Battisti, Copacabana, Ipanema
A propos de l’”affaire Battisti”, la Lime a écrit un commentaire qui me semble parfaitement judicieux et intelligent, je vous livre ici sa substantifique moëlle :
Les plus malins détournent l’attention de l’essentiel indéfendable que je viens de rappeler pour se concentrer sur l’accessoire, à savoir un affreux, forcément affreux, soupçon de manoeuvre électoraliste de Nicolas Sarkozy.
C’est du vent : non pas que le soupçon soit infondé, mais quelle influence a le sort de Cesare Battisti sur la campagne électorale en cours ? Si c’est une manoeuvre électorale, elle n’est pas bien conséquente.
A choisir, la propension d’une certaine gauche à innocenter un criminel du simple fait de ses appartenances politiques me paraît bien plus grave.
Si il y a une affaire Battisti, elle n’est pas judiciaire, ce volet est clos, elle est politique : comment admettre qu’en France, en 2007, certains préconisent la justice politique, indulgente pour les crimes de gauche, sévère pour les crimes de droite ?


Elle ne serait donc pas conséquente, l’affaire Battisti? Bon, alors pourquoi est-ce que je n’entends parler (presque) de cela? Ca fait la une des journaux, on en parle sur les blogs, ce n’est sans doute pas si négligeable. J’en ai plus entendu parler que du vote électronique qui dans les faits me paraît plus important et plus inquiétant pour la démocratie et l’élection présidentielle. Ce n’est peut-être pas si innocent que ça à l’heure où chaque point compte.
Et pour l’accusation à l’égard des gauchistes, les plus raisonnables demandent simplement un nouveau procès, ce qui au vu des éléments, des circonstances historiques des dénonciations et de la non reconnaissance des faits par l’auteur, ne me paraît pas stalinien. Vous avez l’air de considérer que l’affaire n’est politique que maintenant en France, comme si son procès n’avait été qu’équitable en Italie, ne s’intéressant qu’au seuls problèmes criminels( Ah ah ah, l’idée même est risible). C’est politique depuis le début et un rejugement équitable avec un peu de distance mettrait tous les gens de bien; de droite comme de gauche plus à l’aise.
Il me semble que la France n’a pas de jugement à porter sur la justice italienne ; c’est à l’Italie de se poser la question d’un nouveau procès ou pas.
Au passage, je ne vois pas en quoi les Brigate Rosse ont fait preuve d’un humanisme tel que le doute et un nouveau jugement seraient nécessaires.
Suis pas le mieux informé sur cette affaire mais il semble que Battisti n’ait pas appartenu aux Brigades rouges come tu l’indiques mais aux “Prolétaires armés pour le communisme (Programme auquel je n’adhèrerais certainement pas”), mouvement fort différent de par sa structure et ses objectifs. Son jugement semble entaché de certaines irrégularités et un rejugement à l’heure actuelle qui serait justement plus “criminel” que politique, vu les années qui ont passé apporterait une lumière plus directe sur ce cas. Peut-être même pour le recondamner à la même peine si c’est ce qui paraît le plus adapté.
En ce qui concerne ta remarque sur l’”humanité des brigades Rouges”, bien sûr que ce sont des ordures mais ce serait bien d’avoir une justice qui s’élève un peu au dessus du niveau des gens qu’elle condamne
Battisti n’est d’ailleurs pas le seul dans cas; d’autres figures de l’extrême gauche italienne semblent avoir été condamnées un peu hâtivement sans trop de preuves et sur accusations de repentis, logiquement contents d’avoir quelqu’un à dénoncer pour en réchapper (curieux système, une justice basée sur la délation!)
La justice italienne ne semble pas avoir trop hésité à juger à tour de bras les gauchistes en les assimilant aux crapules des Brigades Rouges, comme tu le fais.
C’est une justice d’Etat ( ne me dis pas que tu vas défendre ce genre de choses, toi le libertarien!) qui s’est mise en place et pas une justice citoyenne. C’est bien que des gens s’insurgent contre ça;même si ce n’est pas leur pays et même si c’est parfois un peu bêbête de gauche, (ça je te l’accorde).
Eco avait écrit en son temps un texte éminemment intelligent sur ce sujet (qu’il doit maîtriser mieux que nous) où il défendait quelqu’un du style de Battisti contre la justice italienne, je ne parviens malheureusement pas à le retrouver. Eco, c’est pas un ultra-gauchiste hyper dangereux, si?
Soyons clairs : ce n’est pas la qualité du procès italien qui pose problème en France, mais son appartenance politique. Et rien d’autre. Je le répète : faisons confiance aux Italiens. Que diraient les Français si tel pays refusait d’extrader disons, Papon ou Carlos ?
Si le procès italien était si mauvais, pourquoi (à ma connaissance) n’y a t-il pas de contestation civile d’ampleur ?
Je ne sais pas si la justice italienne est d’Etat, elle l’est sans doute moins aux assises qu’ailleurs a priori. Et pas plus que le ministère de l’Intérieur ou des Affaires étrangères français, non ?
Dernière chose : je ne demande qu’à être détrompé, si je reproche aux Français de faire de l’idéologie dans leur refus d’extrader Battisti, ce n’est pas pour sombrer moi-même dans le même travers.
Pour dire les choses autrement, voici le fond de ma pensée : l’Etat français s’oppose au jugement des citoyens italiens (et non de l’Etat), pour des motifs idéologiques (et peut-être romanesques, car après tout c’est un assez bon auteur de polar).
Je me permets de me citer à propos du cas Battisti :
L’ensemble de la gauche française mériterait amplement de se voir décerner le 27° Prix Jdanov pour son nouveau soutien au terroriste Battisti, mais c’est une fois encore l’inimitable Noël Mamère qui emporte la palme du ridicule, pour cette formule dont l’ineptie le dispute au scandaleux : « J’accuse la France, j’accuse Perben, Chirac et la droite de ne pas avoir tenu la parole de François Mitterrand, qui s’était engagé à ne pas extrader les italiens des années noires réfugiés dans notre pays (…) La parole d’un président vaut plus que les conventions d’extradition ».
Ce qui frappe dans les propos de ce Zola d’opérette, ce n’est pas sa démagogie ou son respect bien approximatif des règles démocratiques. De ce point de vue, M. Mamère nous a habitués à pire (on se souvient tous des télévisuelles larmes de crocodiles du mariage de Bègles ou de l’appel à la désobéissance civile au moment des émeutes de banlieue…) Non, ce qui est tout à fait stupéfiant dans cette déclaration, c’est sa profonde stupidité.
En effet, au nom de quel principe la parole de M. Mitterrand engagerait-elle ses successeurs ? Pourquoi un homme de gauche aurait-il le pouvoir exorbitant de prendre des décisions qui s’appliquerait ad vitam aeternam ? Devra-t-on appliquer les décisions de feu M. Mitterrand jusqu’à la nuit des temps ? Par quel miracle la parole sacrée de l’oracle de Jarnac aurait-elle valeur de Loi suprême et devrait s’imposer aux pauvres mortels qui sont appelés démocratiquement à gouverner notre pays (puisque décidément il est impraticable, même pour ce surhomme que fut Mitterrand, de régner depuis l’Au-delà) ?
Une fois encore, seuls quelques socialistes sauvent l’honneur de la gauche française, tel le maire d’Evry, Manuel Valls, qui s’est réjoui d’une arrestation que par ailleurs la gauche et l’extrême gauche italienne approuvent dans leur ensemble.
P. S. Je me permets de republier (pour nos nouveaux lecteurs) l’article que j’avais écrit le 03/12/2006 à propos de l’excellent livre de Guillaume Perrault (à ne pas confondre avec Gilles Perrault qui, dans cette affaire, fait preuve d’autant de lucidité que Philippe Sollers, ce qui est tout dire…). (Voir aussi : http://www.liberation.fr/actualite/societe/241746.FR.php)
« Une Affaire Dreyfus à l’envers » :
Le GR, qui fréquente beaucoup les librairies d’occasion, est tombé par hasard sur un livre qui l’a passionné pour ne pas dire fasciné : Génération Battisti. Ils ne voulaient pas savoir de Guillaume Perrault (Plon, 2005).
J’avais suivi de loin cette affaire d’un terroriste italien d’extrême gauche que la justice voulait extrader dans son pays et qui avait reçu le soutien d’une grande partie de la gauche française (MM. Lang et Hollande lui avaient même rendu visite en prison). J’étais toutefois à mille lieux d’imaginer la réalité (proprement effarante) de cette affaire et de mesurer à quel point elle était symptomatique de l’état de la gauche française.
Les faits d’abord, attestés à l’issue de quatre procès parfaitement réguliers : Cesare Battisti est un délinquant multirécidiviste entré un peu par hasard à la fin des années 70 dans un groupe terroriste : les Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC). A ce titre, il est reconnu coupable de deux meurtres et de complicité dans deux autres homicides. Evadé de prison grâce à ses amis terroristes, Battisti s’enfuit au Mexique puis en France, où Mitterrand (puis Chirac et Jospin) refusent de l’extrader jusqu’en 2002.
Reconverti entre-temps dans l’écriture de polars, Battisti est devenu la coqueluche de la gauche française, qui voit en lui une sorte de Robin des bois ou de révolutionnaire romantique.
Le grand intérêt du livre de Perrault est d’abord qu’il rétablit la vérité et démonte une par une les assertions des défenseurs de Battisti. Ce dernier a bien eu des procès en règle, respectant parfaitement les droits de l’accusé. Autre élément important : contrairement à ce que répètent en permanence ses partisans, Battisti n’a pas été condamné sur le seul fondement du témoignage d’un repenti. Il faudrait des pages et des pages pour énumérer tous les mensonges dont se servent les belles âmes de la gauche française pour édifier la statue morale de leur héros.
Et c’est là le deuxième grand intérêt de ce livre : il nous montre à quel point notre gauche française, qui se dit humaniste, défend en la circonstance un personnage bien peu fréquentable. L’affaire Battisti est une sorte d’Affaire Dreyfus à l’envers : c’est défendre un coupable en s’appuyant sur le mensonge. Tout le contraire d’un Jaurès, d’un Blum ou d’un Clémenceau, qui défendaient en Dreyfus un innocent au nom de la vérité !
A cela, on pourrait ajouter que la gauche française fait aussi preuve de son arrogance habituelle et de son mépris pour les autres pays (qui doivent recevoir en silence les leçons de la Patrie des Droits de l’Homme et dire merci !), puisque TOUTE (je dis bien toute) l’opinion italienne (la gauche comme la droite) est scandalisée que l’on puisse défendre un tel individu.
Je vous passe enfin les perles de la presse française durant toute cette affaire, Libération en tête, on l’imagine bien, qui voit dans l’extradition de Battisti une « berlusconisation des esprits » (pourquoi pas une lepénisation, voire une mussolinisation tant qu’on y est ?).
Quant à Battsiti lui-même, il mérite à l’évidence un Jdanov d’honneur, pour toute son « œuvre » (politique s’entend car il paraît que ses romans sont bons), mais cette seule phrase proférée sur France Culture le 20 septembre 2002, suffirait à justifier cette récompense : « Le parti fasciste avait changé de nom : il s’appelait la Démocratie Chrétienne ». Voilà comment le héros de la gauche française justifie son engagement dans l’ultra-gauche italienne !
Je ne peux résister à l’envie d’ajouter cette autre citation qui mériterait de figurer dans une anthologie de la connerie humaine, et qui se trouve dans un de ses livres : Cargo sentimental : « il y a un lien de résistance au pouvoir, à la répression, à la sauvagerie capitaliste, entre ces trois générations d’italiens. Ceux qui combattaient les nazis et les fascistes à l’époque de la Résistance n’étaient ni plus ni moins terroristes que ceux qui l’ont fait dans les années 70 ».
Voilà le héros de la gauche française ! Quelle honte ! Au secours Zola, ils sont devenus fous !
P. S. Je précise que ce livre est préfacé par Gilles Martinet, co-fondateur du PSU, qui n’est pas exactement un homme de droite… et qui écrit que cet ouvrage « rétablit la vérité » sur l’affaire Battisti.
http://legauchisterepenti.oldiblog.com
Toujours à propos du PS, celui-ci déclare demander « le respect strict des conventions internationales sur l’extradition » et Stéphane le Foll ajoute : « à l’époque (…) le président François Mitterrand s’engageait à accorder la liberté aux activistes italiens renonçant à la violence ». Mais il ajoute aussitôt : « Il a fui, c’est de sa responsabilité, il n’aurait pas dû le faire. Maintenant, il doit être extradé. »
L’avocat de Battisti, Me Eric Turcon, dit ceci : « Nicolas Sarkozy est avocat de formation. Il ne peut ignorer que la loi italienne n’est pas en conformité avec le droit international et la loi interne française. »
J’aimerais bien en savoir plus sur la question, si vous avez des éléments factuels et juridiques, je suis preneur.
Voici en tout cas ce que le Monde écrit :
Fameusement inutile le droit au rejugement si on n’est pas au courant des poursuites. Qui peut bien ne pas être au courant de son procès? Un foutu distrait.
Regardant sur internet, il y a à boire et à manger, du pour et du contre. Les deux thèses (coupable ou plutôt innocent) paraissent défendables et relèvent pour les intervenants ici présent de la croyace à priori. C’est comme pour Ranucci, on peut sur base des mêmes éléments être convaincus des thèses contraires .
De toute façon, il est arrêté et il mérite certainement d’être jugé. Je trouve juste contrairement à vous que c’est bien que des gens s’en inquiètent vu sa réinsertion exemplaire et les doutes judiciaires qui subsistent.
Maintenant les gauchistes qui s’agitent démesurément, c’est vrai qu’il y a du ridicule là dedans.
Oui, je suis d’accord : il est normal qu’on s’en inquiète. Mais de là à faire un blocus, à empêcher son extradition, à la considérer comme immorale…
sur battisti…ben c’est un assassin, il a été jugé, laissons ses victimes le condamner ….
tout autre chose, plus léger, sympa ce nouveau skin Cop’
:o)
Merci merci !