Immobilier, immobilisme ; médecine, aspirine
Je reconnais bien volontiers que la gauche a parfois raison. Et que les promesses dispendieuses du nouveau gouvernement méritent la volée de bois vert que celle-ci leur inflige. Je ne citerai que deux exemples.
Le premier, c’est la vraie-fausse déduction fiscale (ou crédit d’impôt, ou exonération partielle, merci de m’expliquer si vous avez compris) des intérêts des emprunts contractés pour acquérir un logement. L’idée, a priori, va dans le bon sens, dans la mesure où la première des libertés découle du droit de propriété. Pour autant, outre le flou et le cafouillage gouvernemental, je voudrais m’arrêter un instant sur ces promesses de Tartuffe. Quelle est fondamentalement l’idée ? Non pas seulement de promouvoir une France de propriétaires, car sinon il aurait été tout aussi profitable, sinon plus, d’aider les personnes qui accèdent pour la première fois, par exemple en augmentant considérablement le montant que l’on peut emprunter à taux zéro, ou de mille autres manières. L’idée, c’est de réduire la pression fiscale pour ceux qui accèdent – ou ont accéder il y a peu – à la propriété. Ce qui n’est pas du tout la même chose. On considère que ce sera une incitation suffisante. Pour autant :
* le coût de cette mesure (à finaliser, certes) est faramineux, de l’ordre de 4,5 milliards d’euros. C’est donc une nouvelle mesure, une de plus, qui vient s’ajouter aux déjà nombreuses dépenses du candidat Sarkozy.
* Cette mesure n’est absolument pas équilibrée par une diminution des dépenses d’un montant équivalent, qui la rendrait budgétairement neutre.
* La conséquence évidente, loin d’être un allègement de la pression fiscale, sera au contraire un alourdissement de celle-ci. Il n’y aura donc qu’un transfert fiscal depuis les accédants à la propriété vers d’autres contribuables.
* Par ailleurs, vous connaissez sans doute des gens de votre entourage qui ont acheté leur logement il y a quatre ou cinq ans. Avec l’envolée des prix de l’immobilier, ils ont réalisé (grand bien leur en fasse) une excellente opération et ont parfois un logement dont la valeur vénale est aujourd’hui le double du prix d’achat. Ils se sont donc considérablement enrichis. Certains sont même assujettis à l’ISF à ce titre (dont Sarko, tiens). Je ne vois pas très bien l’intérêt de faire financer par le contribuable les allègements fiscaux de ces personnes.
* Enfin, chacun sait fort bien que le prix de l’immobilier, du fait de l’engouement généré par cette mesure, va encore monter dans les prochaines années. Qui en bénéficiera ? tout d’abord ceux qui sont déjà propriétaires, et ensuite, quoique dans une moindre mesure, les nouveaux accédants. Et aussi les professionnels de l’immobilier, bien sûr.
Moralité ? Cette sympathique mesure n’est qu’un transfert fiscal au profit des propriétaires les plus anciens, ce qui est exactement l’inverse du but recherché.
Mon second exemple est issu de la nième réforme de l’assurance maladie qu’on nous promet, depuis que le comité d’alerte sur les comptes de l’assurance maladie a tiré le signal d’alarme. On croit rêver : il ne s’agit pas d’une perspective de déficit, ni même d’important déficit, mais simplement du risque de dépasser d’une broutille (2 milliards d’euros, c’est le prix de la construction d’une autoroute) le déficit prévisionnel (qui était déjà considérable).
Il faudrait donc considérablement réduire le montant des dépenses de santé, sous toutes leurs formes.
Quelles sont les mesures que le gouvernement prévoit pour remédier à cet état de fait ? de renforcer la prescription de génériques, de contrôler les affections de longue durée et les indemnités journalières, d’instaurer des pénalités de remboursement pour les patients qui ne respectent pas le parcours de soins, le non remboursement des médicaments ayant un équivalent générique, un forfait, même minime, sur les boîtes de médicaments.
Autrement dit : de pénaliser le patient.
En parallèle, les médecins vont obtenir une revalorisation de 2€ de leurs actes médicaux.
Regardons le système tel qu’il fonctionne : les patients sont fliqués, la sécu rembourse de moins en moins, et les médecins, eux, gagnent de plus en plus. Mieux : au moins ils jouent le jeu de la sécu, au plus ils s’y opposent et jouent le rapport de force, et au plus ils y gagnent.
Je ne sais pas si c’est une bonne idée que de mettre la sécu en concurrence avec des sociétés privées ; en tout cas, je suis certain que ceux qui ont le plus à perdre d’une modification profonde du système, ce sont bien les professionnels de santé. Ils sont abreuvés de remboursements comme les agriculteurs le sont de subventions européennes.
Pardon pour ces quelques mots relatifs à l’actualité, ça m’arrive assez rarement, je ne recommencerai pas, c’est promis.


