Les essais philosophiques, politiques et économiques de Hayek
Si vous suivez l’actualité littéraire libertarienne, vous savez sans doute qu’est sorti le mois dernier, aux Belles Lettres, les Essais de philosophie, de science politique et d’économie de ce célèbre auteur autrichien. Cet ouvrage regroupe de nombreux articles parus dans des revues diverses et variées, de la fin des années quarante aux années soixante-dix. La première partie, consacrée à l’epistémologie cognitive, à la métaphysique et à la philosophie de l’histoire, est ardue et, en un mot, chiante. Ce fut néanmoins pour moi une découverte de plusieurs textes que je ne connaissais pas, ma connaissance de l’auteur se limitant à vrai dire aux grands ouvrages classiques (Road to Serfdom, Droit, législation et liberté, ou encore la Constitution de la liberté).
La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux essais d’économie. Rien de bien folichon ni nouveau, il s’agit ici tout au plus d’approfondissement de ce qui a fait le corpus de base de la pensée hayékienne (la monnaie vecteur de l’information, les cycles de formation du capital, etc ; mieux vaut lire sa Théorie pure du capital, si vous avez la chance de la trouver. Sinon, les articles présents sur Catallaxia permettent de se faire une bonne idée des thèses de l’auteur, je crois).
La partie la plus intéressante, et de loin de mon point de vue, est par conséquent la deuxième, consacrée aux articles “politiques” de Hayek, plus liés à l’actualité de son époque, quoique très profonds. Evidemment, on y trouve des développements de thèses ultérieures (ordre spontané, poids de la tradition, lutte contre le rationalisme extrême, etc). On y trouve surtout des éclairages tout à fait intéressants sur la synthèse qu’il a mené jusqu’à la fondation de la Société du Mont-Pèlerin ; des explications sur le poids des mythes en histoire ; ou encore le désormais célèbre texte consacré aux intellectuels et au socialisme, où Hayek explique que ce sont souvent les plus intelligents qui pourtant se fourvoient dans l’erreur collectiviste, et donne des éléments d’explication tout à fait convaincants. Ce texte est à lire avec celui-là, qui d’une certaine manière le prolonge.
Enfin, je voudrais souligner la qualité irréprochable, voire la qualité littéraire tout court, de la traduction diligentée par Christophe Piton (lequel a du reste rédigé une préface de bonne tenue). Comparée à d’autres traductions (celles d’Hervé de Quengo, qui je l’espère ne m’en voudras pas ; mais aussi celles de Raul Audouin, ce qui n’est pas une mince comparaison), je trouve que Christophe a réalisé un excellent travail. Qu’il en soit félicité, la lecture de ce bouquin de Hayek s’en révèle d’autant plus plaisante.


Je viens de m’offrir ce cadeau. Effectivement des textes d’intêret inégaux comme tout recueil d’essais. Et quelques trés bons chapitres résumant bien la pensée de Hayek.
J’en profite aussi pour faire la pub de Human Action de Mises qui vient d’être ré édité par Liberty Fund (en avril dernier).
Pour moins de 30 euros sur amazon, vous avez l’intégrale en 4 volumes de cette oeuvre et son coffret de très bonne qualité. (et malheureusement en anglais..)
1000 pages, 3 kg de libéralisme 100% pure école autrichienne..
Je l’ai acheté aussi chez amazon, mais toujours eu le temps de le lire (ou plutôt devrais-je dire la flemme de le lire :p). Tout juste lu l’intro (résumé sur l’équilibre de la société par l’imitation, etc.), je commencerai donc la deuxième partie puisque tu le dis
Lire Human Action en anglais n’est pas franchement simple. Si vous avez quelques soucis avec la langue de Shakespeare, il y a toujours la possibilité de lire en ligne (et je crois, assez agréablement) la traduction de Raoul Audouin sur Librairal (nouveau site de la galaxie liberaux.org):
Une précision toutefois : il y a dans la première partie du recueil, un article intitulé “Le résultat de l’action humaine mais non d’un dessein humain” ; il faut le lire attentivement, c’est un travail d’étape entre la Constitution de la liberté et Droit, législation et liberté ; il semble que, au tournant des années soixante, Hayek se soit penché attentivement sur Hume et Ferguson, et sa conception de l’ordre spontané s’est vraiment clarifiée à ce moment-là. Ce texte constitue presque un résumé du premier tome de DLL, ce qui en fait un article intéressant - pour qui s’intéresse à l’historiographie d’Hayek, évidemment !
Ah la la, merci Copeau! Je viens de lire l’article en question, ça m’a donné envie de replonger dans la lecture… Très bon résumé en quelques pages d’une grande partie de la pensée hayekienne, une réflexion sur les phénomènes intermédiaires entre ceux qui sont purement naturels et ceux qui sont planifiés, et une autre réflexion sur l’évolution positive dangereuse de la justice qui avance en oubliant que les règles naturelles “inorganisées” pouvaient être découvertes.
A quoi ça sert de se griller les yeux devant l’ordi en lisant de gros pdf en anglais alors qu’en quelques pages il a presque tout résumer! Sacré Hayek quand même, tout est redoutablement clair chez lui, impossible de ne pas être libéral après l’avoir lu! Ca me rappelle de bons souvenirs avec La route de la servitude qui m’a radicalement changé. C’est un dieu!!! :p
Copeau j’ai survolé un peu ton blog je suis vraiment très impressionné par ta culture et ton goût pour la lecture! Tu es un mec très dangereux!