On parle beaucoup de rupture ces temps-ci, c’est un thème commun aux principaux candidats à l’élection présidentielle. Il y a bien sûr Nicolas Sarkozy, qui a explicitement repris la formulation à son compte. Mais il y a aussi Ségolène Royal qui, selon la formule heureuse d’Alain Duhamel, a conquis le PS par la droite et par le bas, là où, depuis toujours, c’était au contraire par la gauche et par le haut que le candidat était désigné. Rupture aussi avec certains dogmes socialistes : blairisme, encadrement militaire, remise en cause de la carte scolaire, etc.
Il y a bien sûr François Bayrou. C’est même sa marque de fabrique, lui, qui, à présent, fustige le CAC 40, le Grand Capital, tel un Engels aux petits pieds, un guévariste du Béarn, un crétin des Pyrénées.
C’est vrai qu’il y a de quoi prendre le maquis, entre ces innombrables candidats trotsko-altermondébiles, écolo-fachos et bolcho-racistes. On se souvient qu’en 2002 Chirac n’a été élu qu’avec… 14% des électeurs inscrits sur les listes électorales. Pas de quoi pavoiser.
Ce qui me gêne, c’est que ce n’est bien évidemment qu’une posture, d’autant plus ferme qu’elle ne sera certainement jamais suivie du moindre effet. C’est pourquoi il faut distinguer le discours de Bayrou, sans conséquence, de son programme électoral, qui, lui, aura sans doute quelques suites (pas toutes, évidemment). Je pourrais citer mille autres exemples de postures guévaristo-comiques : Chirac et son ascenseur social (vers l’échafaud ?) en 1995 ; Tapie qui, au pavillon du Phocéa, torpilla la liste Rocard aux européennes de 1994 ; Le Pen à partir de 1986 ; René Dumont et les deep ecologists des seventies, les communistes jusqu’en 1981 ; Mitterrand avant Epinay ; le même, face à de Gaulle, dans les années soixante ; Tixier-Vignancourt, celui sans lequel Le Pen n’aurait jamais eu la carrière qu’il a eu, dans les années soixante également ; Poujade dans les années cinquante.
Vous avez noté que, parmi ces quelques figures boulangistes, certains sont bel et bien arrivés jusqu’au pouvoir suprême. Pour à chaque fois mieux trahir les engagements de campagne, mieux oublier les gogos et autres midinettes qui croient les yeux bandés à ces sornettes.
Non que je soutienne les propos de Bayrou, pour ne citer que lui ; il est démago, les autres tout autant. Je ne cherche pas à le dédouaner. Ses propos sont débiles et ne valent pas plus cher que ceux de Ségourdasse mettant en balance les sous-marins (tiens, pourquoi ?) et l’école. Mais il faut aussi séparer le bon grain de l’ivraie, et si nous avons les élus que nous méritons, n’oublions jamais qu’ils disent un amas considérable de conneries fort heureusement jamais suivies d’effet.
Voici pourquoi, à titre personnel, je préfère toujours voter pour le plus incompétent. Le problème, c’est qu’à cette aune en 2007 le choix sera particulièrement difficile.