une idée stupide car il suffisait que je lève le bras pour que l’égalité des chances soit détruite. Mais même si je jouais souvent les durs juste pour la provocation, il est évident que l’égalité des chances est une idée noble que j’étais prêt à défendre quoiqu’il arrive, et personnellement je ne connais personne au monde qui soit opposé à l’idée d’égalité des chances, défendre l’idée d’égalité des chances est une chose tout à fait naturel. Pendant longtemps aussi, j’avais estimé qu’on avait un système excellent, la gratuité (ou quasi-gratuité) de l’enseignement public de la primaire jusque dans le supérieur, une bourse d’étude pour les élèves les plus en difficulté, et donc pour moi ceux qui réussissaient étaient vraiment les plus méritants. Mais je me rend bien compte aujourd’hui que j’étais privilégié, privilégié par les valeurs qu’on m’a transmis, par ma famille, les camarades de classe que j’ai eu, bref privilégié par mon milieu. On ne peut pas comparer un milieu où on nous a toujours poussé à viser très haut et d’autres où quelquefois le but n’était que le bac. C’est pour cette raison que je ne crois plus du tout à l’égalité des moyens pour la réussite scolaire, pour moi la réussite c’est bien plus que les livres ou le nombre d’élèves par classe. Notre place finale est donc tout à fait relative, l’égalité des chances pour moi c’est vraiment du pipo, et je partage complètement ta conclusion lorsque tu dis que tout ce système ne sert qu’à « légitimer » les places, à créer artificiellement des méritants, et au final il ne fait que rabaisser un peu plus les gens qui n’ont pas pu s’épanouir dans le système. Le système éducatif, une « illusion » comme tu dis, je ne dirais pas mieux, je dirais même que la méritocratie républicaine a été l’un des plus gros mensonges créé en 1789.
Personnellement je ne sais pas trop comment ça marche pour Science Po ni pour l’ENA, ne connaissant pas du tout cet univers, mais personnellement je pense qu’il faudrait beaucoup plus nuancer pour Polytechnique. Il me semble que Polytechnique et les écoles scientifiques en général sont un peu plus ouvertes que les écoles de sciences humaines (qui s’acquiert en grande partie dans le milieu social) car les sciences dures sont plus universelles. Ce que je veux dire, c’est que même dans une famille où on ne parle pas très bien le français, où on a une culture loin de la norme, les maths et la physique restent quand même accessibles pour tout le monde. Le travail a une place qui me semble plus importante pour intégrer Polytechnique là où dans d’autres écoles comme Science Po le fait d’appartenir à un milieu peut suffire (je le dis de manière un peu exagéré et caricatural, mais tu vois un peu près là où je veux en venir). Et je crois aussi que la part du « don personnel » comme tu l’as dit au début de ton billet n’est vraiment pas négligeable dans les écoles scientifiques, les génies ne sont pas du tout des mythes et existent vraiment, il y a des individus qui sont naturellement incroyables indépendamment de leur milieu social et qu’on n’arrive pas vraiment à expliquer, ce n’est pas très politiquement correct de le dire mais c’est vrai. Ce ne serait d’ailleurs pas inintéressant de faire une analyse des origines sociales et ethniques des différentes grandes écoles, je suis persuadé que Polytechnique est beaucoup plus ouverte que Science Po (mais ce n’est qu’une impression bien sûr ! Je peux me tromper !!!).
Pour résumer tout ça, je crois que la vie est un hasard, inutile de réfléchir trop longuement sur ce genre d’interrogation, la vie est parfois sympa et malheureusement parfois cruelle. La vie est un parcours accidenté, on ne cesse d’avoir des accidents en avançant dans le temps, des accidents minimes la plupart du temps, et quelquefois de très gros accidents de parcours, positifs ou négatifs. Je l’ai malheureusement appris à mes dépends ces dernières années. Désolé de raconter un peu ma vie dans ton blog Copeau, mais tu vois moi par exemple, au début sans vouloir du tout me vanter, j’ai toujours été le premier de la classe de la primaire jusqu’à la fin du collège, au lycée disons que je faisais toujours partie des cinq premiers, j’ai fait une prépa scientifique dans un bon lycée (même si ce n’était pas les top du Ve arrondissement) avec même un spé étoile en deuxième année. Tout semblait parfait, j’étais prédestiné à faire une grande école réputée voire pourquoi pas X, mais ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Une amie de lycée dont j’étais vraiment fou amoureux, la même fille avec qui je parlais très souvent de politique, s’était mis avec un autre mec et ça m’avait vraiment tué, et ça s’est passé en plein milieu de mes années de prépa. J’étais tellement bouleversé, ça occupait tellement de place dans mon esprit que je n’arrivais plus du tout à me concentrer sur mes études, études que j’ai fini par relativiser. J’étais tellement en colère que j’avais coupé net mes relations avec elle, je m’en voulais et j’avais tellement de haine que j’adoptais des comportements destructeurs, pensant tous les jours à elle, ces dernières années. Et j’ai fini par tout capoter, ratant lamentablement le concours de Polytechnique, entre autres, et j’ai fini par intégrer une école d’ingénieur plutôt discrète pour finir aujourd’hui ingénieur en bâtiment, passant mon temps à zigzaguer entre boulot à la maison, mon agence d’archi et les chantiers, un boulot de merde qui me fait atrocement chier, ce n’était pas du tout la vie que j’espérais et j’en souffre presque tous les jours. Tout ça à cause de vraiment pas grand chose. Depuis, mon amie m’a retrouvé (elle a fait vraiment très fort), j’ai fini par arrêter de chercher tout le temps des excuses et même si j’aurai probablement cette grande amertume jusqu’à la fin de ma vie, j’ai fini par accepter la vie comme elle est, je suis devenu plus tolérant, c’est le destin. J’ai arrêté de croire à tous ces grands idéaux que je défendais de tout mon cœur, on ne pourra jamais lutter contre la vie, la justice absolue n’a jamais existé et n’existera jamais.
Enfin bref voilà ce que je voulais dire son ton blog Copeau, un peu long et comme je te l’ai dit j’aime bien raconter ma vie, hihi. Désolé si c’était un peu trop pompeux, surtout vers la fin ! Pour conclure, je dirais vive la fin de l’hypocrisie !
Excellent article extrêmement intéressant.
En tant que Bourdieuphobe, je précise ici que je conteste pas le concept de reproduction, mais une grande partie de l’analyse que PB en fait. Notamment quelques contorsions intellectuelles (pour être gentil) afin de mettre ce phénomène dans un discours “ce problème vient du marché, mieux d’Etat sera la solution”.
Merci Phantom pour ton commentaire très personnel et extrêmement touchant. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter, sinon que je comprends parfaitement la manière un peu tragique dont tu as pu vivre les choses que tu as vécues. Si ton job ne te plaît pas aujourd’hui, il va bien falloir que tu saches comment en sortir, et c’est, en tant que tel, un véritable challenge.
Pour X, tu as peut-être raison, en tout cas ce qui tu avances est parfaitement cohérent. Cela étant, je connais au moins deux familles dont l’un des enfants est polytechnicien, et un autre énarque. Je pense donc que le déterminisme social, même s’il est moins fort, est encore extrêmement présent à Polytechnique.
Coldstar, si Bourdieu a clairement déconné sur la fin, je trouve que la première partie de sa recherche sociologique (en gros, les années soixante) regorge d’idées intéressantes, parfois mal exploitées, mais, et c’est l’avantage avec cette discipline (relativement) scientifique qu’est la sociologie, il y a des données brutes et chiffrées auxquelles, je le crois, il faudrait accorder l’importance qu’elles méritent.
En effet, la reproduction sociale je la constate à mon petit niveau (IEP). Force est de constater que les élèves issus des classes supérieures représentent au moins la moitié de l’établissement, le nombre de boursiers se comptant sur les doigts d’une main… On peut certes expliquer ça par un environnement familial favorable, mais ça ne résoud qu’une partie du problème. Fait est que de nombreux élèves sont “bâtis” pour passer le concours, grâce à des prépas d’été ad hoc (comme IEP Sup, pour ne pas en citer), que seuls les riches peuvent s’offir, compte tenu de leurs coût. Une fois entrées, les élèves issus des classes supérieures n’ont aucune difficulté à sortir de l’établissement (les exclusions étant exceptionnelles) et sortiront de surcroît parmi les mieux placés, les relations de papa/maman apportant toujours un atout de poids.
En clair, les classes aisées peuvent se reproduire en toute tranquilité, n’étant inquiétées à aucun moment. C’est d’autant plus perçu comme injuste que les élèves issus des classes supérieures sont de manière générale les moins méritants : en dehors des “avantages naturels” (piston à la sortie de l’établissement, environnement familial favorable, etc.), ce sont aussi les moins habitués (de manière générale, je le répète) au travail, lorsque ce ne sont pas les moins intelligents et les moins cultivés… En effet, le concours étant quasiment “donné” par l’acquisition d’une méthode coûteuse mais ne nécessitant pas spécifiquement des capacités intellectuelles particulières, les élèves issus des classes supérieures sont moins enclins au travail que les autres, lesquels ont été admis, généralement, après une prépa sur l’année et dans tous les cas en travaillant beaucoup. J’ajouterais que faute d’exclusions et/ou de redoublements en grand nombre, il est permis de ne rien faire, le classement à la sortie important tout aussi peu (les relations privilégiées le corrigeront…)
J’avais écris un petit truc (plus pour plaisanter qu’autre chose, à vrai dire) là dessus il y a peu :
http://www.peres-fondateurs.com/~resistance/?p=1685
Je ne connais pas trop les critères d’admission à Science Po, mais j’avais une camarade de classe, pourtant en S, qui voulait faire Science Po juste après le lycée (mais finalement elle a fait Dauphine à la place, je ne sais pas si c’est parce qu’elle a été recalée ou si elle avait changé d’avis) mais je suis presque sûr qu’on peut intégrer Science Po juste après le lycée, sans prépa.
Le problème du mérite, Toyost (N.B: pronciation par Chevalier et Laspales, hihi) est assez complexe et je l’avais brièvement évoqué sur lib.org. Ce n’est pas parce qu’un élève issu d’un milieu défavorisé a énormément lutté pour avoir un 17/20 en maths qu’il vaut mieux qu’un élève issu d’un milieu aisé qui a réussi à avoir 18/20. L’élève qui a 17/20 peut te sembler plus méritant que celui qui a 18/20 car tu as retenu certains facteurs qui t’ont semblé pertinents, mais la réalité c’est qu’il y a beaucoup de facteurs invisibles que tu ne perçois pas. Une histoire personnelle inclassable ou une culture peut suffire pour bouleverser l’équilibre de la chance, en général, l’élève issu d’un milieu défavorisé qui réussi de brillantes études a quand même eu de la chance, mais ses ressources sont ailleurs. Lors d’un téléthon (je ne me souviens plus quand), il y avait un reportage sur un jeune garçon handicapé en chaise roulante qui perdait beaucoup de temps pour aller en classe, travailler n’était pas très pratique pour lui, et pourtant c’était le premier de sa classe, c’était le meilleur parce qu’il avait réussi à puiser une force insoupçonnée de son handicap, les études pour lui étaient comme une lutte contre la vie. De même on pourrait parler de l’exemple d’Hélène Keller, l’intellectuelle américaine qui était pourtant née sourde et aveugle. La réussite est étroitement liée à notre histoire personnelle, histoire qui n’est pas étroitement liée à l’argent. Les élèves issus d’un milieu aisé qui intègrent Science Po (ou ailleurs) sont tout aussi méritants que les élèves issus d’un milieu défavorisé, c’est la place qui justifie le mérite et non les histoires individuelles. Ils méritent leur place parce qu’ils ont réussi le concours d’entrée, il ne faut pas chercher compliqué quand on veut parler de mérite.
Mais je te comprend Toyost, nous sommes tous passés par là intellectuellement parlant. Copeau a très bien résumé l’histoire du mérite en disant qu’elle n’existe pas, et que notre société se comporte de manière scandaleuse en “transmuant des privilèges socialement conditionnés en mérite ou en dons”. Nous avons tous une place dans la société et on ne devrait la place des autres. Par exemple la meuf (dont je ne me souviens plus le nom) amie de Sarkozy qui avait ridiculisé les caissières de Mammouth c’était vraiment scandaleux, scandaleux d’un point de vue émotionnel bien sûr, mais aussi et surtout scandaleux d’un point de vue intellectuel. Cracher sur la place de l’autre (que ce soit de haut en bas ou de bas en haut) est un non-sens.
En fait, à propos du mérite, je suis allé un peu trop vite, j’aurais dû dire que les riches sont majoritairement *perçus* comme non méritants, de la même façon que j’ai parlé d’une situation qui était *vécue* comme une injustice.
Dans le fond, en ce qui concerne la “valeur” de chaque élève (qui est à dissocier du mérite), j’observe simplement que ceux qui ont le plus de moyens sont souvent ceux qui travaillent le moins ; je sais que je ne peux présenter aucune statistique objective mais le fait est assez frappant. J’aurai pu, après tout, calculer le taux d’absentéisme en fonction de la classe sociale, ç’aurait été on ne peut plus clair.
Sinon je suis en tout point d’accord sur ta conclusion, en tout cas : chacun à sa place (très conservateur comme principe !)
Eh beh dit donc, je viens de lire l’article de ton lien Toyost, bof bof je ne suis pas convaincu. Je pense qu’il faudrait distinguer la “vraie” classe sup de la classe moyenne sup. Les jeunes de la classe sup (les nappy) qui se perdent dans l’argent en abondance, les “pas assez pauvres pour lutter” comme ils disent, je ne crois pas que tu les retrouves en masse à Science Po a priori. Ce sont souvent des jeunes un peu perdus, tu les vois faire des courses de mobylette sur l’avenue Victor Hugo dans le XVIe, fumer des joints, et pour les plus âgés d’entre eux: montrer leur belle voiture. J’en croise assez souvent car un de leurs lieux de rendez-vous est le Macdonald Victor Hugo (je passe devant tous les jours), j’ai même discuté avec certains d’entre eux, mais je ne les aime pas car je pense qu’ils grillent bêtement leur vie, mais ce n’est pas la peine de les convaincre car ils n’ont pas du tout les mêmes valeurs, entre autres ils n’ont pas la valeur du prestige scolaire contrairement aux Est-Parisiens, donc Science Po je pense que ça ne leur parlerait pas, ils s’en fichent complètement.
Il y avait un reportage sur les nappy sur TF1, je te file le lien sur dailymotion si ça t’intéresse:
http://www.dailymotion.com/video/x5g8s_nappy-la-jeunesse-doree
Quant à ceux issus de la classe moyenne sup que tu trouves à Science Po, je ne pense pas qu’on puisse dire qu’ils n’ont pas beaucoup bossé, ils ont forcément beaucoup bossé à un moment ou un autre pour être là où ils en sont, et même avec un avantage social, le travail fourni est forcément équivalent aux autres, mais peut-être moins consciemment, mais là c’est une autre histoire (et encore une fois, je ne fais que juger de l’extérieur, je ne connais pas les IEP, peut-être que tu connais des trucs que je ne connais pas…). Sinon quant à l’esprit d’entrepreneur, c’est intéressant mais ce n’est pas un but dans la vie, et j’imagine qu’un étudiant issu de Science Po n’a pas du tout le même tempéramment qu’un étudiant d’HEC, ce n’est pas une école de commerce quand même!!!
Je confirme pour être issu de ScPo que le tempérament de ses élèves est distinctement différent de celui des écoles de commerce, y compris d’ESSEC, l’EDHEC, EM Lyon, ESCP ou HEC, pour citer les plus prestigieuses.