26 février 2007

Stratégies de diversion

> politique, ubique — Copeau à 21:46

L’Etat adore créer des commissions, des comités Théodules, des machins qui, en concentrant l’attention des médias et des citoyens, permet de détourner cette même attention des vrais problèmes et des vraies questions.

H16 expose quelques-uns des avatars les plus récents de cette grosse ficelle : la TNT, l’éthique sur internet, la santé publique. J’ajouterai aussi les slogans “anti-sucre” ou “anti-graisses” dans les pubs sur des produits alimentaires. C’est lumineux, comme toujours ; je ne peux que vous conseiller de lire attentivement ce billet.

Les doigts dans le nez

> comique, politique — Copeau à 16:21

Comme l’écrit Versac :

J’étais passé à coté, et ne puis m’empêcher de la relayer :

Qualifiant M. Bayrou de candidat “attrape-benêts”, il a estimé, lors du point de presse du PS, que “ceux qui imaginent qu’il pourrait franchir le premier tour se mettent les doigts dans le nez.

25 février 2007

Peinture fraîche

> numérique — Copeau à 20:55

Certes, tout n’est pas encore fini ; certes, il reste pas mal d’améliorations visuelles et/ou fonctionnelles à apporter. J’en ai pleinement conscience.

Pour autant, je crois bien que la sortie de Copeau Reloaded est pour très bientôt. Puisse ce billet en constituer sa première salve.

24 février 2007

Bayrou, ce héros

> politique — Copeau à 22:39

Je ne pérorerai pas longtemps sur le programme économique que Bayrou vient de dévoiler. Dire qu’il est idéal serait mentir, bien évidemment. Mais il m’a tout de même agréablement surpris.

Depuis que je me dis que mon choix devra nécessairement se limiter à un grand candidat - je ne crois pas du tout en l’obtention des 500 signatures pour nombre de “petits”, je parle ici des vrais petits, bien évidemment, pas de Le Pen ni même de Besancenot - je me dis que Bayrou sera peut être le moins mauvais, pour le premier tour.

Ce que me réjouit, c’est, en creux, la réaction des éléphants et éléphanteaux du PS à l’annonce à la fois de la montée de Bayrou dans les sondages, et de son programme économique :

Bernard Kouchner venait à peine d’être promu dans l’“équipe du pacte présidentiel de Ségolène Royal qu’il a ouvert une brèche dans la stratégie dite d’“étanchéité” qu’a adoptée le PS vis-à-vis de François Bayrou. L’ancien ministre de la santé, interrogé sur RTL, vendredi 23 février, a estimé que le président de l’UDF avait “raison” de vouloir dépasser les clivages droite-gauche : “J’espère qu’il sera entendu, j’espère que Ségolène Royal entendra la nécessité d’élargir”, a-t-il ajouté.

Tout ce qu’il ne fallait pas dire, alors qu’une partie de l’électorat socialiste semble être réceptive aux thèmes développés par le candidat centriste. Jack Lang, désormais “conseiller spécial” de la candidate du PS, s’est immédiatement chargé de rectifier le tir. […]

Michel Sapin, qui a remplacé Eric Besson dans les fonctions de responsable économique du PS après la démission de celui-ci, a dénoncé un programme “libéral et droitier”. “Derrière l’apparence d’un équilibre centriste se dissimule un projet qui tourne bien souvent au plagiat de celui de Nicolas Sarkozy”, a-t-il estimé. […] “M. Bayrou a voulu nous faire croire qu’il n’était ni de droite ni de gauche, a indiqué M. Peillon, mais il est pleinement et totalement de droite et son embryon de programme est à la fois conservateur et libéral.

Bravo Bernard !

23 février 2007

Charlotte Stokely

> érotique — Copeau à 23:35

Je ne sais pas ce qu’il faut en penser, mais si j’en crois cette page MySpace, la charmante Charlotte a des goûts musicaux et cinématographiques qui d’une part m’étonnent, d’autre part me ravissent. Qu’elle en soit remerciée.

Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, Charlotte Stokely est une actrice porno US qui connaît un grand succès en ce moment. Blonde, mince, vous pourrez la découvrir dans cette galerie Fleshbot par exemple. Elle a un rôle marrant dans White Wife Black Cock 7, par exemple. Et tourne souvent des scènes interraciales, décidément très à la mode de nos jours. Ce qui est très bien, du reste.

Adoption, mariage et homoparentalité

> juridique — Copeau à 18:34

Je voulais écrire un article sur l’homoparentalité, et plus précisément sur l’arrêt de la Cour de Cassation du 20 février 2007, qui renvoie au législateur la question de l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel qui, il faut tout de même le rappeler, l’élève déjà. Mais mon ami h16 m’a devancé. Je vais donc m’abstenir de long discours, et appuyer son étonnement devant l’arbitraire de l’attitude du Grand Léviathan, qui décide de nos vies les plus intimes, et qui décide aussi d’accorder ou non des droits égaux à tous les enfants. Comme si c’était à l’Etat de décider du sens et de la portée qu’il faut donner à la notion d’autorité parentale. h16 a bien évidemment raison de s’opposer fermement à un tel état d’esprit, et d’insister sur le fait que ce ne sont pas les hommes de l’Etat, ni qui que ce soit d’autre d’ailleurs, qui doivent juger du bien-fondé de l’adoption d’un enfant. Je rappelle pour mémoire que dans la présente espèce, il s’agissait d’un couple de lesbiennes dont l’une des deux a été inséminée à l’étranger, par un donneur anonyme (j’y suis pour rien, j’le jure), et qui par conséquent élève, et continuera d’élever, leur enfant commun. D’après des chiffres officieux, il y aurait environ 30 000 enfants dans la même situation en France, bien que ce chiffre me paraisse parfaitement extravagant.

L’arrêt de la Cour de Cassation revient donc à ne pas accorder le moindre devoir de parentalité, et symétriquement le moindre droit pour l’enfant, aux parents. Ce qui est proprement scandaleux, injuste, inexplicable. Au surplus, la formulation choisie me semble un mélange adipeux de pétainisme ségolien et d’aberration logique, parfaitement dans l’esprit des temps présents :

Les magistrats de la haute juridiction ont estimé que ces adoptions simples étaient contraires à « l’intérêt supérieur de l’enfant » car elles entraînaient automatiquement le transfert de l’autorité parentale au parent adoptant.

Dire que faire du parent adoptant l’autorité parentale pleine et entière de l’enfant, est contraire à l’intérêt de celui-ci, me semble être assez étonnant. Cocasse, même.

H16 a donc raison de souligner que le mariage - car derrière l’adoption c’est bien de cela dont il s’agit - est un contrat entre deux parties, et pas un sacrement, qu’il soit religieux ou étatique. Or, il n’est pour l’instant que très marginalement un contrat, pour le devenir des biens et du patrimoine, et uniquement pour ceux qui choisissent de passer devant un notaire, lesquels sont peu nombreux en France.

Par ailleurs, h16 souligne que si l’Etat a créé l’institution du mariage, et cherche tant bien que mal à la faire perdurer, c’était essentiellement à des fins statistiques (on sait quelle est l’étymologie du mot) et scolaires jadis, fiscales de nos jours. Il a bien évidemment raison : le mariage sert à traquer, à travers le contribuable d’aujourd’hui, sa progéniture, qui sera le contribuable de demain.

Je vais simplement apporter une petite brique supplémentaire à l’édifice construit par mon ami.

On pourrait nous rétorquer, si nous laissons, comme lui, le débat religieux de côté, que tout le monde n’est pas en mesure de négocier un contrat dans le cadre d’un mariage. Ou, plus exactement, qu’il est impossible de prévoir toutes les situations de la vie quotidienne, celles que le Code civil régit, dans le cadre d’un contrat. Et que par conséquent, il est légitime qu’il existe un mariage étatisé, sorte de garantie mutuelle et collective pour les époux.

C’est à mon sens un argument spécieux à un double titre ; d’une part, un contrat n’est pas un document figé et gravé dans le marbre, comme peut l’être un testament, qu’on révise fort peu ; ce qui compte dans un contrat de mariage privé, comme dans tout contrat, ce sont les conditions de révision et de sortie, les fameuses closes (le mot est horrible) de « revoyure ». On ne voit pas bien pourquoi le mariage pourrait faire exception.

D’autre part, que je sache, lorsque vous souscrivez à un contrat d’assurance, à un abonnement téléphonique, ou à quoi que ce soit d’équivalent, vous signez un contrat déjà préparé, que donc vous n’avez pas négocié. C’est ce qu’on appelle un contrat d’adhésion.

Et bien, pour moi, c’est cela le mariage de demain : un contrat d’adhésion, purement privé, entre deux époux, soumis aux tribunaux civils comme tout contrat non commercial ; un contrat dans lequel chacun pourra, en sus de cette base standard, négocier des éléments relatifs à son cas particulier, en complément ou à la place des clauses standards. Qui offrirait des devoirs et des garanties, certes, pour chacun des époux et plus encore pour les éventuels descendants, et - pourquoi pas ? - pour les grands-parents. Ce serait donc une sorte d’engagement de solidarité mutuelle, purement volontaire, comme peut l’être la charité. Et pas un machin inutile, sauf pour payer moins d’impôts pendant un an, comme aujourd’hui.

Je ne vois pas très bien ce que l’Etat vient encore faire dans les lits de ses citoyens. Plus précisément, je pense même que s’il continue ainsi, le mariage mourra tôt ou tard, et ce qui en tiendra lieu, à l’instar du PACS, s’en éloignera de plus en plus, et se privatisera. Ce n’est pas le mouvement actuel qui tend à donner aux pacsés les mêmes droits qu’aux mariés qui changera le sens de cette lame de fond.

Dans cette architecture nouvelle, il n’y aura pas de place pour les jugements de valeur, plus ou moins réactionnaires, de ceux qui s’opposent au mariage des homosexuels. En effet, de quel droit se permet-on de porter un jugement sur la vie d’un couple ? De quel droit peut-on empêcher des individus, qui sont nos voisins, nos amis, nos frères et sœurs, de mener la vie qu’ils souhaitent mener ? De quel droit relègue-t-on dans la clandestinité civile des gens qui, de fait, sont des parents dévoués et attentifs ? Est-ce en se bouchant la vue, en regardant ailleurs, qu’on appréhende fidèlement la société ?

Les Torquemada du dimanche, les Fouquier-Tinville de cinéma, feraient bien de se remettre en question parfois. Et je ne souhaite à personne, désireux de mener une vie de famille, de construire un foyer, d’élever des enfants, d’en adopter, de se trouver en face d’hommes de l’Etat. Depuis un fameux secrétaire général de préfecture, on voit que l’humanisme chez eux n’a pas spécialement progressé.

Evolution ?

> numérique — Copeau à 7:07

Je teste actuellement une évolution de la plate-forme de blog que j’utilise, qui est encore un Dotclear 1.2. Ceci explique pourquoi mes billets se font rares en ce moment.

Toutefois, je ne suis pas sûr de franchir le Rubicon : même si je n’ai pas aujourd’hui de gestion de tags, encore moins de taxonomie, même si la fonction archives est tout à fait rudimentaire, et je ne parle même pas de l’absence d’éditeur WYSIWYG dans l’interface d’administration, je resterai peut-être en Dotclear 1.2. Le transfert sous Dotclear 2 ou sous Wordpress (les deux plate-formes que je teste) est extrêmement merdique et bourré de défauts. Je n’ai pas envie de m’y épuiser.

Promis, plus d’activité ici dans quelques jours.

22 février 2007

Prélèvements obligatoires

> économique — Copeau à 22:11

A lire ces deux billets de l’ami la Lime : celui-ci tout d’abord, puis celui-là.

Autant je trouve très forte l’argumentation relative à la différence entre, disons, le taux de prélèvements obligatoires apparent (comme il y a un taux de chômage apparent) et le taux de prélèvements obligatoires réel, autant sa défense et illustration du taux idéal, selon les canons du libéralisme, me laisse sur ma faim.

D’une part, je me fous un peu de savoir que trucmuche ou machin prône un taux global de 17 ou de 22%, ce qui m’importe ce sont ses raisons, pas un consensus libertarien plus ou moins mou.

D’autre part, continuer à prétendre que la vraie question est celle de la ponction de l’impôt me semble totalement à côté de la plaque : la Suède, le Danemark, la Nouvelle Zélande et l’Irlande ont des modèles de dépenses publiques, de protection sociale, d’endettement et de croissance économique radicalement différents. Ce n’est pas le poids de l’impôt qui permet de trancher en faveur de l’un plutôt que de l’autre ; c’est, à mon sens, le poids et le rôle qu’on entend assigner à la décision collective comparativement à la décision individuelle. L’impact qu’on souhaite donner aux actions menées pour les générations actuelles et les générations futures.

Il n’y a pas “un” bon niveau de prélèvements obligatoires ; il y a en revanche une bonne et une mauvaise gestion d’une action publique donnée.

18 février 2007

Les intellectuels et la droite

> politique — Copeau à 17:25

Il y a un intéressant dossier consacré aux intellectuels néoréactionnaires (comme ils disent) ou néoconservateurs venant, classiquement du reste, de la gauche, dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. Je vous invite à le lire.

En quelques mots, et parfois avec une bonne dose de mauvaise foi, on y explique comment des intellectuels provenant tous de la gauche, sinon de la gauche de la gauche, basculent, ouvertement (Gallo, Glucksman) ou tendanciellement (Finkielkraut, Taguieff) vers la droite, ou du moins vers l’anti-ségolisme. Et que, par contraste, les compagnons de route classiques se font de plus en plus rares (Stora, Lindenberg, Méda, Todd, Onfray, etc).

Le premier article, d’Aude Lancelin, est fort bien écrit. Mais est totalement vide. On comprend bien en le lisant que son auteur n’a pas compris le sens de la transhumance intellectuelle. Ce qui provoque son désarroi. L’image est fidèle, la photo pas trop floue, mais on peine à plonger dans les profondeurs du logos, alors Aude reste à la surface, surnage plus ou moins, et masque sa vacuité par une plume étincelante. Bel exercice, mais vain.

Vient ensuite une interview de BHL, où ce dernier affirme son accointance, aujourd’hui encore, avec la gauche. Mais la gauche antitotalitaire, la gauche libérale, celle des droits de l’homme en Tchétchénie et en Chine, celle de la Bosnie, qui reste perplexe face aux tergiversations de Royal (certes levées, au moins dans le discours, depuis Villepinte). Ce texte est fort instructif, BHL se donne pour objectif de harceler cette gauche socialiste, afin qu’elle ne cède pas aux sirènes altercomprenantes, et qu’elle n’adopte pas, au nom du PS, la vision du monde des antilibéraux.

Enfin, une brève présentation de trois intellectuels contemporains majeurs de la combat des idées : Jacques Marseille, ex gauchiste diagnostiqueur de l’immobilisme français, du goût pour la rente, de la faillite de l’Education nationale et des gaspillages des dépenses publiques. Pierre Rosanvallon et sa République des idées, social-démocrate bon teint, dont l’engagement répond à une mollesse toute balladurienne, et qui représente sans doute le principal rendez-vous manqué de Royal. Le célèbre Nicolas Baverez enfin, aronien, chef de file des déclinologues, pas pas décliniste. A l’instar de Jacques Julliard (dans Le Malheur français), il exprime le renversement de polarité entre droite et gauche depuis 1995 : la gauche a choisi la voie de l’immobilisme, de la défense des droits acquis, de l’anti-tout (libéralisme, mondialisme, Europe, marché, réalité). La droite, a contrario, a eu le champ libre pour promouvoir le progrès, l’esprit d’entreprendre, l’ouverture, les bienfaits d’un changement inévitable, qui pourtant étaient des valeurs classiques de la gauche.

On ne peut que souscrire à une telle analyse. J’ajoute cependant que le sens des mots a changé, il ne faut pas l’oublier, et la “droite” comme la “gauche” contemporaines ne sont pas celles des années soixante, loin de là. Quant au combat antitotalitaire, libéral et mondialiste, il me semble plus que jamais d’actualité. D’avenir même. Face à un Todd qui prône un néo-protectionnisme, un Monde Diplodocus les soviets, un Alain Soral le lepéno-marxisme, il faut aborder ces vrais sujets. Voici mes désirs d’avenir à moi.

En guise de conclusion, voici, via le Gauchiste repenti, les propos qu’Alain Finkielkraut tient dans Libération du jeudi 8 février 2007 :

(J’ai) été blessé comme s’il s’était agi de moi-même par la phrase d’un document du PS définissant Nicolas Sarkozy comme « un néoconservateur américain avec un passeport français » (la phrase est du député PS Eric Besson). Imaginez un instant que le candidat de la droite se soit appelé Royal, celui de la gauche Sarkozy, et que les porte-parole du premier aient traité le second de « stalinien avec un passeport français », voire d’Américain car il y a une droite souverainiste et une gauche atlantiste. On aurait défilé de Nation à la République et certains auraient même arboré l’étoile jaune. Or, il ne s’est presque rien passé, et pourtant cette dénaturalisation est impardonnable (…) La gauche de gouvernement est intimidée par l’extrême gauche comme elle l’était autrefois par le Parti Communiste. Et puis, elle ne sait réagir à l’incompétence manifeste de sa candidate qu’en exagérant, qu’en hyperbolisant l’opposition droite-gauche. Mais la réalité, c’est qu’aujourd’hui, la droite et le centre sont fiers de leurs candidats, tandis que le gauche est mal à l’aise avec sa candidate, et elle fuit cette gêne dans la haine. Je vous rappelle ce lapsus fasciste qui qualifie Nicolas Sarkozy de « néoconservateur à passeport français ». La gauche officielle est tellement convaincue d’incarner le parti du Bien face au parti de Pétain qu’elle profère des monstruosités en toute bonne conscience.

On trouve sur ce même blog un billet consacré à ce fameux article d’Aude, consacré par le 24e prix Jdanov, ainsi que, parmi les commentaires, celui-ci (de WS) que je trouve parfaitement juste :

Grandiose: dans une phrase elle moque sarko qui est un imbécile parcequ’il cite JJ Goldmann et le chanteur Corneille… et dans la phrase suivante elle cite le puissant intellectuel Philippe Cohen qui a commis une BD satirique!

17 février 2007

Libéralisme pour les nuls

> politique — Copeau à 20:54

Un site que je ne connaissais pas, admirable, consacré à la découverte de la pensée libérale, et rédigé par Daniel Tourre. Une sorte de libéralisme pour les nuls, donc. Bonne lecture !

14 février 2007

Qui parle des vraies questions ?

> politique — Copeau à 17:55

Personne, à en croire Patrick Artus, et, comme souvent du reste, je le suis volontiers dans son analyse des programmes des deux principaux candidats à la présidentielle. Je pense qu’il est important de lire et de méditer ces paroles pleines de sagesse et de bon sens.

Comment définiriez-vous le programme de Ségolène Royal?

Le pacte présidentiel de Mme Royal est surprenant. La candidate commence par dire que, pour relancer la croissance, il faut stimuler la création d’entreprises ou encore soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et accroître l’efficacité de la dépense publique. On ne peut que souscrire à cette idée, mais rien n’est fait en ce sens dans son programme. Il comporte quelques bonnes mesures, comme l’idée de réserver une part des marchés publics aux PME, de favoriser le cumul emploi-revenu d’inactivité ou de créer un service public de caution, mais il avance aussi des mesures infaisables ou dangereuses, et comporte des trous béants sur la fiscalité, le vieillissement et la protection sociale.

Que vous inspirent ses propositions salariales ?

Le smic à 1500 euros va alourdir de 25 % le coût du travail peu qualifié. Les entreprises préféreront licencier, et nous aurons plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires en deux ans. Plus d’une centaine d’études micro-économiques ont établi que la hausse du smic détruit des emplois non qualifiés. Les ignorer est scandaleux. Quant à l’idée d’une conférence annuelle sur les salaires, qui date des années 1960, c’est précisément ce qu’il ne faut pas faire. Comment voulez-vous mettre autour de la même table de négociations, l’automobile qui se meurt et les entreprises pétrolières qui ne savent pas que faire de leur argent ? Le bon niveau de négociation, c’est la branche.

Faut-il conditionner les aides publiques à l’engagement de ne pas licencier?

C’est le type même de mesure qui vise les grands groupes, mais sera sans effet sur eux, et risque de se retourner contre les PME qui ne peuvent pas gérer la localisation de leurs profits, de leurs capacités. La proposition de faire du contrat à durée indéterminée (CDI) la règle risque d’avoir le même effet.

D’une manière générale, certaines des propositions de Mme Royal entrent dans la catégorie du “généreux mais pas possible”, par exemple, la revalorisation des petites retraites, sauf à dire qu’on la financera en allongeant la durée de travail et de cotisation des fonctionnaires, et d’autres témoignent d’une méconnaissance des dossiers. Proposer la création de 120000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A n’a pas de sens. La Caisse des dépôts a un excès de ressources par rapport aux possibilités de construction de logements sociaux. Le problème, c’est le foncier. Quant à la notion de “logement vacant spéculatif”, je ne sais pas ce que c’est…

Et comment résumeriez-vous le programme de son principal adversaire?

Il se résume en une phrase : “Je donne du pouvoir d’achat” . Mais Nicolas Sarkozy le fait en multipliant les exonérations fiscales au risque de gâcher l’argent public ou de créer des distorsions néfastes à la croissance et à son renforcement. Il comporte des mesures intéressantes, mais part un peu dans tous les sens sur le terrain fiscal, laisse de côté le problème de la fiscalité personnelle du chef d’entreprise ou des seuils sociaux, pourtant central dans les PME.

L’exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires est-elle de nature à favoriser l’emploi ?

De nombreux secteurs connaissent des difficultés de recrutement. L’ANPE recense 500 000 offres d’emploi non satisfaites. Une enquête du Medef auprès des PME montre que leur difficulté principale sur le chemin de la croissance, c’est le recrutement. Pour ces entreprises, la libéralisation des heures supplémentaires est une excellente chose. Mais pour celles qui recrutent sans difficulté, exonérer les heures supplémentaires de charges et d’impôt revient à privilégier les insiders, les salariés en place. On s’intéresse plus au salaire de ceux qui ont un emploi qu’à l’emploi de ceux qui n’en ont pas.

Que pensez-vous de la quasi-suppression des droits de succession ?

Cette mesure à 5 milliards d’euros n’est pas cohérente avec la volonté de revaloriser le travail. Il faut au contraire maintenir la taxation des successions et réduire l’imposition du travail. Quant au bouclier fiscal à 50 %, pourquoi pas! A condition d’être conscient que c’est une usine à gaz pour ne pas supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui coûte deux fois en TVA non perçue ce qu’il rapporte.

Les deux programmes comportent-ils des lacunes communes ?

Aucun des deux ne s’intéresse sérieusement à l’université ou à l’école. 100 000 jeunes quittent l’université sans diplôme et 100000 autres en sortent avec un diplôme qui ne permet pas de trouver un emploi. C’est une proportion énorme, plus de 40 % des entrants à l’université. Qui dénonce ce massacre ? Qui parle du contenu de l’enseignement au collège et au lycée ? Qui aborde la question de l’évaluation des enseignants ou celle de l’organisation de la recherche ? Personne.

Propos recueillis par Claire Guélaud

12 février 2007

Inland En Pire

> cinématique — Copeau à 21:22

Inland Empire, film (2007) de David Lynch avec Laura Dern, Jeremy Irons, Justin Theroux

Difficile, très difficile même, de débuter un billet consacré à ce film, où plutôt à cet OVNI cinématographique. Je citerai donc le sage dr. Orlof, pour lequel, en effet

Même si vous n’avez lu aucun papier sur ce film, ce n’est déjà plus un mystère : Inland empire est le film le plus tordu de Lynch (c’est peu dire !), son film le moins narratif et le plus abstrait (pour les esthètes), le plus « disjoncté » (pour les branchés) et le plus incompréhensible (pour les rationalistes). Un « film-monstre » où il faut accepter de perdre tous ses repères pendant près de trois heures et se laisser porter par les infinies ramifications d’une œuvre directement sortie d’un inconscient torturé ou de nos songes les plus obscurs.

Ne sachant, donc, comment évoquer ce film, je crois bien qu’une fois encore je vais me référer à ce que d’autres ont écrit, pour peut-être m’inscrire en reflet, plus ou moins déformant, plus ou moins fidèle, de ce qu’ils ont éprouvé et de ce que, à rebours, j’ai éprouvé à mon tour.

Avant cela, je voudrais dire les choses carrément, quitte à ce que ceux qui ne partagent pas mon point de vue, qui le contestent, ou qui en seront énervés, passent leur chemin. Je n’ai pas aimé ce film. Détesté, non, évidemment, mais je ne l’ai pas aimé. Entrer dans un film de Lynch, surtout lorsque le mode cursif est poussé aussi loin, nécessite de trouver d’ores et déjà la porte d’entrée, la passerelle entre le monde humain et relativement rationnel qui nous anime et le monde monstrueusement étrange, abscons et hermétique du cinéaste le plus étonnant de sa génération. Or, je n’ai pas trouvé cette porte d’entrée. Ce film m’est resté, trois heures durant, parfaitement clos, parfaitement étranger, et je n’ai pu m’empêcher, au bout d’une heure de projection environ, de regarder ma montre et de marquer des signes physiques d’impatience.

Je n’ai pas honte de l’écrire, alors même que j’ai adoré l’ensemble de la cinématographie du maître, et surtout le génial Mulholland Drive, qui restera sans doute longtemps dans ma mémoire comme l’un des quatre ou cinq plus grands films qu’il m’a été donné l’occasion de voir dans toute ma vie, un peu comme Le Voyage au bout de la nuit est pour moi l’un des quatre ou cinq meilleurs romans de tous les temps.

Bref, disais-je, je n’ai pas aimé. Exactement pour la raison qu’évoque le Dr., quoiqu’en creux.

La première fois, on encaisse le choc en sortant de la salle vaguement hébété, pas totalement conscient de tout ce qui s’est déroulé sous nos yeux. C’est d’ailleurs peut-être la seule limite du « système-Lynch » et la raison pour laquelle j’ai un peu moins adhéré à Inland empire qu’à Twin Peaks, Lost highway ou Mulholland drive. Dans ces films, le surréalisme obscur et les zones d’ombre mystérieuses chers au cinéaste se déployaient autour de colonnes vertébrales assez fortes même si ces charpentes défiaient déjà la narration classique et notre rationalité. Ici, il n’y a plus de colonne vertébrale ou si elle subsiste encore, elle se trouve éclatée en mille morceaux épars et bien malin celui qui pourra reconstituer les pièces du puzzle.

J’ai adoré Mulholland Drive parce que, précisément, la narration s’y déployait de manière certes immensément tortueuse, mais encore cognitive pour qui veut se donner la peine d’y réfléchir, de revoir trois ou quatre fois ce chef-d’œuvre absolu du septième art. Or, il n’y a plus cette backbone dans Inland Empire ; le film n’est qu’une immense zone d’ombre, un immense trou noir incompréhensible.

Vous me direz (et le Dr. avec vous) qu’on ne va pas voir un film de Lynch pour le comprendre ; que le réalisateur se fout éperdument des explications que vous pourrez échafauder ; qu’il faut défendre le dessein de l’artiste onirique et abstrait. Certes. Ce n’est pas moi qui dirait le contraire. Pourtant, ce film me laisse comme un goût d’incompréhension et d’inachevé, sinon d’inabouti, qui me laisse un peu indifférent.

Disons le fond de ma pensée : il est impossible à un esprit humain de ne pas chercher à comprendre le déroulé narratif d’une situation et de personnages donnés. Le génie de Lynch consiste à laisser de nombreuses portes ouvertes, afin que chacun puisse habilement se faire sa propre interprétation.

Cela étant, la pirouette était déjà exécutée avec brio dans ses précédents films, et je doute que ceux qui vont au cinéma voir le dernier Lynch n’en soient à leur coup d’essai. Il poursuit le même schéma que dans ses précédents films, à ceci près qu’il pousse la logique encore plus loin. Un peu comme dans une fuite en avant, Lynch masque son absence de renouvellement derrière un rideau de fumée onirique et abstrait, n’apporte rien de neuf, sinon qu’il pousse encore un peu plus loin le bouchon de l’hermétisme.

Et c’est le fait qu’il tourne nettement en rond qui me gêne et me déçoit dans ce film.

Ce faisant, je n’ai pas trop le loisir ni l’envie de vous parler de l’histoire de ce film, qui, pour le coup, me semble bien être l’élément le plus inutile qui soit. A titre d’illustration, je vous renvoie à ce qu’en écrivent d’illustres bloggeurs. Par exemple :

Nikki (Laura Dern) est une actrice à qui l’on vient de proposer un nouveau rôle. Elle a pour partenaire le beau Devon (Justin Theroux, qui incarnait le cinéaste intransigeant de Mulholland drive), réputé pour sa manière de séduire ses partenaires. Sauf que dans le cas présent, Nikki est marié à un homme très jaloux bien décidé à faire respecter les sacro-saints liens du mariage. Or, il se trouve que nos deux comédiens jouent dans un film dont le script semble suivre exactement l’évolution de leurs propres sentiments (Sue trompe son mari avec le beau Billy qui a également des enfants). A moins que ce ne soit l’inverse (Sue serait l’actrice et Nikki le personnage) et c’est là que les choses se compliquent.

A partir de ce moment, Lynch renoue avec ses expérimentations sur les personnages qui se dédoublent, les situations qui se répondent en miroir en complexifiant la structure à l’extrême pour n’en faire qu’un immense jeu de reflets.

Brouillage du temps, brouillage des lieux, brouillage des personnages (un peu à la manière, là encore, de Mulholland Drive, on pourrait supposer que l’épouse brune de Devon dans la « vraie » vie n’est que la blonde Nikki dans son univers psychotique, ou l’inverse d’ailleurs). Voici une belle resucée, quoique portée à l’extrême, de ce que Lynch a déjà produit jadis.

Un point très positif toutefois, l’usage de la vidéo, d’une caméra DV, plutôt que le techicolor. Il rend l’ensemble inquiétant, oppressif, dérangeant, absurde. Les champs / contrechamps en très gros plan, les écrans (qui repassent une scène précédente du film, à la manière d’un Ubik filmé) sur lesquels se reflètent des personnages étranges, l’une des premières scènes (où une vieille voisine de Laura lui tient des propos inquiétants, le tout avec un accent est-européen à couper au couteau), tout est inquiétant ici, et laisse une sensation désagréable, râpeuse, au fond de la gorge. Pareil pour les scènes hallucinatoires où des lapins en costume tiennent des propos incohérents. Pareil, enfin, pour certains lieux dans lesquels l’action (ou son absence) se déroule, notamment l’appartement glauque dans lequel Laura rencontre quelques (superbes) prostituées, polonaises, californiennes ? nul ne le sait.

Évidemment, il y a d’excellents moments, par exemple autour de la mise en abîme, procédé dont Lynch est friand, qui revient de manière fréquente et réussit à créer une confusion artificielle en brouillant la frontière ténue entre le cinéma et la vie réelle (les deux acteurs ne doivent pas tomber amoureux l’un de l’autre) et dont la manifestation la plus probante reste la salle de cinéma dans laquelle le film est projeté (d’ailleurs, le film démarre sur l’image d’un projecteur qui diffuse le film sur un écran) et d’où le personnage de Laura Dern regarde sans doute le film – ou le rôle – de sa vie.

Comme il est écrit par ailleurs, on retrouve ici toutes ses obsessions qu’elles soient noires, endolories ou érotiques: les univers parallèles, les doubles énigmatiques, le baiser saphique, les ambiances torves, la prédilection pour les codes secrets, les combinaisons de chiffres sibyllins, l’angoisse sourde, le don d’ubiquité, la schizophrénie ou l’impression paranoïaque d’être épié. Et c’est précisément ce que je reproche à ce film, qui finalement repasse les plats une fois de trop.

Je sais bien qu’il y a comme une mode bobo à adorer Lynch et le cinéma intello sinon conceptuel qui s’en inspire. Pour avoir adoré certains opus du maître, je ne me résigne pas à courber l’échine devant la mode et l’esprit ambiant. S’il faut tuer le père, faisons-le.

Certains le trouvent méandreux ; je le trouve filandreux.

10 février 2007

L’Homme qui souriait

> romantique — Copeau à 18:25

J’ai évoqué très récemment les tribulations du commissaire Wallander, de la police d’Ystad (Scanie, Suède). J’ai lu presque tous les épisodes du héros de Mankell, hormis les plus récents, et celui-ci, qui date plutôt des débuts de la série. Un vieil avocat de la province scanienne est retrouvé mort dans ce que l’on croit être un accident. Son fils, avocat lui aussi, est assassiné, peu de temps après être allé à la rencontre de Wallander, qui, en pleine dépression (il a fait usage de son arme peu avant) envisage, depuis les plages danoises, de quitter définitivement la police.

Wallander ne peut donc pas abandonner aussi vite celui qui est allé le chercher, celui qui ne croyait pas en la thèse de la mort accidentelle de son père.

De retour d’un congé maladie de plus d’an an, Wallander fera la connaissance d’Ann-Brit, qui de fait et immédiatement, devient sa plus proche collègue. Elle doit faire sa place dans le monde d’hommes un peu machos du commissariat d’Ystad. Hansson, tout particulièrement, la redoute et la défie.

Qui peut bien être à l’origine de ce meurtre, de cet accident qui n’en est pas un ? Qui peut bien en vouloir à ces pauvres avocats de province, dont l’activité ferait mourir d’ennui le plus chevronné des sénateurs obsédé de l’amendement inutile ? Wallander, Ann-Brit, et toute la petite équipe de la police d’Ystad doit le deviner, le procureur doit les appuyer. On partage leurs doutes, leurs moments de faiblesse, lorsqu’on croit faire fausse route.

Toutefois, même si je ne suis pas un obsédé du suspense, et si j’accorde a contrario la plus grande importance à l’épaisseur humaine des personnages, qui Mankell retranscrit assez bien ici encore, et à la crédibilité du travail des policiers, il faut bien avouer qu’ici l’histoire est d’une platitude étonnante. On connaît le coupable dès l’introduction, et toute l’enquête visera à réunir suffisamment de preuves contre un individu si mystérieux, toujours souriant, toujours bronzé, et a priori intouchable…

Pour la faiblesse scénaristique qu’il s’en dégage, je ne vous conseillerai pas ce bouquin, hormis si bien sûr vous voulez approfondir l’œuvre de Mankell, ou bien si, comme je me permets de vous le suggérer, vous choisissez de lire par ordre chronologique ses aventures. Pour les autres, passez ici votre chemin, et mieux vaut me semble-t-il s’orienter vers les quelques titres que je listais brièvement ici.