25 avril 2007

C’est trop tard pour la terre

> écologique — Copeau à 19:29

En ces temps de campagne présidentielle, notez bien que je m’efforce de n’en point parler, ou du moins le moins possible, tant pour moi elle n’a pas le moindre intérêt, moins encore au second tour qu’au premier, où pourtant j’ai voté nul. Le choix cornélien qui sera le mien dans une semaine se résume à une alternative entre le vote blanc, le nul ou encore l’abstention.

Je préfère aborder des sujets plus intéressants, et vous faire part de ma récente lecture du premier opus de Cécile Philippe, C’est trop tard pour la terre, paru chez JC Lattès. Ce petit ouvrage de l’amie Cécile est publié dans une nouvelle collection, « idées fausses – vraies réponses », dirigée par un autre bon copain, Mathieu Laine, lequel du reste sort en même temps La France est foutue, toujours dans cette même collection.

Cécile s’interroge sur les inquiétudes que nous partageons tous quant à l’avenir de la planète et des écosystèmes. Elle cite le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources (le pétrole par exemple), le développement durable ou encore les OGM, la biodiversité, la charte de l’environnement ou la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

J’ai commis pour Amazon un panégyrique de cet ouvrage, sur lequel je ne reviendrai pas. Notez sur ce site les commentaires scandalisés des bien-pensants : nous vivons une époque où on ne peut aller à contre-courant du torrent médiatique.

Ce qui m’a plu, c’est bien évidemment cette faculté à aller à l’encontre des idées reçues, parfois avec des arguments extrêmement convaincants (OGM, principe de précaution). J’ai beaucoup apprécié également la clarté de l’exposé.

Ce qui en revanche m’a un peu déçu, et que je qualifierai volontiers de péché de jeunesse, se situe sur deux registres différents.

D’une part, je m’interroge sur l’intérêt du dernier chapitre. Celui-ci est une réponse point par point au pacte écologique de Nicolas Hulot. Très bien. Ce chapitre est d’ailleurs excellent. Seulement, il a sans doute dû être commis à une autre occasion et greffé ici maladroitement, car la quasi-totalité des arguments qu’il développe a déjà été énoncée dans les chapitres précédents. La redite non seulement n’apporte rien, mais en plus est comme un gant jeté à la face du lecteur, qui est clairement pris pour un imbécile incapable de comprendre la première fois. C’est une erreur assez impardonnable dans un livre destiné à une large diffusion.

D’autre part, et cette critique est plus grave, je conteste le choix des arguments développés dans pas mal de chapitres. Cécile fait cohabiter des arguments très forts avec d’autres à la faiblesse évidente. L’inconvénient, c’est qu’à trop vouloir démontrer on se prend les pieds dans le tapis, et que les arguments faibles tendent à masquer, par leur côté caricatural, la puissance des arguments forts. Un exemple : le réchauffement climatique. Prétendre qu’il aura (s’il a lieu) des effets positifs du genre on ne s’enrhumera plus dans nos contrées relève du grand n’importe quoi. Citer Lømborg à profusion est une chose, se raccrocher à ce que dit UN scientifique perdu parmi DES CENTAINES d’autres en est une autre. Vouloir apporter une caution scientifique assez péremptoire sur tel sujet (la fonte des glaciers, le réchauffement, la biodiversité) alors même que Cécile prétend dans le même temps qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur ces sujets (ce qui est vrai) relève du paradoxe. Je pourrais comme cela citer nombre d’autres arguments faibles.

Ces derniers côtoient d’authentiques arguments forts, et incontestables. Alors qu’elle se bat avec les chiffres pour démontrer que la variété et le volume des poissons ne diminue pas, alors que personne n’en sait rien, Cécile dit aussi que s’il existait des droits de propriété en haute mer, les risques de disparition de biodiversité marine seraient inexistants. En effet, alors qu’on croie vulgairement que les pécheurs, méchants exploiteurs capitalistes des ressources naturelles, vont épuiser les ressources en poissons à force de pratiquer une pêche toujours plus intensive, la vérité est exactement inverse. Le revenu permanent (merci Milton) des pêcheurs est constitué des profits réalisés à l’instant t et des profits actualisés qu’ils espèrent aujourd’hui pour le futur. Le poisson, ou plus exactement le « lopin de mer » que les propriétaires maritimes auraient, aurait alors un prix : il serait égal à la valeur espérée des rendements futurs de poissons ; surexploités, ces ressources perdraient en conséquence leur valeur. Les droits de propriété incitent à la prudence, à la parcimonie, à la projection dans le temps et, en un mot, à la gestion des ressources. Regardez l’état des sols et leur exploitation en Occident, où les droits de propriété existent, et en Afrique, où, à quelques exceptions près, il n’y a pas de cadastre.

A l’exception de ces quelques remarques, je vous conseille bien évidemment le bouquin de Cécile. Ne serait-ce que pour vous faire une idée sur la question, ou encore pour confronter le parti pris que nous avons tous sur ce sujet (alors que la science ne devrait jamais être le théâtre des partis pris) avec les arguments, parfois très roboratifs parfois franchement convaincants, de Cécile.