Communistes, zoophiles et gallinette cendrée
Dans Le Monde d’aujourd’hui, vous pourrez lire un intéressant article de Stéphane Courtois, l’illustre leader du projet du Livre Noir du communisme, consacré à la décrépitude, à la déconfiture, à l’effondrement, appelez cela comme vous le voulez, du PCF depuis vingt-cinq ans en France. Comme il l’écrit,
En un quart de siècle, le PCF a dilapidé son capital électoral : si l’on retient comme base 100 le score de Georges Marchais en 1981, M. Hue était déjà tombé à 54 en 1995 puis à 19 en 2002. MmeBuffet plonge à 15.
A cela est venu s’ajouter en 2007 un phénomène inédit : des dirigeants communistes se sont publiquement et collectivement engagés en faveur d’un candidat non communiste, José Bové.
Stéphane explique que le long chemin de croix des cocos a été émaillé de nombreuses stations : 1958, et le face-à-face avec de Gaulle ; 1974, le congrès d’Epinay, le programme commun et le kiss of death de Mitterrand ; l’effondrement des régimes totalitaires à l’Est, à la fin des années quatre-vingt ; l’avènement de la gauche plurielle, en 1997 ; enfin, les législatives cette année, car le PCF n’est pas du tout sûr d’atteindre les vingt sièges lui permettant d’avoir son groupe à l’Assemblée, et les municipales l’an prochain, qui ressemblera sans doute plus à Azincourt qu’au Pont d’Arcole pour les communistes.
Lisons ce qu’écrit au surplus Stéphane :
Cependant, en même temps que M. Mitterrand réussissait à détourner à son profit une partie de l’électorat communiste, le PS était fortement contaminé par la vieille idéologie marxiste, voire léniniste : celle des communistes à travers l’Union de la gauche, et celle des innombrables trotskistes post-soixante-huitards ralliés au PS avant ou après 1981. Le PCF a ainsi conservé un évident magistère idéologique, reposant sur « le charme universel d’Octobre » (François Furet), sur le mythe du « grand parti de la classe ouvrière » et sur une mémoire glorieuse de la Résistance.
Je ne suis pas bien sûr qu’il en soit autrement aujourd’hui ; je veux bien entendre que le PS ait abandonné, de facto, le dirigisme économique et l’étatisme, Jospin ayant plus privatisé que n’importe quel autre premier ministre, Royal s’opposant à Bayrou sur ce point, mais un retour en arrière est à tout moment possible et certains caciques du Parti, à la sauce Emmanuelli-Mélenchon, ne s’en laisseront pas compter. En revanche, je ne crois pas du tout que le PS ait fait son aggiornamento idéologique, et l’opposition binaire entre les riches et les pauvres constitue encore aujourd’hui le fondement de son logos, sinon de son pathos. Souvenez-vous de Hollande avant le premier tour de la présidentielle, par exemple.
Pour dire les choses autrement : s’il y a une évidente aile sociale-démocrate à la tête du PS, et dans les milieux urbains branchouilles à la mode parisianiste, relayée par la blogeoisie, par le mainstream des Sainte-Beuve du dimanche, elle n’a aucune influence sur le terrain. Les principales zones d’influence du PS aujourd’hui (Nord-Pas de Calais, Bouches-du-Rône, grand Sud-Ouest, Puy-de-Dôme, Bretagne) execrent littéralement la social-démocratie parisienne, et ne veulent qu’un coup de barre à gauche. Ce sont dans ces zones que l’extrême gauche fait aussi ses meilleurs scores. Et que, par conséquent, le chemin de Damas du PS sera encore long et semé d’embûches. Il faut pourtant bien qu’il l’emprunte.
Enfin, on pourrait danser sur les cendres du PCF, ou dire, comme Boris Vian, qu’on ira cracher sur leur tombe. Pour ma part, je ne peux me réjouir de la disparition certaine du PCF, à un moment où Besancenot obtient 4,5% des voix. A tout prendre, je préférerais des communistes faibles, qui s’entre-déchirent avec les écolos, les antilibéraux, les altercomprenants, les zoophiles et les gallinettes cendrées, plutôt que des communistes morts, et des trotskystes à 10 ou 15%.

