2 mars 2007

Bayrou, le centre, les présidentielles et après ?

> politique — Copeau à 7:45

On voit que Bayrou s’envole dans les sondages, au point d’être en tête de la cote de popularité au second tour des élections présidentielles. Fort bien. Mais la question, la vraie question, n’est à mon sens pas celle-ci. Elle est plutôt de savoir quelle serait la majorité parlementaire dont François pourrait disposer. Et là, pour le coup, c’est beaucoup plus compliqué que la simple désignation d’un type un peu gauche, ancien bègue, mais qui a l’air sympa est pas plus carriériste qu’un autre (pas moins non plus, certes).

En effet, la vie politique française oscille autour de deux postures alternatives : celle de la  majorité totale (le cas le plus courant, c’est-à-dire la majorité à l’Elysée et à l’Assemblée nationale), et celle de la cohabitation. Parfois même, à l’instar de la IIIe et de la IVe République, se sont formées des coalitions (pensons à la majorité plurielle de Jospin, par exemple).

Le paradoxe, c’est que François ne peut aspirer en tant que tel à aucun de ces régimes, comme Anthony l’explique de manière lumineuse ici.

La vraie question, c’est de savoir si, une fois élu, Bayrou pourra s’appuyer sur une majorité élue sur le terrain, lors des élections législatives. Laquelle majorité devra dépasser, et de très très loin, les frontières du parti de notables de droite molle qu’est l’UDF. C’est la seule question vraiment intéressante le concernant, de mon point de vue, tant son programme me semble, de toutes façons, nettement moins mauvais que celui des deux autres “grands” candidats.

4 réactions »

  1. C.O.N. dit le 7 mars 2007 à 19:02

    Imaginons l’élection de Bayrou… probable que l’élan à l’origine de cette élection serait grandement amplifié pour les législatives … un label “majorité présidentielle” suffirait amplement à augmenter la probabilité d’être élu (pas besoin d’un parti académique). J’imagine peut-être naïvement qu’il y aurait des candidats au label, y compris des calibres, y compris à gauche… alors où est le problème ? Le point central en fait serait la composition du gouvernement en amont des élections… un bon coup de ce côté-là (un Kouchner, un D.S.K., un Cohn-Bendit … et c’est une large victoire presque assurée). Aucun que je sache n’a jamais déclaré publiquement qu’il était hors de question de travailler dans un gouvernement Bayrou (mais peut-être D.S.K. diffère-t-il volontairement sa position). La vie politique est faite de mouvement, aux deux types de majorité décrits par Copeau nous pourrons peut-être en ajouter un. Souvenez-vous des questions que posait l’hypothèse d’une cohabitation ?
    Ceci dit la viabilité sur le long terme de cette majorité pose question.
    Enfin… nous discutons, nous discutons, mais je continue de parier sur la victoire de la triste Ségogo. Ça sera sans mon vote.

  2. Copeau dit le 8 mars 2007 à 3:23

    Je ne suis pas du tout convaincu. Après tout, ce n’est pas l’élection de VGE en 1974 qui a fait venir à lui le moindre ténor de la droite gaulliste (qui est restée dans une alliance extrêmement critique, comme le départ tonitruant de Chirac de la tête du gouvernement le confirmera aisément deux ans plus tard), pas plus que du parti socialiste.

    VGE n’a attiré à lui que des gens de la société civile - genre Simone Veil, plus tard Raymond Barre, pour ne citer qu’eux - et s’est contenté, pour le reste, de faire avec la droite orléaniste, celle des Michel d’Ornano et compagnie, tout comme, à mon sens, Bayrou sera obligé de faire.

    J’ignore si ce sera le petit nerveux de Neuilly ou la madone du Poitou qui gagnera les élections, mais je crois aussi fort peu à une victoire du bègue du Béarn.

  3. Copeau dit le 14 mars 2007 à 19:25

    je recopie ici le dernier commentaire de mon ami Patrice :

    Nous ne sommes pas dans la même configuration qu’en 1974: Bayrou dispose d’un parti certes petit mais enraciné dans 577 circonscriptions. La recomposition du paysage politique s’avère indispensable tant en raison de la présence de Le Pen en 2002 au second tour que du fort taux d’abstention (autour des 30%) mais aussi en raison du Non à la constitution européenne qui a transcendé et fait explosé les clivages politiques traditionnels. Le climat des partis traditionnels PS et UMP est explosif: Strauss-Kahn appelle Bayrou à le rejoindre, Kouchner ronge son frein, Borloo hésite, Begag et Lepage se rallient, Delors est en contact quotidien avec Bayrou, Rocard a participé à son congrès, les amis de Bockel observent avec attention, le moral des électeurs manifeste un ras-le-bol. C’est une erreur de fonder son analyse sur 1974. Selon moi. Voilà mon cher ami Copeau.

  4. Copeau dit le 14 mars 2007 à 19:29

    Je ne suis pas si sûr que l’atmosphère de TOUS les partis de gouvernement soit explosive. Sur deux aspects :

    1. l’UDF reste un parti de notables, et les quelques élus que je connais sont absolument et totalement de droite, rien de plus rien de moins. Comment gérer le futur dans ces conditions ?

    2. la logique de parti reste extrêmement prégnante au PS. Le cas DSK est là pour le rappeler. Il n’explosera pas demain, malgré ce dernier, Kouchner ou Bockel, à mon humble avis.

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