Le nouveau gouvernement
Je n’ai pas encore commenté l’élection de Sarko, la nomination de Fillon ni même celle de son gouvernement, je ne souhaite pas nécessairement me rattraper ici, car je mène par ailleurs un projet long, un peu fastidieux et chronophage, dont je vous ferai part bientôt.
Il y a au sein du gouvernement quelques points que je voudrais souligner. Le premier est la nomination d’Eric Besson. Je la trouve inutile et néfaste. Il s’agit d’un lieutenant de Jospin (voire même un sergent), qui n’a pas pour l’instant fait montre de compétence aiguë à ma connaissance, qui, essentiellement par le truchement de sa femme Sylvie Brunel (l’excellente Sylvie, dont je vous conseille tous les bouquins, notamment la Faim dans le monde - une tragédie banalisée), a déterré le tomahawk contre le parti socialiste il y a peu. Sarko, par cette nomination, ne cherche qu’à atomiser un peu plus le PS. Il n’y a rien d’autre qui justifie cette entrée au gouvernement, et c’est un peu famélique comme argument. D’autant qu’il s’agit d’un beau ministère, celui de la prospective et de l’évaluation de la politique publique, l’un des plus intéressants, où il y a tant à faire. Il aurait mérité un bien meilleur traitement politique qu’un Besson dont on n’entendra plus parler dans les prochaines années.
Je vois en revanche d’un très bon oeil la nomination de Kouchner au Quai d’Orsay. Je ne comprends pas ceux qui parlent de débauchage. Ces derniers continuent de raisonner sur un axe débile gauche/droite, dont on ne sortirait pas, ils n’ont pas compris le score de Bayrou, le fait qu’il y a à droite comme à gauche des personnalités qui sont bien plus proches du centre que de la polarité. C’est le cas de Kouchner, qui n’a strictement rien à voir avec Mélenchon, si toutefois il a quelque chose à voir avec Hollande, ce qui reste à prouver. Sa nomination ne me surprend donc pas du tout.
Je suis aussi très satisfait de la création d’un grand ministère du développement durable. Je ne partage pas les craintes de nombre de mes amis sur ce sujet épineux, ou pour être plus précis je n’ai pas d’opposition de principe. Je ne m’étends pas plus ici.
Le reste est assez classique et indifférent, y compris la nomination de Rachida, pour ne citer qu’elle.
Un dernier point : c’est bien que Sarko assume sa vie privée, sa famille recomposée. C’est vrai que pour cette génération de politiques, c’est monnaie courante d’avoir une vie privée tumultueuse. Regardez aussi Juppé, MAM, et tant d’autres. Mais Sarko a la particularité de mieux assumer cet état de fait, cette femme qui vote vraisemblablement à gauche, les deux filles de Jacques Martin. Ségo et son faux couple feraient bien d’en prendre de la graine. Mais c’est bien aussi qu’il y a une nouvelle génération qui entre au gouvernement, et notez bien que leur vie privée est bien moins compliquée que celle de leurs aînés. Je n’ai rien contre les famille recomposées, mais il me semble que la génération des quadras est un peu plus en phase avec l’ensemble de la population que celle des quinquas, qui est la vraie génération soixante-huitarde, à droite comme à gauche.
Je fais partie de ceux qui applaudissent la bonne nouvelle que représente l’entrée de Kouchner dans le gouvernement. J’ose espérer qu’il saura filer un bon coup de pied dans cette citadelle du conformisme qu’est le Quai d’orsay et insuffler une dynamique plus en phase avec le monde réel.
Je vous rejoins également sur le cas Besson, quitte à faire appel à un socialiste pour ce poste, il me semble qu’un Bockel aurait été nettement plus judicieux. Ce dernier aurait-il accepté? A-t-il été seulement contacté?
En revanche, je ne décolère pas de la présence du multi-récidiviste Juppé.
Entièrement d’accord, pour Bockel comme pour Juppé. Concernant ce dernier, j’ai toutefois une remarque à formuler : je trouve important d’avoir créé un ministère de l’écologie, du développement durable et de la production énergie (ce n’est pas la formulation exacte, mais le fond y est). Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur la question du développement durable : je partage à la fois les critiques de l’institut économique Molinari opposées au principe de précaution (qui n’est pas la même chose), mais suis en même temps sensible aux arguments réchauffistes. Par conséquent, je pense qu’il ne faut surtout pas laisser aux scientifiques la bride sur le collier. Et que la constitution de ce grand ministère peut faire oeuvre salutaire, en mettant autour de la table beaucoup d’intervenants, y compris producteurs d’énergie, ce qui est vraiment nouveau en France. C’est du débat et de la confrontation des points de vue qu’on sortira de ce jusqu’au-boutisme environnementaliste qui fait fureur depuis un an ou deux.
Je salue aussi la présence de Kouchner au gouvernement, dans un poste qu’il n’espérait plus tant il l’a attendu. Il devient d’ailleurs le doyen du gouvernement.
Ce gouvernement, justement, a une pyramide des âges étonnamment équilibrée. Sur les 15 ministres, 5 sont sexagénaires, 5 sont quinquagénaires, et 5 sont quadragénaires (si l’on vieillit Valérie Pécresse qui ne fêtera ses 40 ans que le 14 Juillet).
C’est rare d’avoir une telle proportion de quadras au gouvernement ; c’est très bien, d’autant que peu sont énarques.
[...] Je parlais de Kouchner et Besson dans le premier gouvernement Fillon, et à présent, comme on s’y attendait, Jean-Marie Bockel, le député-maire de Mulhouse, vient d’entrer dans le gouvernement Fillon II. Au nez et à la barbe d’Adrien Zeller et de Fabienne Keller, les deux hérauts UMP de la région. La nomination de Bockel me semble certes tout autant dictée par des considérations et ambitions d’ordre personnel que par sa volonté de promouvoir le social-libéralisme. Grand bien lui en fasse. [...]