30 avril 2007

Menteurs !

> politique — Copeau à 10:34

Je ne suis pas complètement naïf (quoique) et sais bien que les élections sont par définition le trottoir le plus fréquenté de la prostitution politique. Mais je ne peux rester sans voix devant le n’importe quoi électoraliste qui a cours en ce moment en France. Comme par enchantement, Royal et Bayrou se trouvent des points communs, des accords, de nombreux terrains d’entente, si j’en crois le débat télévisé de samedi matin. Ben voyons. Consultez un peu ce cache Google et vous (re)lirez ce que pensait le parti socialiste itself avant le premier tour des présidentielles. Je parle à l’imparfait, parce que, comme par enchantement là encore, ce blog a étrangement disparu depuis. J’ai entre les mains le numéro de l’hebdo des socialistes consacré à Bayrou, “l’autre candidat de la droite”. No comment.

Quant à Sarkozy, je doute qu’on puisse encore le considérer comme un candidat libéral, ce que beaucoup de gens font pourtant, contre toute évidence. Faut-il vraiment choisir entre la peste étatiste et le choléra sécuritaire ?

Je crois pour ma part, histoire de varier les plaisirs, qu’après avoir voté nul au premier tour, je m’abstiendrai au second.

27 avril 2007

Solidarité !

> politique — Copeau à 8:14

On croit rêver en apprenant que Bronislaw Geremek, cette immense figure de Solidarnosc, serait menacé de perdre son mandat de député européen. Le régime polonais des frères Kaczynski lui a jeté cette menace, car il a refusé de signer la déclaration exigée de tout Polonais ayant des responsabilités publiques pour leur demander de certifier qu’ils n’ont pas collaboré avec la police politique sous le communisme. C’est la loi dite « de lustration ». Il est évident que Bronislaw a bien fait de ne rien signer, et que la police politique des frères Pétard de Varsovie ne vaut pas plus cher que la loi Gayssot chez nous, remparts dans un cas comme dans l’autre à la liberté d’expression. La vérité historique, on ne le répétera jamais assez, vient des historiens, pardon du truisme, pas des tribunaux, et encore moins du ministère de l’Intérieur.

25 avril 2007

C’est trop tard pour la terre

> écologique — Copeau à 19:29

En ces temps de campagne présidentielle, notez bien que je m’efforce de n’en point parler, ou du moins le moins possible, tant pour moi elle n’a pas le moindre intérêt, moins encore au second tour qu’au premier, où pourtant j’ai voté nul. Le choix cornélien qui sera le mien dans une semaine se résume à une alternative entre le vote blanc, le nul ou encore l’abstention.

Je préfère aborder des sujets plus intéressants, et vous faire part de ma récente lecture du premier opus de Cécile Philippe, C’est trop tard pour la terre, paru chez JC Lattès. Ce petit ouvrage de l’amie Cécile est publié dans une nouvelle collection, « idées fausses – vraies réponses », dirigée par un autre bon copain, Mathieu Laine, lequel du reste sort en même temps La France est foutue, toujours dans cette même collection.

Cécile s’interroge sur les inquiétudes que nous partageons tous quant à l’avenir de la planète et des écosystèmes. Elle cite le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources (le pétrole par exemple), le développement durable ou encore les OGM, la biodiversité, la charte de l’environnement ou la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

J’ai commis pour Amazon un panégyrique de cet ouvrage, sur lequel je ne reviendrai pas. Notez sur ce site les commentaires scandalisés des bien-pensants : nous vivons une époque où on ne peut aller à contre-courant du torrent médiatique.

Ce qui m’a plu, c’est bien évidemment cette faculté à aller à l’encontre des idées reçues, parfois avec des arguments extrêmement convaincants (OGM, principe de précaution). J’ai beaucoup apprécié également la clarté de l’exposé.

Ce qui en revanche m’a un peu déçu, et que je qualifierai volontiers de péché de jeunesse, se situe sur deux registres différents.

D’une part, je m’interroge sur l’intérêt du dernier chapitre. Celui-ci est une réponse point par point au pacte écologique de Nicolas Hulot. Très bien. Ce chapitre est d’ailleurs excellent. Seulement, il a sans doute dû être commis à une autre occasion et greffé ici maladroitement, car la quasi-totalité des arguments qu’il développe a déjà été énoncée dans les chapitres précédents. La redite non seulement n’apporte rien, mais en plus est comme un gant jeté à la face du lecteur, qui est clairement pris pour un imbécile incapable de comprendre la première fois. C’est une erreur assez impardonnable dans un livre destiné à une large diffusion.

D’autre part, et cette critique est plus grave, je conteste le choix des arguments développés dans pas mal de chapitres. Cécile fait cohabiter des arguments très forts avec d’autres à la faiblesse évidente. L’inconvénient, c’est qu’à trop vouloir démontrer on se prend les pieds dans le tapis, et que les arguments faibles tendent à masquer, par leur côté caricatural, la puissance des arguments forts. Un exemple : le réchauffement climatique. Prétendre qu’il aura (s’il a lieu) des effets positifs du genre on ne s’enrhumera plus dans nos contrées relève du grand n’importe quoi. Citer Lømborg à profusion est une chose, se raccrocher à ce que dit UN scientifique perdu parmi DES CENTAINES d’autres en est une autre. Vouloir apporter une caution scientifique assez péremptoire sur tel sujet (la fonte des glaciers, le réchauffement, la biodiversité) alors même que Cécile prétend dans le même temps qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur ces sujets (ce qui est vrai) relève du paradoxe. Je pourrais comme cela citer nombre d’autres arguments faibles.

Ces derniers côtoient d’authentiques arguments forts, et incontestables. Alors qu’elle se bat avec les chiffres pour démontrer que la variété et le volume des poissons ne diminue pas, alors que personne n’en sait rien, Cécile dit aussi que s’il existait des droits de propriété en haute mer, les risques de disparition de biodiversité marine seraient inexistants. En effet, alors qu’on croie vulgairement que les pécheurs, méchants exploiteurs capitalistes des ressources naturelles, vont épuiser les ressources en poissons à force de pratiquer une pêche toujours plus intensive, la vérité est exactement inverse. Le revenu permanent (merci Milton) des pêcheurs est constitué des profits réalisés à l’instant t et des profits actualisés qu’ils espèrent aujourd’hui pour le futur. Le poisson, ou plus exactement le « lopin de mer » que les propriétaires maritimes auraient, aurait alors un prix : il serait égal à la valeur espérée des rendements futurs de poissons ; surexploités, ces ressources perdraient en conséquence leur valeur. Les droits de propriété incitent à la prudence, à la parcimonie, à la projection dans le temps et, en un mot, à la gestion des ressources. Regardez l’état des sols et leur exploitation en Occident, où les droits de propriété existent, et en Afrique, où, à quelques exceptions près, il n’y a pas de cadastre.

A l’exception de ces quelques remarques, je vous conseille bien évidemment le bouquin de Cécile. Ne serait-ce que pour vous faire une idée sur la question, ou encore pour confronter le parti pris que nous avons tous sur ce sujet (alors que la science ne devrait jamais être le théâtre des partis pris) avec les arguments, parfois très roboratifs parfois franchement convaincants, de Cécile.

18 avril 2007

Voici mon bulletin de dimanche prochain

> comique, politique — Copeau à 8:40

16 avril 2007

Indices (d’absence) de libéralisme

> politique, ubique — Copeau à 13:49

Lu dans Le Figaro : la palme de l’originalité revient à Laurence Boone, chef économiste France de Barclays Capital qui a établi, à l’attention de ses clients, un « indice du libéralisme des candidats ». Notés de - 4 à + 4 (pour le moins libéral au plus libéral) le classement n’est pas une surprise en soi. Mais les notes si : avec - 1,8 pour Ségolène Royal et + 1,6 pour Nicolas Sarkozy, les candidats affichent des programmes économiques plutôt modérés.

«Sarkozy n’est pas un ultralibéral »

« Comparé aux standards internationaux du libéralisme, Nicolas Sarkozy n’est pas un ultralibéral », explique Laurence Boone. Les critiques contre la BCE et son interventionnisme supposé coûtent des points au candidat UMP. « Remettre en cause la gouvernance de l’euro pourrait conduire à son affaiblissement et risque de relancer l’inflation, ce qui serait contre-productif », estime Laurence Boone. En revanche, Nicolas Sarkozy gagne du terrain sur sa rivale socialiste avec l’assouplissement du temps de travail et sa volonté de réduire le coût de l’emploi des salariés les moins productifs. « L’inverse de Ségolène Royal, dont la promesse de ramener le smic à 1 500 euros va renchérir le coût du travail non qualifié », estime Laurence Boone. Si les électeurs sont encore indécis, les investisseurs étrangers, eux, savent à quoi s’en tenir.

14 avril 2007

La France et son Etat

> philosophique, politique — Copeau à 21:28

Depuis toujours, la France s’identifie à son Etat et la remise en cause de cet Etat - en dehors de ses fonctions régaliennes que personne ne discute chez les libéraux, bien au contraire - est vécue comme une sorte de mutilation de l’identité française. Si vous évoquez l’Allemagne, vous pensez à un peuple, les Etats-Unis à la liberté, l’Angleterre à une démocratie…, la France à un Etat. Toute réforme de l’Etat est vécue comme une atteinte à notre identité nationale et, bien sûr, la secte des adorateurs de l’Etat ne manque pas de s’appuyer sur ce sentiment populaire. (Alain Madelin, Psychanalyse de l’antilibéralisme, “La démocratie redevient libérale”)

13 avril 2007

A propos des blocages de la société française

> philosophique — Copeau à 11:00

Tocqueville écrivait : « Le gouvernement ayant ainsi pris la place de la Providence, il est naturel que chacun l’invoque dans ses nécessités particulières ».

Son jugement, issu de l’Ancien Régime et la Révolution, évoquait au milieu du XIXe siècle une situation du début du XVIIe, et qui… reste encore parfaitement vraie aujourd’hui. Il y a chez le commun des mortels français, un amour intact pour la vie de fonctionnaire, malgré les récentes polémiques au sujet de l’ENA. Fonctionnaires du reste victimes d’une surqualification massive dans leurs fonctions, d’où il résulte pour eux une amertume sans borne.

C’est d’autant plus frappant que dans bien des pays, au contraire, l’Etat peine à recruter.

C’est l’incertitude que les Français veulent éviter (souvenez-vous de la crise du CPE), tout comme du temps de l’Ancien régime, lorsque la société était structurée et prévisible.

Alors que le mouvement du monde exige de plus en plus d’interdépendance et de coopération.

On pourrait ainsi citer de nombreux exemples de mauvaise adéquation des moyens aux besoins, et cette liste est tout sauf exhaustive :

-   il est presque impossible d’obtenir l’envoi des professeurs les plus expérimentés dans les classes les plus difficiles
-  la géographie de l’implantation de la police et de la gendarmerie est restée inchangée de 1942 à 2002, année où elle commence à être réformée
-  en 2000, DSK a perdu son portefeuille de ministre des Finances pour avoir voulu fusionner deux directions de son ministère afin d’abaisser le coût et de faciliter la collecte de l’impôt, pourtant une des plus onéreuses d’Europe
- il y a huit fois plus de centres des impôts par million d’habitants en France qu’en Angleterre ou en Allemagne, et un tiers ont moins de 4 agents

Ce conservatisme se retrouve chez les cadres d’entreprise : ils ont le sentiment que leur situation se dégrade, leur taux de syndicalisation est ainsi plus élevé que celui des ouvriers !

Il y a une particularité française, bien soulevée par Philippe Delmas dans Il n’y a pas de malheur français (Grasset, 2007) : la relation avec l’Etat est plus ancienne et plus profonde qu’avec la démocratie. Bien avant la démocratie, l’Etat moderne a instauré certaines formes d’égalité. Les Français ont continué aujourd’hui à attendre de l’Etat qu’il garantisse l’égalité et organise les inégalités acceptables. (Elles le sont quand elles résultent d’une règle, d’une codification connue, donc d’un statut ; ce qui signifie que tout groupe se percevant dans une situation d’inégalité s’estime fondé à demander réparation de ce préjudice à l’Etat ; car il y a bien sûr un effet pervers évident : ce n’est pas l’égalité qui conduit ce mouvement mais l’envie).

On arrive ainsi à une « société de statuts », or cette rigide conception de l’égalité est à rebours de la compétition entre les individus que la démocratie suscite spontanément. Et cette deuxième tendance l’emporte inexorablement sur la première en raison de la prévalence des intérêts personnels de chacun.

Je crois qu’il y a là, n’en déplaise à Philippe, une des principales racines du mal français.

6 avril 2007

C’est beau le 9-3

> politique, ubique — Copeau à 8:23

On nous dit toujours que la Seine-Saint-Denis est l’un des départements les plus moches de France. Moi je trouve au contraire que c’est un véritable pays de cocagne. Vous faites grève ? Pas grave, le conseil général est là pour vous aider à mener la lutte contre ces enculés de patrons. Ambiance hot dog-frites et blagues à la con incluse, pour pas un euro de plus. Suis-je le seul à trouver cette initiative du département du 9-3 non seulement immorale, mais, au surplus, relevant d’une infraction manifeste au code pénal ?

Le conseil général de Seine-Saint-Denis a indiqué le 3 avril avoir voté “une aide exceptionnelle” de 20.000 euros aux salariés de PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en grève depuis le 28 février. Mais le 5 avril, l’opposition UMP au conseil général (PCF) a annoncé son intention de déposer un recours contre cette décision.
Il est prévu que l’aide soit versée sous forme d’aides sociales aux familles des grévistes via une association, “Entraide solidarité Salarié 93 et Famille”, reçue le 2 avril par le président PCF du conseil général, Hervé Bramy, précise l’instance départementale dans un communiqué.
Le conseil général “affirme aujourd’hui sa solidarité avec les familles des salariés” et cette solidarité “doit être comprise par la direction de l’entreprise comme une forte exigence de vraies négociations sur les salaires et le recul de la précarité”, explique Hervé Bramy.
Patrice Calméjane, membre UMP de la commission permanente et maire de Villemonble a quant à lui annoncé sa décision de «déposer dans les prochaines semaines un recours gracieux devant le préfet contre ce détournement de fonds publics au service d’une action politique”.
Le maire de Villemonble se réserve aussi la possibilité d’un recours ultérieur devant le tribunal administratif, rappelant que “plusieurs arrêts du Conseil d’Etat confirment l’interdiction pour une collectivité de s’immiscer dans un conflit politique ou collectif via des subventions”. Les deux recours ne sont pas suspensifs.
Patrice Calméjane rappelle que les aides aux familles en difficulté “doivent relever du droit commun”, et donc des centres communaux d’action sociale.

Le meilleur et le pire

> politique — Copeau à 8:18

Bayrou nous a habitués à souffler le chaud et le froid, car avec lui le meilleur côtoie le pire. Un autre exemple en a été donné hier, je vous livre la dépêche, non sans préciser que, bien évidemment, François a ici totalement raison :

François Bayrou s’est opposé le 5 avril à la proposition de sa rivale socialiste, Ségolène Royal, de créer “un service public de la petite enfance”, en la jugeant “irréaliste” et “fallacieuse”.
“Faire un service public de plus, avec la crise de l’Etat, ça ne me paraît pas la solution idéale. C’est une idée d’un autre temps, irréaliste et fallacieuse, de penser que l’Etat résolve tout à la place” des citoyens, des associations…, a déclaré le candidat UDF à la présidentielle lors du débat organisé à Sciences-Po Paris par le magazine féminin Elle sur le thème “Ce que veulent les femmes”.
“L’idée qu’il y a un papa ou une maman au-dessus de nous qui va s’occuper de tout me paraît trompeuse (…) Je ne suis pas pour des réponses collectives, mais plus ciblées et plus souples”, a-t-il encore dit.

5 avril 2007

Les deux paris de Ségolène

> politique — Copeau à 14:21

Je ne peux m’empêcher de me souvenir de ce texte d’Eric, écrit il y a déjà deux mois environ. Je le trouve toujours aussi pertinent : le voici donc à votre (re)lecture.

Ségolène a deux paris. Le premier est que son charisme, pour ne pas dire son charme, lui permette de créer une relation particulière avec les Français. Puis, forte de leur confiance, de les convaincre d’accepter le mouvement malgré cette angoisse de l’avenir qui les paralyse. La suite du pari veut qu’elle choisisse de bons conseillers et qu’elle les écoute. Elle emmène la France à « tout revoir, tout repenser et ne craindre ni d’imaginer ni d’inventer », elle dit en somme « en route », puis laisse ses proches étudier les directions des solutions concrètes.
Etant donné la pagaille qui semble régner dans le camp Royal, on n’est pas sûr qu’elle coordonne bien ses experts ni qu’elle étudie assez leurs dossiers. Ce premier pari n’est donc pas bien parti. Il n’est pas perdu pour autant.
Le second porte sur le fond. Ségolène Royal a des intuitions qui collent à l’air du temps. Il en est ainsi de la « démocratie participative », qui répond à la crise du politique. Cette crise, décrite par l’historien Pierre Rosanvallon, habite Ségolène Royal. Elle sent, elle sait, elle a raison : l’envie de parler, de s’exprimer, de participer, de dire sa vie, est immense à notre époque. TF1 comme les sites Internet (YouTube) en font leur jolis profits.
« Il faut écouter les gens » : Ségolène Royal a cassé le moule ancien de la démocratie représentative. Le revers est que la recomposition reste tâtonnante, porteuse d’illusions et que Mme Royal ne les évite pas toutes.
L’autre intuition est économique. On va ici sans doute surprendre, mais la bonne réponse à la grande question de la mondialisation, c’est elle qui la détient. Ecoutez la première partie de son discours de Villepinte : « Nous sommes un pays d’excellence technologique où pas un jour ne passe sans que des hommes et des femmes se lancent pour donner corps à un projet créateur d’activité, de valeur et d’emploi. Je suis reconnaissante à ces entrepreneurs du risque (…). Je sais gré à ces PME qui sont nos premières créatrices d’emploi. » « L’inventivité des entrepreneurs doit être reconnue », Mme Royal veut faire de la France un immense « atelier de la création ».
Innover, donc. Ecoutez ensuite la troisième partie du discours, concernant l’école. « C’est l’éducation qui tient tout l’édifice », dit la candidate. « Elle sera au coeur de tout et en avant de tout ». Et de détailler, de la maternelle à l’université, comment elle veut « donner à tous la même éducation qu’à ses propres enfants ». L’école pour rétablir l’égalité des chances, bien sûr, mais aussi, et surtout, pour entrer au plus haut niveau dans « la société de la connaissance ».
Face à la Chine, la France doit dare-dare rehausser sa productivité en innovant, elle doit faire naître des PMI conquérantes capables de régénérer son tissu productif et de se substituer aux grandes du CAC 40, qui ni n’investissent ni ne créent plus beaucoup d’emplois en France. Elle doit, c’est l’autre versant de la même exigence, donner aux jeunes Français une forte qualification et un goût pour la création de produits, d’activité, de valeur. Ne cherchez pas : c’est LA réponse à la mondialisation. Il n’y en a pas d’autres.
Nicolas Sarkozy, lui, sous l’influence de son conseiller Henri Guaino, s’éloigne du libéralisme pour s’enfoncer dans la nostalgie du capitalisme d’Etat. La suppression des droits de succession en fait, au même moment, le défenseur des fortunes acquises. Bref, économiquement, Nicolas Sarkozy laisse libre le boulevard de la modernité : intuitivement, Ségolène Royal a compris que le couple innover-former lui permettait de l’occuper.
Hélas, ensuite, pis encore que pour le premier pari, tout se détruit. Est-ce parce que Ségolène Royal est écrasée par l’orthodoxe lourdeur des éléphants du Parti socialiste ? Est-ce parce qu’elle même n’a pas les idées claires et que le côté noir de sa force, appelons cela le conservatisme populisto-régionalo-syndical, reprend le dessus ? En tout cas, la modernité du discours ne se retrouve pas dans la liste des 100 propositions de son « pacte présidentiel » présenté à Villepinte. Même l’encouragement de la recherche n’est vu qu’au travers des crédits publics. Le soutien aux PME est devenu vague.
En vérité, on avait déjà eu un petit doute le 14 janvier quand, visitant « cette France qui réussit », elle s’était extasiée devant une presse à huile d’un éleveur de brebis… En 1981, le candidat François Mitterrand était allé, lui, visiter le Salon des composants électroniques. La reconnaissance verbale des « PME du risque » ne serait-elle que le paravent qui cache la dénonciation recuite des grosses sociétés et « des forces de l’argent » ?
Augmenter le SMIC, revaloriser les retraites, grossir les allocations, conditionner les aides aux entreprises, créer 500 000 emplois publics pour les jeunes…, la liste de la société socialiste de l’assistanat était longue, elle en rajoute encore dans la volonté de « protection », de la naissance à la mort, jusqu’à épauler l’archéo en chef, José Bové, contre les OGM.
Ségolène Royal, l’art de gâcher ses intuitions ? La raison est que Mme Royal ne peut pas avancer seule, ambiguë elle-même, au sein d’un parti qui s’est volontairement enfermé dans la stérilité intellectuelle. Tout bouge autour du PS, les économistes, les sociologues, décrivent une société neuve, des souffrances neuves, des solutions neuves. Ségolène Royal le sent. C’est tout, hélas.
Eric Le Boucher

La dernière campagne présidentielle à la télé

> numérique, politique — Copeau à 7:59

Comme vous le savez, le CSA réglemente avec une grande fermeté le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle, de manière très simple (sinon simpliste) : pour une minute consacrée à tel candidat, il faut réserver sur la même antenne ou le même support 11 minutes pour les 11 autres candidats. Mieux encore, lorsque la campagne officielle débutera, le temps de parole ne sera plus décompté qu’à la minute près, mais encore dans les mêmes conditions de présentation.

Moralité ? L’extrême gauche, avec ses cinq candidats, a donc cinq fois plus de temps de parole que, disons, la candidate socialiste, alors qu’a priori, cela semble un tantinet injuste et biaisé. Un illustre inconnu (et il y en a au moins deux dans cette campagne) fait jeu égal avec un vieux briscard (je n’ai pas dit roublard, on peut en débattre longtemps) de la politique.

On peut trouver légitime de permettre à toutes les forces en présence d’être représentées, mais il y a là un biais qui, me semble-t-il, est évident. Une logique poussée à l’extrême, jusqu’à en devenir absurde.

Heureusement, la parade existe, et, comme le disait Serge July ce matin sur RTL, nous n’avons qu’à prendre encore un peu notre mal en patience ; en effet, ces élections présidentielles seront sans doute les dernières à se dérouler de la sorte. Les prochaines auront lieu sur le net, car tout le monde ou presque aura accès au haut débit et aux vidéos en ligne. Les électeurs y feront leur marché politique, les candidats y concentreront toutes leurs forces. L’absence de débat télévisé cette année, voulue par Sarko si j’ai bien compris, n’en est que le prélude. Il y aura peut-être des débats à la sauce Bayrou, directement sur le net.

Et s’il y a une seule chose certaine, c’est celle-ci : le CSA n’y pourra strictement rien du tout.

J’ajoute : et ce sera très bien ainsi.

1 avril 2007

Anselme

> philosophique — Copeau à 10:13

J’aime beaucoup cette citation :

Qui dit gouvernement, dit négation du peuple;

Qui dit négation du peuple, dit affirmation de l’autorité politique;

Qui dit affirmation de l’autorité politique, dit dépendance individuelle;

Qui dit dépendance individuelle, dit suprématie de caste;

Qui dit suprématie de caste, dit inégalité;

Qui dit inégalité, dit antagonisme;

Qui dit antagonisme, dit guerre civile;

Donc qui dit gouvernement, dit guerre civile.

Anselme Bellegarrigue

Sur ce, je vous abandonne quelques jours.