9 mars 2007

Avant le gel

> romantique — Copeau à 11:39

Poursuivons, si vous en êtes d’accord, notre étude des romans de Mankell. Voici l’un des plus récents, intitulé Avant le gel, et qui, pour la première fois, met en scène la fille du commissaire Wallander, Linda, plutôt que le héros récurrent lui-même.

Lisons le quatrième de couverture, qui en général résume mieux que je pourrai le faire l’intrigue : des animaux immolés par le feu, la tête et les mains d’une femme gisant près d’une bible aux pages griffonnées… Le commissaire Wallander est inquiet. Ces actes seraient-ils un prélude à des sacrifices humains de plus vaste envergure ? La propre fille de Wallander, impatiente d’entrer dans la police, se lance dans une enquête parallèle. Entraînée vers une secte fanatique résolue à punir le monde de ses péchés, elle va rapidement le regretter.

Mankell innove ici, en incluant dans l’intrigue la propre fille de Wallander, qui, de tapissière, a finalement choisi de rejoindre les rangs de la police suédoise, affectée qui plus est à Ystad, en Scanie, à l’extrémité sud du pays, région frontalière du Danemark. Bref, là où officie son père. Linda va mener une enquête parallèle, partant à la recherche de sa meilleure amie, Anna Westin, qui, étrangement, a disparu du jour au lendemain. A plusieurs reprises, notamment lorsqu’elle prend connaissance du journal intime de son amie, Linda trouve des indices qui, étrangement, recoupent pour partie le meutre sauvage d’une femme amoureuse de l’histoire des chemins suédois. Elle croise aussi des hurluberlus fanatisés par un gourou sectaire, mais qui, de prime abord, ne semblent pas bien méchants.

L’innovation majeure de Mankell, plus que l’entrée d’un nouveau personnage, qui anticipe la suite, c’est la double enquête du père et de la fille. Chacun de son côté va suivre ses intuitions, ne pas donner la totalité des informations à l’autre, tomber dans des embûches diverses, au final ne pas se faire entièrement confiance. Ce rapport père-fille sonne vrai, mélange d’amour et de révulsion, d’autorité paternelle et de rébellion juvénile. C’est cela la qualité premère de ce roman.

Par ailleurs, je dirai presque comme toujours, Mankell sait rendre comme personne l’atmosphère sombre, froide, pastorale et lente de la Suède profonde. Le tout au service d’une intrigue aux multiples rebondissements, l’une des plus charpentées de Mankell. On plonge dans le monde des sectes, des religions en carton-pâte, du sadisme envers les animaux et les hommes. Mankell nous expose, une fois de plus, les faiblesses de l’âme et de la condition humaine. Un excellent roman. A la différence de ma précédente chronique, je vous le conseille donc, celui-là.

10 réactions »

  1. C.O.N. dit le 9 mars 2007 à 18:35

    J’ai lu d’abord “la cinquième femme”, puis “assassin sans visage”. Comme vous j’ai apprécié, contrairement à vous j’ai préféré le plus ancien (”assassin sans visage”).
    C’est vrai qu’on fini par s’attacher à ce policier mi-dépréssif, un peu perdu, tj sur le risque de sombrer (surtout dans le 1ier). Perdu également dans sa Suède nouvelle (…libérale sans chercher noise, mais l’auteur le signale au passage) dont il sent que quelque chose se défait. Perdu devant certains des agissements de ses contemporains qui lui paraissent complètement étranges. Au delà des qualités propre des intrigues et des personnages, c’est également intéréssant pour nous, qui sommes soumis au cliché de pays scandinaves, sociétés de paix, d’harmonie, de consensus et dénuées de violence.

  2. Copeau dit le 9 mars 2007 à 18:42

    Tout à fait d’accord ; Wallander se plaint du libéralisme (des moeurs, de la société) suédoise. J’ai apprécié Assassins sans visage, c’est surtout l’Homme qui souriait que je trouve assez médiocre (du moins pour Mankell).

  3. olivier dit le 17 mars 2007 à 10:50

    J’ai lu pour l’instant les cinq premiers romans de Mankell, dans l’ordre chronologique, et j’attaque le sixième, la cinquième femme.
    Je vous ferais un commentaire détaillé lorsque j’aurai finit la série entière !
    Mise à part ” l’homme qui souriait” les romans de Mankell sont formidables, lorsque le polar croise avec la sociologie…..

  4. Copeau dit le 17 mars 2007 à 11:34

    Quelle chance tu as de pouvoir les lire dans l’ordre, je n’ai pu le faire !

    Totalement d’accord avec toi, pour l’instant. Au passage, je n’ai pas lu le Retour du professeur de danse, ni la Muraille invisible. Je serai donc ravi de connaître ton point de vue sur l’ensemble de l’oeuvre, et ces derniers bouquins en particulier.

  5. olivier dit le 17 mars 2007 à 11:52

    voici un lien sur une étude de l’oeuvre de mankell….tres instructive !
    http://www.pierre-grimaud.com/Mankell/Mankell.pdf

  6. C.O.N. dit le 18 mars 2007 à 20:49

    Pouvez-vous indiquer les titres des 6 premiers romans ? j’ai lu la cinquième femme en croyant que c’était le deuxième !!

  7. Copeau dit le 18 mars 2007 à 21:54

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Henning_Mankell

  8. C.O.N. dit le 19 mars 2007 à 21:04

    Vu merci.

  9. jean-pierre dit le 13 octobre 2007 à 18:03

    Amateur français de Mankell, le meilleur doit encore venir.
    Patience.
    ‘Le cerveau de Kennedy’ (titre présumé) de ‘Kennedys Hjärna’(2005).
    Impitoyable.
    JP CLEENEWERCK
    B-1410 WATERLOO

  10. Nelson dit le 18 mars 2008 à 14:12

    Alors j’ai lu la muraille invisible, il est pas mal du tout. Dans l’ensemble, j’apprécie bcp Henning Mankell. En ce moment je suis presque à la fin d’avant le gel, je le trouve pas au niveau de l’auteur, là le personnage principale, c’est Linda et c’est pas top.

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